En chute libre dans les sondages, contesté par les syndicats, les étudiants et les agriculteurs, médiocre élève économique de l’Union européenne, le gouvernement grec de Costas Simitis n’avait vraiment pas besoin d’une affaire Öcalan. En faisant partir vers le rival turc - de gré ou de force - le leader séparatiste kurde réfugié dans l’ambassade de Grèce à Nairobi, le Premier ministre s’est évidemment mis à dos la communauté kurde en Europe. Mais il prête également le flanc aux critiques d’une opposition revigorée à l’approche des élections européennes de juin prochain et des législatives, prévues pour le printemps ou l’été de l’an 2000. De surcroît, c’est au sein de sa propre formation socialiste, le Pasok, que Costas Simitis risque d’essuyer les plus vives critiques. Pour la «vieille garde» du Pasok, comme pour de nombreux Grecs, Abdullah Öcalan personnifiait la lutte contre la Turquie honnie, irrespectueuse des droits de l’homme et des droits de la Grèce. «Il s’agit du moment le plus humiliant de l’histoire de notre pays», a déclaré un député du Pasok, Christos Kipouros, en réclamant l’ouverture d’une enquête sur les conditions du «lâchage» d’Öcalan par le gouvernement. «L’opinion publique risque de retenir de cette affaire que nous avons collaboré avec le gouvernement turc», juge le politologue John Loulis, proche du Parti de la nouvelle démocratie (opposition de droite). Déjà, Costas Simitis avait fait froncer les sourcils en Grèce à l’automne dernier en obtenant de l’allié chypriote qu’il renonce à installer sur son territoire des missiles dont l’implantation ne plaisait guère à la Turquie. Soucieux pour son pays de respectabilité européenne, le Premier ministre tente en fait d’imposer en politique étrangère une ligne acceptable à ses partenaires européens comme aux États-Unis. En matière économique, ce technicien, qui ne possède pas l’aura de son prédécesseur, Andreas Papandréou, n’est pas loin de réussir son pari. Sous sa férule, l’économie grecque a effectué un tel assainissement qu’elle pourrait bientôt répondre aux critères pour l’adhésion du pays à l’euro. Le prix politique à payer pour ces succès risque toutefois d’être très lourd pour Costas Simitis. Et l’épisode Öcalan n’allégera certainement pas la note. Sur les ondes, les commentateurs parlaient d’un «fiasco monstre» ou du «pire scénario possible», soulignant les risques politiques de cette affaire pour le gouvernement du Premier ministre socialiste Costas Simitis. «Ce n’est pas glorieux. Si vous protégez quelqu’un, il faut le protéger jusqu’au bout. Quelles que soient les circonstances de l’interpellation d’Öcalan, la Grèce a une responsabilité indirecte», a commenté pour l’AFP un diplomate occidental, sous couvert de l’anonymat. Sans céder à la panique, les autorités ont nié toute fausse manoeuvre. «Depuis le moment» où Öcalan a quitté la résidence de l’ambassadeur grec à Nairobi lundi après-midi, le gouvernement «n’a aucune responsabilité», a affirmé son porte-parole Dimitris Reppas. «Nous croyons que les actions du gouvernement ont été totalement réussies» dans cette affaire, a-t-il assuré.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats En chute libre dans les sondages, contesté par les syndicats, les étudiants et les agriculteurs, médiocre élève économique de l’Union européenne, le gouvernement grec de Costas Simitis n’avait vraiment pas besoin d’une affaire Öcalan. En faisant partir vers le rival turc - de gré ou de force - le leader séparatiste kurde réfugié dans l’ambassade de Grèce à Nairobi, le Premier ministre s’est évidemment mis à dos la communauté kurde en Europe. Mais il prête également le flanc aux critiques d’une opposition revigorée à l’approche des élections européennes de juin prochain et des législatives, prévues pour le printemps ou l’été de l’an 2000. De surcroît, c’est au sein de sa propre formation socialiste, le Pasok, que Costas Simitis risque d’essuyer les plus vives critiques. Pour la «vieille...