Le gouvernement grec était voué aux gémonies mercredi après avoir laissé filer Abdullah Öcalan aussitôt capturé par les Turcs, mais rien ne laissait prévoir une crise politique en dépit du «déshonneur» qu’a constitué pour l’opposition et la presse l’issue de la chasse au chef kurde séparatiste. Le spectre d’une colère violente et durable de la communauté kurde contre la Grèce s’est dissipé, au moins momentanément, avec la normalisation rapide de la situation des ambassades grecques à l’étranger, seule celle de Londres demeurant occupée, au grand soulagement des dirigeants. Premier visé par les accusations, le chef de la diplomatie Théodore Pangalos a reçu le soutien explicite du Premier ministre Costas Simitis et celui du porte-parole du gouvernement, qui a écarté fermement toute démission. Le chef de l’État Costis Stéphanopoulos a catégoriquement exclu toute responsabilité de son pays. «La Grèce peut faire des erreurs, mais elle ne commet pas d’infamie (...), je ne peux pas croire, et aucun Grec ne le peut, que nous ayons livré Öcalan», a-t-il insisté. Au sein du Parti socialiste panhellénique (Pasok, au pouvoir), la contestation restait circonscrite à une petite cohorte de députés connus pour leur activisme en faveur de la cause kurde. L’arrestation de Öcalan au nez et à la barbe des autorités grecques dans le pire des cas – avec leur complicité active selon le Parti des travailleurs du Kurdistan – a suscité un débat passionné dès mardi soir au Parlement. Le ténor de la Nouvelle démocratie (opposition de droite) Costas Caramanlis a ouvert les hostilités en reprochant aux autorités d’avoir fait preuve au mieux d’une «négligence criminelle» et réussi le tour de force de faire que «les ennemis de nos ennemis – le PKK – soient devenus nos ennemis». M. Caramanlis a demandé officiellement mercredi un débat extraordinaire au Parlement, tandis que le SYN (une petite formation de la gauche autogestionnaire) exigeait la création d’une commission d’enquête parlementaire, à laquelle M. Reppas a opposé une fin de non-recevoir. Le leader du SYN Nikos Constandopoulos a stigmatisé «un acte suicidaire de la politique étrangère grecque». Au Pasok, où certains observateurs pronostiquaient de sérieux remous, huit députés ont demandé par écrit dès mardi la démission de M. Pangalos, sans que le mouvement ait fait tache d’huile jusqu’ici. «Malgré le désordre de l’avant-scène et un certain mécontentement, le Pasok se concentre sur la préparation de son congrès en mars et d’ici là, tout le monde doit être mis en ordre de marche pour tenter de gagner les élections européennes de juin prochain», a jugé un diplomate européen. Toutes tendances confondues, la presse grecque était catastrophée de la gestion de l’affaire Öcalan par le gouvernement, parlant de «fiasco», de «Waterloo» ou de «Mardi noir». «Le résultat est tragique pour le pays, le ridicule doit cesser», tranchait l’influent Elefthérotypia (gauche indépendante) en demandant le départ «immédiat» du chef de la diplomatie. Le quotidien libéral des milieux d’affaires Kathimérini s’inquiétait surtout, lui, de voir le gouvernement «déstabilisé alors que toutes les énergies doivent être concentrées sur le grand projet de l’adhésion de la Grèce à l’euro» le 1er janvier 2001. Quant aux citoyens grecs, qui se disent habitués aux «ratages» de l’État dont les dysfonctionnements alimentent régulièrement conversations et critiques des journaux, ils paraissaient se résigner. «Il y a les Américains derrière tout cela, et face à eux, il n’y a pas grand-chose à faire», affirmait l’un d’eux, résumant une opinion répandue.
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