Le président Mohammad Khatami a reproché aux Européens «d’encourager» Salman Rushdie, tandis que plusieurs journaux iraniens ont vivement critiqué jeudi la présence en Italie de l’écrivain en même temps que la visite officielle du chef de l’État iranien. M. Khatami «a vivement critiqué les pays européens qui encouragent l’écrivain apostat d’origine indienne Salman Rushdie», selon des propos tenus à Rome rapportés par l’agence officielle iranienne Irna. L’auteur des Versets sataniques, condamné à mort en 1989 pour blasphème envers l’islam par l’ayatollah Khomeiny, se trouvait lui aussi mercredi en Italie, pour recevoir un titre de docteur honoris causa à Turin. Cette question a manifestement placé dans l’embarras le président Khatami, qui s’efforce de donner des gages d’apaisement aux Occidentaux sur l’affaire Rushdie, sans toutefois aller trop loin pour ne pas s’attirer les foudres des durs du régime. Dans un entretien au journal italien La Repubblica, il s’est dit «profondément déçu qu’une personne qui a offensé les sentiments et la croyance religieuse de plus d’un milliard de musulmans» reçoive cette distinction. M. Khatami a dû de nouveau confirmer la position délicate de son gouvernement, selon laquelle Téhéran considère la sentence de mort de Khomeiny comme irrévocable sur le plan religieux, mais ne cherche pas à faire exécuter l’écrivain. Il a ainsi rappelé, selon Irna, que l’ayatollah Khomeiny «avait formulé sa sentence en tant que haute personnalité religieuse du monde musulman», tout en ajoutant que «le gouvernement iranien a explicitement annoncé qu’il ne ferait rien à cet égard». Plusieurs journaux iraniens se sont quant à eux déchaînés contre la présence de Salman Rushdie en Italie, y voyant un camouflet pour la visite officielle du président Khatami. Ces critiques ont donné un ton plus aigre aux commentaires de la presse iranienne, les journaux ayant jusqu’à présent généralement mis l’accent sur le succès diplomatique que constitue ce premier voyage d’un président iranien en Europe occidentale. «Certains responsables officiels italiens ont délibérément voulu insulter notre président, notre nation et nos croyances religieuses», écrivait le journal de langue anglaise Iran News, traditionnellement plutôt modéré et très lu dans les cercles diplomatiques à Téhéran. Un autre journal iranien, proche cette fois des intégristes, Jomhouri Islami, affirmait que «la coïncidence de la présence de Salman Rushdie et de M. Khatami en Italie suscite des protestations de la part des musulmans de ce pays». Le journal voyait dans toute cette affaire la main des «milieux pro-sionistes du ministère italien des Affaires étrangères». Un autre titre, proche de la gauche iranienne et favorable au président réformateur, Kar-o-Kargar, qualifiait Salman Rushdie de «personne politiquement morte». «La faiblesse de l’Italie face aux États-Unis, à Israël et à la mafia est évidente», écrivait Kar-o-Kargar, ajoutant que «nous attendions plus de compréhension de la part des Italiens». M. Khatami s’est également employé à démentir les commentaires selon lesquels sa visite constituait une victoire des réformateurs contre le camp conservateur iranien. «La politique de l’Iran se situe dans le cadre des principes de la révolution et du peuple iranien», a-t-il affirmé à l’Irna, ajoutant que «comme toute chose, la République islamique connaît des progrès et des changements». M. Khatami a ajouté que «les lignes politiques générales sont définies par le guide suprême», l’ayatollah Ali Khamenei, successeur de Khomeiny. «Le guide, le gouvernement et le peuple avancent conformément à ces lignes», a-t-il affirmé, cité par Irna.
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