Du film de Zulawski La note bleue où il campe le regard fiévreux de Chopin au clavier sur lequel il déverse une pluie torrentielle de notes ensorcelantes, Janusz Olejniczak est bien un artiste hors pair pour qui le talent est sûr et multiple. Invité dans le cadre du festival d’al-Bustan, pour offrir aux très nombreux mélomanes venus l’applaudir un programme essentiellement composé de sonates et de scherzos dans des partitions de Chopin, Prokofiev, Brahms et Schubert, il surprend et étonne en changeant totalement de registré. Caprice de vedette ou humeur d’artiste, tout ce somptueux programme a été modifié au dernier instant pour garder un concert placé sous le signe de l’inspiration. Inspiration du moment où Chopin seul est omniprésent. Grande et longue promenade solitaire à travers des pages éblouissantes et surtout bruissantes de poésie, de murmure, de colère, de tendresse, de mélancolie, de rêverie, de méditation. C’était restituer là par le biais du piano la voix du poète du prince du clavier. Ballade, scherzos, polonaises, valses se sont succédé dans le tourbillon d’une douceur et d’une harmonie vouées à une évocation ardente. Nonchalante flânerie dans le monde sonore de Chopin, comme ces longues marches que l’on entreprend en forêt profonde pour mieux sentir la nature, la chaleur des arbres et les bruits vivants des feuilles qui frissonnent. Pour terminer, après deux bis d’un public ravi du changement de programme, un scherzo de l’auteur des Polonaises. Dramatique, intense, d’un romantisme fiévreux et fébrile, ce scherzo tourmenté, orné de grands accords impétueux, est certainement l’expression d’une âme angoissée et relève d’une sorte de «poésie» délirante du piano. Certainement un des plus beaux récitals de piano qui se puisse imaginer, donné par un véritable artiste qui se garde bien de l’étiquette de virtuose. Un piano vivant, vibrant, ému et tendu, avec une richesse telle de nuances que c’en est presque de la provocation. La sonorité toujours rare, une limpidité sans remous et bien sûr l’intelligence du texte, absolument éblouissante. Janusz Olejniczak n’est pas chaleureux, il est brûlant. Il déborde d’amour, ne conçoit pas de relation humaine qui ne soit amour. On peut puiser en lui comme en une fortune sans limite : il continuera de donner de lui-même, de sa musique, de son temps, de son éloquence. Il joue Chopin sans emphase ni sentimentalité excessive, ni pédale outrancière. Et les grandes arches de cette œuvre puissante et complexe, il les dessine sans jamais se presser, pour tout entendre et enchaîne tout naturellement de la violence à l’élégie, de la tendresse au désespoir, de l’angoisse à la sérénité, de la rêverie à l’imprécation. Comme des chapitres d’un grand livre qui serait le sien.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Du film de Zulawski La note bleue où il campe le regard fiévreux de Chopin au clavier sur lequel il déverse une pluie torrentielle de notes ensorcelantes, Janusz Olejniczak est bien un artiste hors pair pour qui le talent est sûr et multiple. Invité dans le cadre du festival d’al-Bustan, pour offrir aux très nombreux mélomanes venus l’applaudir un programme essentiellement composé de sonates et de scherzos dans des partitions de Chopin, Prokofiev, Brahms et Schubert, il surprend et étonne en changeant totalement de registré. Caprice de vedette ou humeur d’artiste, tout ce somptueux programme a été modifié au dernier instant pour garder un concert placé sous le signe de l’inspiration. Inspiration du moment où Chopin seul est omniprésent. Grande et longue promenade solitaire à travers des pages éblouissantes et...