«Dieu a voulu m’aider en m’envoyant des concurrents trop faibles», estime le tout-puissant maire de Moscou Iouri Loujkov, qui briguera le 19 décembre un troisième mandat municipal, en dépit des dossiers compromettants sans précédent que ses adversaires accumulent contre lui. Iouri Loujkov, 63 ans, réélu en 1996 avec 87 % des voix, un résultat inédit dans la Russie post-soviétique, s’est fixé pour but de gagner le scrutin municipal dès le premier tour, qui se déroulera dimanche 19 décembre en même temps que les législatives. Ses succès sont visibles : la plus grande cathédrale de Russie, détruite par les bolcheviks et reconstruite grâce à lui, le périphérique le plus sophistiqué de Russie, les quartiers résidentiels construits à l’occidentale, sans oublier le centre commercial qu’il a fait creuser au pied du Kremlin. Moscou est devenue une vitrine du capitalisme russe, séparée du reste du pays par un fossé infranchissable. Ce fief lucratif a également permis au maire d’attaquer directement le président russe, pourtant son protecteur depuis 1987. Il est longtemps passé pour un prétendant sérieux à la succession de Boris Eltsine en juin 2000, même s’il semble maintenant vouloir s’effacer derrière son allié Evgueni Primakov, encore plus populaire que lui. Iouri Loujkov, qui se vante d’avoir gagné 40 procès en diffamation ces dernières années devant les tribunaux de Moscou – officiellement subventionnés par la mairie – est pourtant aujourd’hui la cible d’accusations incessantes. Il est accusé d’avoir offert à sa femme un étalon trop cher pour son salaire de fonctionnaire, de résider dans un «palais immense» près de la capitale, d’avoir des relations douteuses avec le chef de la secte Aoum ou d’être à l’origine du meurtre d’un homme d’affaires américain à Moscou. On reproche à Loujkov d’avoir laissé se développer autour de lui une atmosphère de corruption et de favoritisme, et d’avoir autorisé Moscou à s’endetter d’environ 2 milliards de dollars. En l’absence de sondages récents, ses proches lui prédisent toutefois une victoire dès le premier tour avec au moins 65 % des voix, selon l’hebdomadaire Itogui. Entre 30 000 et 75 000 Moscovites, selon différentes estimations, ont manifesté le 14 décembre pour soutenir le maire, dont beaucoup d’employés subventionnés par la mairie, comme enseignants. Contrairement au scrutin précédent, lorsque Loujkov avait une seule concurrente communiste, il fait face dimanche à huit autres candidats, dont deux, l’ex-Premier ministre Sergueï Kirienko et l’intendant en chef du Kremlin, Pavel Borodine, sont implicitement soutenus par la présidence. Figurent également le chef des néo-nazis russes Dmitri Vassiliev, son ancien proche Vladimir Voronine, l’ultranationaliste Alexeï Mitrofanov, un communiste, un directeur d’entreprise et un fonctionnaire municipal. Mercredi dernier, les avocats de trois d’entre eux ont accusé la commission électorale de Moscou de «préparer un scrutin en faveur de Iouri Loujkov». «La commission est composée de fonctionnaires municipaux, le scrutin à Moscou est joué depuis que le candidat Loujkov a été enregistré», estime Viktor Mironov, candidat aux législatives dans un district nord de Moscou. Les balayeurs dans certains quartiers touchent 500 roubles (20 dollars) pour enlever les affiches des concurrents de Loujkov, selon M. Mironov, alors que dans le métro, seules les affiches du maire sont autorisées.
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