Un thème interactif : l’ influence des poètes dans l’ évolution moderniste de l’ art figuratif au Liban. Ce sujet à deux leviers a été traité par le peintre Fayçal Sultan. Dont la conférence a été donnée galerie Janine-Rubeiz. Fayçal Sultan s’est attardé sur une période artistique fructueuse : les années soixante et soixante-dix. Les relations nourries entre maîtres du pinceau et de la plume locaux ont donné lieu à plusieurs œuvres. David Corm a peint Boutros Boustany et Habib Srour le visage de Khalida Adib. Dans les années vingt et trente, les poètes de leur côté puisent souvent leur inspiration dans des toiles. La famille Corm, férue d’arts, contribue en grande partie à ce mouvement. Charles Corm fonde «la maison de l’art» et lance la revue «Phenicia» (1938). Pour la première fois, une revue spécialisée couvre les expositions et les manifestations artistiques et publie des photos en couleurs d’ œuvres picturales. Quand Corm publie «La Montagne inspirée», le peintre Moustapha Farroukh écrit : «Ce recueil possède une couleur résolument locale : elle reflète nos sentiments, nos coutumes et notre être». Georges Schéhadé et Salah Stétié se sont ensuite intéressés de près aux arts plastiques. «Entre 1955 et 1962, Stétié était rédacteur en chef du supplément culturel de “L’ Orient” où il faisait office de critique. Il s’était donné pour mission de faire connaître le mouvement artistique naissant, repérant de nouveaux talents dans les expositions. Il a également ouvert une fenêtre sur l’art moderne français. Salah Stétié a joué un rôle important dans l’ouverture de la poésie à l’art». «Amine Rihani est également un des premiers poètes à avoir puisé son inspiration dans des œuvres d’art. L’ écrivain Adib Haddad a encouragé les peintres à s’exprimer, à montrer leurs œuvres , dans le cadre du salon de l’ automne qu’il a initié au palais de l’ Unesco. Il a de même encouragé les poètes, dont le jeune Ounsi el-Hage , à se lancer dans la critique d’art». Pour Fayçal Sultan, la période déterminante dans la relation poésie-peinture a été celle marquée par la parution de la revue «Al Che’r» (la Poésie ) fondée par le poète Youssef el-Khal en 1957. Sa femme, Helen Khal, avait ouvert en 1963 une galerie «Gallery One» qui exposait notamment des œuvres de jeunes artistes contemporains dont Chafic Abboud, Nadia Saikali, les frères Basbous, Hrair, Assadour, Mohammed Sakr. Au cours des rencontres du jeudi que la revue «Al Che’r» organisait, le thème de la poésie dans le dessin et du dessin en poésie était récurrent D’autant que le mouvement abstrait, alors dominant, était propice à un tel jumelage. La poésie devenait plus libre, et la peinture plus abstraite. Dans les pages de cette même revue, les artistes et les poètes se rencontrent. Les toiles de peintres (Amine el-Bacha, Fateh el-Moudarress, Paul Guiragossian, Waddah Farès…) illustrent des écrits poétiques. Après mai 1968, une véritable révolution s’opère dans les rangs des artistes et poètes qui recherchent la modernité. La revue «Mawakef», fondée par Adonis en 1969, a milité pour le démantèlement de la structure culturelle traditionnelle en faveur d’une prise de conscience «liée aux racines».
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