Lionel Ghorra vient de mourir à la suite d’une longue maladie qui l’avait réduit à l’ombre de lui-même. C’est un vrai grand homme que le Liban a perdu. Les activités de Lionel Ghorra ont touché un nombre incalculable de personnes au Liban et à l’étranger. Pour ne citer que les plus visibles de ses accomplissements, Lionel Ghorra a été à l’origine du Festival international de Baalbeck, des Jeunesses musicales du Liban et du Bureau du tourisme des jeunes (le BTJ) au Conseil national du tourisme. Il a été l’un des artisans de la découverte de la grotte de Jeïta et de la formation du Spéléo Club du Liban, ainsi que de la création du premier studio de son à la première chaîne de télévision libanaise, car sa formation première était celle d’ingénieur du son à l’Isav à Paris. Passé l’âge de 60 ans, Lionel participa à l’introduction du ski de fond dans notre pays et, surtout, à l’éclosion du mouvement de sauvegarde de l’environnement au Liban. Sans Lionel, le Dr Ricardo Haber, l’un des vrais pionniers de ce mouvement, n’aurait pas découvert la forêt d’Ehden, et celle-ci n’aurait pas été transformée en réserve naturelle grâce aux efforts de Ricardo et de sa femme Mirna. Lionel Ghorra a incarné beaucoup d’autres valeurs pour beaucoup de gens, mais surtout, et avant tout, il a toujours évité de se mettre en avant, ou de vanter ses exploits, préférant l’humilité, l’effacement et l’honnêteté à l’individualisme destructeur et l’autopromotion égoïste de ceux qui ne pensent qu’à se faire valoir aux dépens des autres. Des idées à la pelle Lionel Ghorra fut avant tout un rêveur qui trouvait une ou plusieurs idées de projets par jour. Des projets comme la Vie de quartier, la formation de moniteurs polyvalents et d’adoption de l’oranger comme notre arbre de Noël officiel («Le sapin n’est pas de chez nous», ne cessait-il de répéter) ne sont que quelques exemples de projets qu’il défendait. Il adorait exposer ses idées à ses amis qui l’écoutaient parfois, il faut le dire, plus par amitié et tendresse que par réel intérêt. Durant les années de guerre, Lionel ouvrit sa merveilleuse maison à Zouk Mosbeh pour en faire un centre d’art et de culture afin que les jeunes puissent avoir une autre idée du monde que celle de la guerre. Même après qu’il fût «arrêté» et traîné hors de chez lui par des miliciens qui le sommèrent d’arrêter ses activités culturelles «illégales», et après que deux obus de char furent tirés sur la façade de sa maison, ce qui faillit lui coûter la vie, Lionel maintint sa maison ouverte, organisant récitals, pièces de théâtre, cours et expositions de peinture et de sculpture, soirées de jazz, sans oublier causeries et conférences de tous genres. En cela il fut continuellement aidé par de vieux amis et bienfaiteurs tels que Nadia Kettaneh et Gaby Wardé, pour ne citer que ces deux noms. Hélas, ce que la guerre n’avait pas réussi à arrêter, le cancer, lui, s’en chargea. À notre époque, où les gens ont besoin d’un exemple à suivre, un Libanais qui a tant aimé son pays et lui a tant donné est mort négligé et délaissé. Lionel Ghorra méritait mieux. L’œuvre de Lionel aurait dû être reconnue publiquement et officiellement il y a bien longtemps. Mais il n’est pas trop tard pour que le Liban se ressaisisse et reconnaisse un de ses grands fils. C’est par ce genre de reconnaissance qu’un pays tisse et renforce la trame de sa cohésion culturelle et sociale. C’est dire que l’homme ne vit pas que de politique et de mondanités. Lionel Ghorra aurait ajouté que l’homme ne vit pas sans rêve. Je rêve donc que notre nation finira par reconnaître le mérite d’une des personnes qui ont tant œuvré pour que notre cher Liban devienne meilleur.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Lionel Ghorra vient de mourir à la suite d’une longue maladie qui l’avait réduit à l’ombre de lui-même. C’est un vrai grand homme que le Liban a perdu. Les activités de Lionel Ghorra ont touché un nombre incalculable de personnes au Liban et à l’étranger. Pour ne citer que les plus visibles de ses accomplissements, Lionel Ghorra a été à l’origine du Festival international de Baalbeck, des Jeunesses musicales du Liban et du Bureau du tourisme des jeunes (le BTJ) au Conseil national du tourisme. Il a été l’un des artisans de la découverte de la grotte de Jeïta et de la formation du Spéléo Club du Liban, ainsi que de la création du premier studio de son à la première chaîne de télévision libanaise, car sa formation première était celle d’ingénieur du son à l’Isav à Paris. Passé l’âge de 60...