Les États-Unis ont lancé une opération secrète pour aider les rebelles anticommunistes en Afghanistan au moins six mois avant l’invasion en 1979 de ce pays par les troupes soviétiques, a reconnu l’ancien conseiller présidentiel américain Zbigniew Brzezinski. «Nous avons en fait fourni de l’aide aux Moujahidine avant l’invasion», ont affirmé M. Brzezinski et d’autres anciens responsables, malgré tous les démentis officiels américains depuis 20 ans. À la question de savoir quelle forme cette aide avait prise, l’ancien conseiller du président Jimmy Carter a répondu que «la différence entre des armes et de l’argent est purement théorique, (en tout cas) l’aide n’était certainement pas organisée par la... Croix-Rouge». Le gouvernement américain de l’époque niait toute volonté d’affaiblir les gouvernements afghans de Nur Mohammad Taraki et de son successeur Hafizollah Amin. M. Brzezinski, ainsi que l’ancien directeur de la CIA, Stansfield Turner, et d’autres responsables admettent que le coup d’État d’avril 1978 dirigé par Nur Mohammad Taraki avait été interprété à Washington comme une nouvelle victoire du camp communiste. «Nous estimions que Taraki était davantage sous le contrôle des Soviétiques que ses prédécesseurs», a déclaré M. Turner. Confronté à une résistance de plus en plus forte, le gouvernement Araki multipliait les demandes d’aide militaire de la part de Moscou. «Nous avons besoin de l’aide concrète en hommes et en armes», avait déclaré Taraki au Premier ministre soviétique Aleksei Kossyguine au cours d’une conversation téléphonique le 18 mars 1979, selon les archives de Moscou. Les Soviétiques ont alors commencé, au début à contrecœur, puis plus volontairement, à répondre aux demandes pressantes de Kaboul. «Ils commençaient alors à prendre conscience de l’importance de l’enjeu de ce qui se produisait en Afghanistan», a déclaré Teresita Schaffer, une diplomate américaine qui travaillait à cette époque au bureau du Pakistan du département d’État. Selon M. Brzezinski, au cours de l’été 1979, il avait une idée assez claire des intentions soviétiques. «J’avais remis au président (Jimmy Carter) un mémorandum vers le milieu de cette année, soit six mois avant l’invasion soviétique, affirmant qu’à mon opinion les Soviétiques allaient envahir l’Afghanistan», se souvient-il. C’est à ce moment que M. Brzezinski a proposé une aide clandestine aux Moujahidine. «Il y avait des signes d’une résistance qui se renforçait et nous ne pouvions nous en désintéresser», explique-t-il. Plusieurs obstacles restaient à surmonter avant que cette aide ne devienne, avec une enveloppe de 2 milliards de dollars, la plus grosse opération clandestine américaine depuis la Deuxième Guerre mondiale. Lorsque les troupes soviétiques entrèrent en Afghanistan le 27 décembre, plusieurs membres de l’Administration Carter doutaient que les États-Unis puissent encore gagner la partie. Parmi ces derniers, il y avait le chef de la CIA, M. Turner. «Je pensais qu’ils pouvaient s’emparer de l’Afghanistan avec 120 000 soldats bien équipés. J’ai eu alors des problèmes de conscience en me disant qu’on pouvait aider les Moujahidine mais que cela ne servirait qu’à retarder l’avancée des troupes soviétiques et que ce serait par conséquent comme demander à des gens de se suicider à notre place», dit-il. M. Brzezinski affirme que le jour de l’invasion soviétique, il avait remis un mémorandum au président Carter dans lequel il écrivait : «Nous avons maintenant la possibilité d’offrir à l’Union soviétique son Vietnam». Ce ne fut qu’en 1985 que l’Administration du président Ronald Reagan décidait ouvertement d’avoir pour objectif une victoire militaire en Afghanistan, adoptant ainsi implicitement la politique recommandée par M. Brzezinski.
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