En décembre 1998, un colloque international organisé par l’Inserm, l’Institut national français axé sur la santé et la recherche scientifique, a réuni des spécialistes de très haut niveau autour d’un thème quasi inédit : l’altération des parois vasculaires, veineux et artériels serait-elle due à des germes bactériens ou des virus? Cette approche innovatrice revêt une importance capitale, ouvrant de nouveaux horizons au traitement des accidents vasculaires cérébraux et d’infarctus du myocarde. La démonstration du bien-fondé de la cause infectieuse n’a pas encore été faite définitivement, mais les arguments avancés sont assez convaincants pour mobiliser les cercles scientifiques. Le colloque en question a été également axé sur des stratégies thérapeutiques et des essais de traitements antibiotiques, voire des vaccinations. Les laboratoires travaillent déjà à l’élaboration de vaccins, ce qui signifie que la possibilité de combattre l’athérosclérose par des antibiotiques et des vaccinations est passée de la théorie à la pratique. Les accidents vasculaires cérébraux et l’infarctus du myocarde constituent la première cause de mortalité dans les pays industrialisés. Même s’il faudra une dizaine d’années pour arriver à la mise au point d’un vaccin contre un des agents infectieux soupçonnés d’être à l’origine de l’athérosclérose, l’enjeu est assez important pour stimuler la recherche. À l’heure actuelle, plusieurs laboratoires pharamaceutiques dans le monde sont engagés dans cette exploration. Des recherches intensives sont entreprises dans le monde sur l’hypothèse plausible du rôle de la chlamydia dans l’athérosclérose. Tout comme l’implication du cytomégalo-virus (CMV), un autre facteur ou cofacteur figurant, lui aussi, en bonne place. Le CMV a dans son passif diverses pathologies graves chez les nouveau-nés et les immuno-déprimés. Un processus pathologique différent Il est peut-être nécessaire d’élucider certains points à propos de cette «responsabilité» pathologique attribuée à ces deux agents infectieux. Il serait absurde de supposer qu’il suffirait d’introduire un de ces deux germes bactériens dans un organisme pour qu’il développe une athérosclérose. Auquel cas, on pourrait «attraper» cette sérieuse affection par contagion, comme la grippe ou la rougeole! Or l’athérosclérose comporte une réaction inflammatoire où participent des monocytes, des macrophages mais aussi d’autres cellules et éléments actifs en cas d’inflammation. Or des travaux de laboratoire et d’études précédentes ont constaté souvent, mais pas toujours, des traces sérologiques de ces éléments actifs et des cas graves d’athérosclérose (angines de poitrine, infarctus). Ces agents pathogènes étaient décelés sur les lésions elles-mêmes. Il reste maintenant à définir si cette présence n’était due qu’au passage de ces agents déposés sur les lésions. Ou bien d’infections opportunistes, les lésions présentant un milieu favorable aux bactéries. Vient ensuite l’interrogation: ces lésions sont-elles l’œuvre de ces éléments ou bien sont-elles les facteurs de leur exacerbation? Il existe aussi une autre possibilité qu’il s’agit d’explorer: dans le cas où leur présence est incriminée directement dans l’athérosclérose, agissent-ils directement ou à travers des protéines qu’ils produisent, et leur action sur les lipides? Les investigations, on le constate, ne diffèrent pas beaucoup des enquêtes policières face à des hypothèses également obscures. Mais ce qui ressort clairement c’est que les maladies cardio-vasculaires représentent un champ d’études idéal pour la recherche dans ce domaine. Traitements antibiotiques À la lumière de ces constatations, des traitements antibiotiques ont été entrepris à titre d’essais en Grande-Bretagne, en Argentine et aux États-Unis, en vue de constater l’effet de traitements semblables, par cures de durée limitée, chez des malades victimes d’accidents cardiaques récents dus à une athérosclérose (infarctus ou angine de poitrine) et accusant une présence accrue d’anticorps aux chlamydiae. La centaine de malades impliqués aux essais avaient été victimes d’un premier accident et l’expérience visait d’explorer dans quelle mesure l’administration d’antibiotiques diminuait le risque d’un second accident. Les résultats de l’expérience, longuement discutés au cours du colloque international de décembre passé, indiquent que «ces antibiotiques ont été utiles» sans toutefois ignorer que les différences, quant aux complications entre malades soumis aux antibiotiques et les autres, étaient, statistiquement parlant, «insignifiantes». Dans l’attente de résultats plus probants et tandis que les travaux de recherche se poursuivent activement, le colloque déconseille formellement l’emploi d’antibiotiques comme moyen de prévention contre le risque d’infarctus après l’accident initial. Entre-temps, des études portant sur plusieurs milliers de cas et sur une durée de nombreuses années se poursuivent aux États-Unis. Selon l’avis du Pr Thomas Grayston, qui a été le premier à observer le lien entre athérome et chlamydia, seuls les résultats des études, qu’ils soient négatifs ou positifs, pourraient apporter une réponse valable sur l’indication et l’efficacité du traitement antibiotique dans l’athérosclérose. À ce propos, le critère fixé c’est 25% du nombre total des accidents répondant positivement au traitement antibiotique. Mais comme nous l’avons déjà signalé, les grands laboratoires pharmaceutiques n’attendent pas ces résultats pour s’atteler fébrilement à la préparation des panoplies médicinales.
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