Baptisée «la Magnifique» dans l’antiquité, Alexandrie, deuxième ville d’Égypte devenue pôle économique, devrait retrouver son éclat de cité culturelle grâce à plusieurs projets liés aux récentes découvertes archéologiques. Plus grande ville du monde hellénistique après Rome avec 500 000 habitants, Alexandrie, sans sites pharaoniques et dont les vestiges de l’époque d’Alexandre le Grand n’ont commencé à être mis au jour qu’en 1994, ne bénéficie pas de la manne touristique du reste du pays. Mais tout pourrait changer, grâce à la volonté des Égyptiens et au travail de Jean-Yves Empereur, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique français (CNRS) et directeur du Centre d’études alexandrines (CEA), qui y mène depuis cinq ans de fructueuses fouilles de sauvetage. Fouilles de sauvetage Ces fouilles d’urgence ont permis de retrouver sous la mer, sur plus de deux hectares, colonnes, chapiteaux, sphinx et colosses, ainsi que des vestiges du phare d’Alexandrie. Les Égyptiens envisagent de créer sur ce site un parc archéologique sous-marin permettant aux touristes d’admirer tous ces trésors en plongée peu profonde. Ce projet ne sera néanmoins possible que lorsqu’aura été construite une station d’épuration. «Nous venons d’obtenir l’autorisation d’enlever les 55 blocs modernes en béton restants (45 déjà enlevés) qui recouvrent le site antique, ce qui devrait permettre de retrouver les jambes des colosses et d’autres vestiges du phare», indique M. Empereur. Les fouilles reprendront en avril. Seul petit détail, 6 millions de francs sur trois ans restent à trouver pour les mener à bien. Des discussions sont en cours avec la fondation EDF (France). À terre, où le CEA est la seule mission étrangère à effectuer des fouilles de sauvetage, Jean-Yves Empereur a également découvert en 1997 la Nécropolis d’Alexandrie, à l’occasion de la construction d’un pont reliant la ville au port, dans le quartier ouest de Gabbari. Le site a été sauvé du béton qui menaçait de l’engloutir : le pont comprendra des piliers asymétriques, passant à 2,50 mètres au-dessus de cet immense cimetière abritant des caveaux souterrains, étagés sur sept niveaux (loculi), utilisés du IIIe siècle avant notre ère au IVe siècle après Jésus-Christ. Au pied du chantier interrompu, Gabbari est pour l’instant coincée au cœur d’un bidonville. «Ses habitants doivent être relogés et les autorités nous ont demandé d’y étendre nos recherches quand il sera évacué», indique l’archéologue. À terme, 200 à 300 tombes pourraient être ouvertes au public dans le cadre d’un projet de musée de site. En plus du financement, restera à régler le problème de la nappe phréatique qui inonde le fond de la nécropole. Ce bain de boue et d’eau sale est dû au phénomène de subsidence (enfoncement de la croûte terrestre). Les Égyptiens voudraient également ouvrir à Alexandrie un musée de la mosaïque. Il existe déjà, depuis 1996, un petit musée en plein air, sur le site du seul théâtre retrouvé dans la ville. Enfin, sur le front de mer, une bibliothèque publique de recherche ultramoderne de 70 000 mètres carrés fera renaître dans un ou deux ans la célébrissime bibliothèque antique. En espérant que fonctionnera son système informatique, identique à celui, déficient, de la nouvelle Bibliothèque nationale de France. «Le plus gros problème rencontré pour la Bibliotheca alexandrina est le multilinguisme (français, anglais, arabe). Il faudra que les informaticiens trouvent leur «“logiciel de Rosette”», confie Gérald Grunberg, conseiller technique français du projet, se référant à la pierre de Rosette, trilingue, qui permit à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes»...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Baptisée «la Magnifique» dans l’antiquité, Alexandrie, deuxième ville d’Égypte devenue pôle économique, devrait retrouver son éclat de cité culturelle grâce à plusieurs projets liés aux récentes découvertes archéologiques. Plus grande ville du monde hellénistique après Rome avec 500 000 habitants, Alexandrie, sans sites pharaoniques et dont les vestiges de l’époque d’Alexandre le Grand n’ont commencé à être mis au jour qu’en 1994, ne bénéficie pas de la manne touristique du reste du pays. Mais tout pourrait changer, grâce à la volonté des Égyptiens et au travail de Jean-Yves Empereur, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique français (CNRS) et directeur du Centre d’études alexandrines (CEA), qui y mène depuis cinq ans de fructueuses fouilles de sauvetage. ...