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Actualités - Chronologie

Cinéma - Un pandémonium oppressant et sombre Virée nocturne dans Belgrade

Belgrade, la nuit, c’est un pandémonium oppressant et sombre au sein duquel la caméra de Goran Paskaljevic suit les destinées souvent tragiques de personnages en quête de paix. Le titre du film est évocateur, presque un cliché – «Baril de poudre» (Bure Baruta) – tiré de la pièce éponyme du dramaturge Dejan Dukovski. À la différence de celle-ci, Paskaljevic respecte l’unité de temps et de lieu et condense l’action en une nuit. «Belgrade est la ville d’Europe la plus sombre», rappelle Paskaljevic. Cette réflexion s’entend au sens propre et se vérifie amplement sur un écran plus que crépusculaire. «Au début, l’idée était de placer l’action la nuit de la signature des accords de Dayton, mais c’était trop simpliste». Belgrade est une poudrière. Un simple accident de voiture et c’est l’explosion. La victime de l’accident piétine l’automobile du conducteur imprudent, un jeune qui n’a pas le permis. Il va jusqu’à le suivre chez lui pour lui faire un sort. Ailleurs, un autre jeune est enrôlé par un mafieux local. Il finira pourchassé par les habitants de HLM en ruines. Un Serbe (Miki Manojlovic, révélé par Emir Kusturica) revient à Belgrade, les poches pleines d’argent. Il n’en repartira pas. Et pourtant, ce drame se joue aussi dans le registre du tragi-comique et dans la verve haute en couleur, expressions habituelles des cinémas slave et balkanique. «L’âme des Balkans est plus rude, plus crue que l’âme slave», observe toutefois Paskaljevic. «L’être balkanique est assez excessif. Je suis un Balkanique cultivé, mais si on gratte un peu... même si je suis beaucoup plus calme et raisonnable que la plupart de mes compatriotes». Goran Paskaljevic n’est pas un inconnu. «Baril de poudre» a obtenu le Prix de la critique (Fipresci) au festival de Venise en 1998. Né à Belgrade en 1947, Paskaljevic a étudié le cinéma à Prague. Son premier long métrage («Un gardien de plage en hiver») reçoit le Prix de la critique internationale à Berlin en 1976. Avec «L’Amérique des autres» (1995), il offrira à Maria Casarès son dernier rôle à l’écran. Malheureusement, les grèves de l’hiver 1995 auront raison de lui à sa sortie en France. De l’aveu du réalisateur, «Baril de poudre» a déjà conquis son public en Serbie. Sorti le 20 octobre, «le film a fait 500 000 entrées, dont 200 000 à Belgrade», dit-il. «C’est le bouche-à-oreille qui a joué car la télévision officielle en a bien parlé mais sans citer mon nom. J’ai eu aussi plusieurs interviews avec la presse d’opposition durant le tournage. Ainsi, ‘Baril de Poudre’ est quand même devenu un film-culte pour les jeunes générations». Quelque chose d’important De fait, Paskaljevic ne paraît pas particulièrement en odeur de sainteté avec le pouvoir serbe. Le quotidien Politika m’a traité de «traître», rappelle-t-il. Autant dire que ce Baril de poudre n’a pu se monter qu’avec un solide soutien européen. Le ministère de la Culture serbe a contribué au budget à hauteur de 10 %, mais c’est une obligation légale pour lui, explique Paskaljevic. En général, un tournage n’est pas synonyme de partie de plaisir. Quand il dure neuf semaines et se fait de nuit, exclusivement, encore moins. «Au bout de six semaines, nous étions tous comme drogués, mais l’arrivée de nouveaux acteurs me redonnait de l’énergie, il y avait toujours quelqu’un de frais qui arrivait et qui apportait son allant», observe-t-il. Paskaljevic dit n’avoir eu aucun mal à trouver des acteurs serbes, même de renom, pour jouer des rôles qui, de par le genre du film, ne pouvaient être que passagers. «Il n’y a pas eu la moindre jalousie entre acteurs», se souvient-il. «On a tous eu l’impression de créer quelque chose d’important». Résidu de l’occupation turque peut-être, le café tient une place de premier plan dans cette odyssée du Belgrade nocturne. «Le café, c’est un fétiche, un symbole, celui de la personne qui ne fait pas son boulot», explique Paskaljevic. C’est parce qu’un conducteur prend son café, sans se soucier de faire partir son bus à l’heure, qu’un jeune de Belgrade craque dans ledit autobus et appelle par les moyens les plus incongrus les gens à se rebeller. Mal lui en prend, car le conducteur, âgé et fourbu, retrouvera assez de force pour le tuer d’un coup de clé anglaise sur le crâne, regrettant amèrement son geste par la suite. Plus terrible encore, une scène – qui n’est pas dans la pièce – d’amour et de mort entre un homme et une femme dans le compartiment d’un train. Elle a perdu son fiancé au front. Lui a tué son meilleur ami, un crime passionnel. Un dialogue forcé se noue, introductif à une brève, désespérée et intense danse amoureuse, une «danse macabre», de l’aveu de Paskaljevic. L’éphémère hymen se dissout dans l’explosion d’une grenade, objet d’une mort finalement librement consentie. Cette explosion renvoie à une autre déflagration curieusement christique, vers la fin du film, lorsqu’un jeune, poursuivi, tente d’escalader un grillage sans y parvenir, véritable crucifié au martyre transcendé par l’explosion toute proche de voitures imbibées d’essence.
Belgrade, la nuit, c’est un pandémonium oppressant et sombre au sein duquel la caméra de Goran Paskaljevic suit les destinées souvent tragiques de personnages en quête de paix. Le titre du film est évocateur, presque un cliché – «Baril de poudre» (Bure Baruta) – tiré de la pièce éponyme du dramaturge Dejan Dukovski. À la différence de celle-ci, Paskaljevic respecte l’unité de temps et de lieu et condense l’action en une nuit. «Belgrade est la ville d’Europe la plus sombre», rappelle Paskaljevic. Cette réflexion s’entend au sens propre et se vérifie amplement sur un écran plus que crépusculaire. «Au début, l’idée était de placer l’action la nuit de la signature des accords de Dayton, mais c’était trop simpliste». Belgrade est une poudrière. Un simple accident de voiture et c’est...