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Actualités - Chronologie

Société - Cherté, petits boulots, anglais approximatif Le miracle londonien, un mythe

Chaque année, des milliers de jeunes Français traversent la Manche pour gagner Londres, aimantés par l’image d’une ville où tout serait possible : trouver un job, parfaire son anglais et «s’éclater». Mais pour certains, l’eldorado britannique devient très vite un enfer. «La société britannique est très dynamique, mais elle ne pardonne pas l’impréparation», explique-t-on au consulat français, en première ligne pour constater la «ruée des jeunes Français» sur la capitale britannique, amplifiée par l’ouverture du tunnel sous la Manche. La population française à Londres, estimée à environ 200 000 personnes, augmente en moyenne de 10 % par an». «Mais les jeunes arrivent ici dans un état d’impréparation totale : pas le moindre argent en poche, un anglais très approximatif et aucune conscience de la cherté de la vie, du logement, des transports», ajoute-t-on au consulat. Marie, 23 ans, arrivée à Londres en 1998 après un échec universitaire, a découvert avec stupeur que la carte mensuelle du métro londonien coûtait plus de 60 livres – le triple de la carte orange parisienne – et que la moindre petite chambre chez l’habitant était facturée 300 livres par mois (1 livre = 1,6 euro). «De petites boulots en petits boulots et d’appartements minables partagés à dix en foyers miteux, j’ai tenu huit mois... Après, j’ai jeté l’éponge», raconte-t-elle. La première déconvenue est souvent celle de l’emploi. Les petits jobs ont beau abonder, ils sont la plupart du temps non qualifiés et mal payés. Handicapés par leur mauvaise maîtrise de la langue, les jeunes Français se tournent souvent vers la restauration. «Ce sont les boulots dont les Anglais ne veulent pas : ils sont d’emblée sous-payés, avec des horaires délirants et une couverture sociale minimaliste», explique un médecin du dispensaire français. «Au final, tout cela se retrouve dans les pathologies : bouffées délirantes, dépressions, insomnies, sans compter l’alcoolisme et la drogue», raconte-t-il. 45 heures pour le Smic Christophe, un coiffeur français de 29 ans, arrivé à Londres en 1997, assure que dans le salon où il travaille, 70 % de ses compatriotes se droguent. «Ils sont venus ici pour s’éclater. Comme ils sont mal payés, ils ont un second job – barman, vendeur, etc. – Au début, la drogue les aide à tenir... Après l’euphorie, c’est la descente et ils disparaissent de la circulation», révèle-t-il. Excédé par le défilé continuel des employés, le patron de Christophe fait désormais signer à tous les nouveaux un engagement à rester au moins un an. «Ici, les contrats sont très peu réglementés : on peut signer un contrat de gré à gré, où on accepte de travailler 45 heures par semaine pour l’équivalent d’un Smic. C’est légal», explique-t-on au consulat. «Ces jeunes sont venus pour la flexibilité et ils découvrent la loi du marché sauvage qu’ils ne connaissaient pas en France, où l’organisation sociale amortit les chocs». À ce régime, seuls les plus coriaces peuvent tenir. Mais ils sont peu nombreux. Une bonne part des jeunes Français réfugiés à Londres sont venus... fuir quelque chose : la justice française, pour des délits mineurs, des problèmes psychologiques ou familiaux, selon le dispensaire. «C’est une vraie fausse expatriation : ils se disent c’est différent, mais pas trop loin. Au final, ils se prennent de plein fouet le choc culturel», explique un généraliste. «Le plus difficile est le retour : il y a une question d’amour-propre, c’est l’aveu d’un échec pas facile à présenter à sa famille». Au consulat, où des jeunes sans le sou viennent tous les jours pleurer pour qu’on les rapatrie, on s’étonne que «le mythe du miracle londonien soit si coriace». «Les médias hexagonaux parlent de la City, des joueurs de foot et des chefs d’entreprise à succès : ils préfèrent le miracle au mirage».
Chaque année, des milliers de jeunes Français traversent la Manche pour gagner Londres, aimantés par l’image d’une ville où tout serait possible : trouver un job, parfaire son anglais et «s’éclater». Mais pour certains, l’eldorado britannique devient très vite un enfer. «La société britannique est très dynamique, mais elle ne pardonne pas l’impréparation», explique-t-on au consulat français, en première ligne pour constater la «ruée des jeunes Français» sur la capitale britannique, amplifiée par l’ouverture du tunnel sous la Manche. La population française à Londres, estimée à environ 200 000 personnes, augmente en moyenne de 10 % par an». «Mais les jeunes arrivent ici dans un état d’impréparation totale : pas le moindre argent en poche, un anglais très approximatif et aucune conscience de la...