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Actualités - Chronologie

Musique - Avenir incertain, promesses non tenues Des couacs au Covent Garden

Après trois ans de travaux, la démission de tous ses dirigeants et douze mois sans spectacle pour éponger ses dettes, l’Opéra du Covent Garden rouvre ses portes en grande pompe cette semaine à Londres, avec en fond de décor un avenir incertain et des promesses non tenues. Quelque 214 millions de livres (1 livre égale 1,6 euro) ont été englouties dans des travaux pharaoniques pour transformer le vieux bâtiment du XIXe siècle en un opéra moderne, au diapason des grandes scènes lyriques. Démonté et recomposé morceau par morceau, l’immense théâtre à l’italienne, qui accueillait les spectacles les plus prestigieux de Londres, a été rénové de fond en comble. Des fauteuils mis au point par ordinateur pour donner la meilleure vue, aux machineries ultramodernes qui doivent permettre grâce à la vitesse de changement des décors de monter, à terme, 30 % de spectacles supplémentaires. La moquette qui étouffait le son a été bannie, tandis que les «ateliers de tapisserie de la reine» brodaient la reproduction à l’identique du rideau de scène violet. Et à l’élégant édifice du XIXe était adjointe une partie moderne, truffée de restaurants, qui ressemble étrangement aux impersonnelles galeries marchandes en verre et acier blanc dont la Grande-Bretagne est constellée. Pendant ce temps, le Covent Garden connaissait une véritable descente aux enfers. Sa troupe, condamnée à errer de salle en salle pour se produire, a finalement été privée de spectacle pendant toute l’année 1999, le temps que l’opéra éponge ses dettes. Accusés de gabegie, direction et conseil d’administration étaient renvoyés sans ménagement pour laisser la place à un transfuge de la maison de disques EMI, Sir Colin Southgate, un habitué des traitements de choc. L’opéra n’a finalement dû sa survie qu’à quelques mécènes qui ont accepté in extremis de renflouer ses finances. Aujourd’hui, ce noir passé est «derrière nous» assure un responsable de l’opéra, en promettant l’apurement définitif des dettes pour l’an 2000. Budget serré Dans la salle rouge et or, un trône est déjà en place afin d’accueillir mercredi Elizabeth II pour l’inauguration. Samedi aura lieu la première représentation publique. Mais, déjà, des couacs sont venus ternir les réjouissances. La direction a dû annoncer l’annulation pure et simple du Grand Macabre de Ligeti, victime du «rodage» des nouvelles machineries auxquelles les techniciens ont, semble-t-il, quelques difficultés à s’adapter. Et l’avenir de l’opéra reste incertain. De symbole le plus frappant de l’élitisme britannique, uniquement réservé à un establishment fortuné, il était censé se muer en une scène «populaire», avaient promis les travaillistes. Pour les spectacles les plus prisés, autrefois réservés aux cercles fermés des «amis» et «bienfaiteurs» de l’opéra, seulement 20 % des places seront finalement ouvertes au public. Il faudra débourser en moyenne pour un opéra au moins 40 livres afin d’avoir une place d’amphithéâtre offrant une visibilité complète. Les meilleures restent annoncées entre 120 et 150 livres. Les moins chères (6 livres) ne donnent droit qu’au son, à défaut de vue. Quant à la politique artistique, elle demeure tributaire d’un budget serré. L’Italien Antonio Pappanno, qui prendra la relève en 2002 du grand chef d’orchestre Bernard Haitink, devra réaliser le tour de force de fonctionner avec un budget total annuel de 40 millions de livres, moins de la moitié de celui de l’opéra Bastille. Pour produire, à terme, quasiment autant de spectacles (opéras et ballets) : 300 par an (380 à Bastille et Garnier). Le tout avec un seul orchestre qui va devoir subir des cadences infernales, des danseurs qui ont dû accepter une renégociation draconienne de leurs contrats et des chanteurs qui devront s’accommoder de cachets en conformité avec le budget. Mais sans nuire pour le moins au prestige et à la qualité de «l’une des scènes lyriques-phares du monde», assure la direction.
Après trois ans de travaux, la démission de tous ses dirigeants et douze mois sans spectacle pour éponger ses dettes, l’Opéra du Covent Garden rouvre ses portes en grande pompe cette semaine à Londres, avec en fond de décor un avenir incertain et des promesses non tenues. Quelque 214 millions de livres (1 livre égale 1,6 euro) ont été englouties dans des travaux pharaoniques pour transformer le vieux bâtiment du XIXe siècle en un opéra moderne, au diapason des grandes scènes lyriques. Démonté et recomposé morceau par morceau, l’immense théâtre à l’italienne, qui accueillait les spectacles les plus prestigieux de Londres, a été rénové de fond en comble. Des fauteuils mis au point par ordinateur pour donner la meilleure vue, aux machineries ultramodernes qui doivent permettre grâce à la vitesse de changement...