Alliances avec des étrangers, libéralisation de pans entiers de l’économie et restructurations aidant, les entreprises japonaises s’ouvrent progressivement aux regards extérieurs et font de plus en plus appel aux grandes sociétés de conseil. Jusqu’au début des années 90, ce marché végétait dans un Japon à l’apogée de sa puissance et dont les méthodes de management – cercles de qualité, recherche du consensus, promotion à l’ancienneté – faisaient partout des envieux. «Ces cinq dernières années, nous avons connu plus de 30 % de croissance annuelle, alors qu’aux États-Unis, cette industrie croît désormais de 5 % par an. Nous pensons doubler notre taille dans les 3-4 années à venir», indique Eric Spiegel, directeur général de Booz Allen and Hamilton à Tokyo. Les sociétés étrangères forment le gros des troupes car la figure du consultant en management n’existait pratiquement pas avant leur arrivée. En tête du peloton, on trouve Mc Kinsey, BCG (Boston Consulting Group), Andersen Consulting et le numéro un européen Gemini Consulting. La moitié de leurs clients sont des firmes nippones. Deux facteurs expliquent le boom des consultants, selon Bruno Ferrant de Gemini Consulting Japan : la récession économique qui frappe l’archipel depuis une dizaine d’années et l’arrivée en force de sociétés étrangères. «Jusque dans les années 80, les entreprises japonaises étaient satisfaites de leur style de management et estimaient n’avoir pas besoin de conseils extérieurs», explique M. Ferrant. La crise les a fait prendre conscience de leurs faiblesses et de la nécessité d’avoir une vision «objective». La montée en puissance des groupes étrangers, à travers des rachats comme la spectaculaire prise de contrôle du numéro deux automobile Nissan par le Français Renault ou d’autres types d’alliances, a encore accru la demande de conseil. «Les premiers à s’ouvrir ont été les services financiers, notamment les banques et sociétés de courtage», remarque Kenji Govaers, vice-président de Mars and Co, cabinet franco-américain qui a ouvert une antenne en octobre à Tokyo. D’autres domaines vont suivre, selon lui, puisque les grandes sogo shoshas (maisons de commerce) aux activités très diversifiées, commencent elles aussi à se restructurer sous l’impulsion des banques. L’ouverture de «Japan Inc» est un processus inéluctable, selon M. Govaers, «parce que de plus en plus de Japonais arrivant à des postes de responsabilité font leurs études à l’étranger et ne réagissent pas selon les règles et tabous de leurs aînés». La machine bureaucratique nippone est également friande de consultants étrangers : la Banque du Japon mais aussi les ministères des Finances, du Commerce (MITI) et des Postes et Communications y ont fait appel. Même si les grands cabinets se défendent de vouloir calquer les modèles anglo-saxons ou européens, leur message ne passe pas toujours et ils reçoivent souvent des réponses déroutantes du type : «Au Japon, nous ne sommes pas pareils, cela ne peut pas s’appliquer». L’une des principales différences du management à la japonaise est «la grande attention portée à l’emploi et le manque de considération pour l’actionnaire», selon M. Spiegel de Booz Allen, qui estime ce comportement «dangereux si l’on veut survivre sur le marché global». Pourtant, nombre de managers de premier rang comme le patron de Toyota, Hiroshi Okuda, président aussi de l’organisation patronale (Nikkeiren), rejettent les méthodes «anglo-saxonnes». «Des licenciements à grande échelle provoqueraient des mouvements sociaux au Japon», plaidait-il récemment, en estimant que le système de l’emploi à vie «permet aux employés de donner tout leur potentiel».
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