Fastueux programme où les Préludes ont résonné de leurs émouvants accords dans le ciel de Beit-Méry... Pour les amateurs de piano, l’enjeu est de taille: rien que des préludes jaillis des mains d’un maître du clavier. Pour les festivaliers d’Al-Bustan, Jean Efflam Bavouzet, dont on connaît déjà la réputation d’émérite concertiste et détenteur de plus d’un prix, a interprété des préludes de Bach, Chopin, Rachmaninoff et Claude Debussy. Une authentique fête où les sortilèges du piano avaient tous les pouvoirs d’envoûtement et de séduction. Tout d’abord pour l’ouverture, en une farandole royale, trois préludes du clavier bien tempéré de J.S.Bach. De l’aveu même du Cantor, ces préludes sont «écrits et composés à l’usage de la jeunesse désireuse d’apprendre la musique, aussi bien que ceux déjà experts en cet art.» Architecture fine, dépouillée, d’une délicatesse rare, ces œuvres sont bien dans l’esprit de l’écriture du Konzertmeister où se rejoignent en toute subtilité les élans d’une foi ardente et les valeurs de l’humanisme de la Renaissance. Changeant de cap vers le romantisme absolu, les 24 préludes op 28 de Chopin, joyaux du répertoire pianistique, introduisent langueur, poésie et mélancolie. En fait, les Préludes du poète du clavier sont au nombre de 26 et les vingt-quatre premiers op 28 (ici même interprétés) datent de 1839 et ne sont pas sans rappeler, par leur nombre et leur disposition tonale, les préludes et fugues de J.S.Bach. Chopin ayant été nourri de la musique pour clavier du Cantor de Leipzig, il est permis de penser que ces préludes, tout en demeurant fort différents de forme et de caractère de ceux de Bach, sont un hommage au maître qui exerça sur lui une influence indéniable. Chopin y fait alterner le majeur et le mineur, quelques-uns d’entre eux sont écrits dans une forme très simple et d’autres sont plus développés. Toute la pièce, qui est d’une rigoureuse logique de construction, a une expression dramatique intense, résultat du jeu des modulations et de l’habileté du compositeur à mettre en relief la ligne mélodique du thème initial. À la dernière note, après un torrentiel chromatisme – pas toujours perlé et encore moins maîtrisé tant la vélocité est grande! – le pianiste s’est heurté à un petit incident technique, l’allegro appassionato s’est terminé sur un dernier accord raté car la corde grave du clavier a littéralement sauté sous ses fougueux assauts... Après l’entracte, l’impétueux air slave qui devait souffler sur les auditeurs avec les célèbres (3) préludes (op 23) de Rachmaninoff fut tout bonnement et simplement annulé du programme annoncé. Incident technique ou caprice de vedette, peu importe, car c’est Debussy qui prit le relais... Finesse et scintillement de l’esprit français donc avec 12 préludes du premier livre de Claude Debussy. Excellent pianiste, Debussy, qui avait une prédilection marquée pour Chopin qu’il jouait d’ailleurs souvent, a revu l’édition des préludes du grand compositeur. C’est dire l’affinité qui liait les deux musiciens... Recherchant comme lui la nouveauté, mais plutôt dans l’expression que dans les harmonies, l’auteur de Pelléas et Mélisande destine au clavier, d’une main précise et agile, de nombreuses compositions dont ces 12 préludes interprétés en final de ce concert au Bustan. Préludes donc en hommage à Chopin où le compositeur fait preuve d’une richesse d’invention que nul autre n’a dépassée depuis. Écoutez donc cette Cathédrale engloutie et fermez un peu les paupières... Que d’images merveilleuses et insolites surgissent... C’est un monde sonore aux rives absolument envoûtantes. Lente, noble, solennelle, cette musique a les chatoiements de la soie... Pour terminer, trois préludes courts et d’une grande vivacité de Gerschwin. Compositeur américain dont les comédies musicales et les chansons populaires figurent parmi les plus achevées du genre,il offre là un langage moderne métissé de la musique folk noire, du jazz et de la musique classique européenne. Savoureux préludes à la fraîcheur décapante. Pour le rappel, le choix est tombé sur Ravel. Granada Gracioso, avec ses accords ibériques et sa passion bien espagnole, fait une belle conciliation avec l’esprit français illuminé ici par le soleil et la poésie du pays de Lorca... De Bach à Debussy en passant par Chopin et Gerschwin, ces préludes, admirablement servis, présentent en douceur l’évolution d’une certaine notion et conception de la musique au fil du temps... Avec ces préludes émouvants, Jean Efflam Bavouzet se révèle lui-même un vrai poète du clavier. La maîtrise du texte est absolue, la multiplicité des expressions, des couleurs, des sonorités, saisissante. Tout, dans cette performance, contribue à l’architecture remarquable de ces partitions d’une splendide vitalité.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Fastueux programme où les Préludes ont résonné de leurs émouvants accords dans le ciel de Beit-Méry... Pour les amateurs de piano, l’enjeu est de taille: rien que des préludes jaillis des mains d’un maître du clavier. Pour les festivaliers d’Al-Bustan, Jean Efflam Bavouzet, dont on connaît déjà la réputation d’émérite concertiste et détenteur de plus d’un prix, a interprété des préludes de Bach, Chopin, Rachmaninoff et Claude Debussy. Une authentique fête où les sortilèges du piano avaient tous les pouvoirs d’envoûtement et de séduction. Tout d’abord pour l’ouverture, en une farandole royale, trois préludes du clavier bien tempéré de J.S.Bach. De l’aveu même du Cantor, ces préludes sont «écrits et composés à l’usage de la jeunesse désireuse d’apprendre la musique, aussi bien que...