Avec la Suissesse Martina Hingis et le Russe Evgueni Kafelnikov, les Internationaux d’Australie de tennis ont finalement connu deux beaux vainqueurs au terme d’une histoire passablement mouvementée. Du même tonneau que les deux précédentes, la finale du simple messieurs, opposant Kafelnikov au Suédois Thomas Enqvist, ne fut certes pas très exaltante. Plus que le résultat de l’absence de l’Américain Pete Sampras (N°1), du retrait du Chilien Marcelo Rios (N°2) et de l’élimination dès le troisième tour de l’Australien Patrick Rafter (N°3), il faut sans doute y voir l’effet d’un nombre élevé de matches longs et épuisants. Encore le soleil se montra-t-il clément. La disparition des ténors aura en tout cas laissé le champ libre aux talents avides de s’exprimer, dont celui de l’Equatorien Nicolas Lapentti, de l’Allemand Tommy Haas ou de l’Américain Vince Spadea. «Je tiens tout d’abord à remercier Sampras de son absence», a claironné pour sa part Kafelnikov sur le ton de la plaisanterie. «Il n’est pas du tout certain que celui qui se maintiendra au sommet de la hiérarchie mondiale lundi», bien qu’il soit resté chez lui à jouer au golf, aurait gagné ce tournoi-là. Tel est l’avis d’Enqvist, qui a déclaré : «Même s’il avait été là, je crois que Kafelnikov aurait eu une bonne chance de l’emporter». À vingt-cinq ans dans une quinzaine de jours, le Russe semble enfin arrivé à maturité de ses larges possibilités. Et si l’intérêt de Sampras pour le tennis continue de décroître, de même que si Rios ne se montre pas plus solide physiquement, Kafel pourrait bien s’affirmer prochainement un successeur enfin digne des augures qui voyaient depuis longtemps en lui un futur N°1 mondial. En revanche, à la lumière de ce qu’il fut donné de voir à Melbourne, certains ne paraissent plus en mesure de gagner un tournoi du Grand Chelem. S’ils l’ont jamais été. Les Américains Andre Agassi et Todd Martin entrent sans doute dans cette catégorie, ainsi que le Français Cédric Pioline. Et, du côté féminin, l’Espagnole Conchita Martinez et la Belge Dominique Van Roost. Une page a été tournée, inexorablement. L’Allemande Steffi Graf, si brillante pendant les sept premiers jeux du quart de finale qui l’opposa à l’Américaine Monica Seles, a peut-être encore, quant à elle, une petite chance de triompher une dernière fois à Wimbledon. Mais redevenir la N°1 mondiale, il ne faut plus trop qu’elle y compte. Les titulaires, présente et récente, l’Américaine Lindsay Davenport et Martina Hingis, auront pu entrevoir en la Française Amélie Mauresmo une concurrente possible. D’où la mauvaise polémique entretenue autour de la largeur de ses épaules et de la puissance de ses coups. Autant de choses qui ne font ordinairement pas problème quand il s’agit de joueuses américaines, à commencer par Davenport elle-même et les soeurs Williams, qui ne sont pas précisément des modèles de féminité. Le début du tournoi avait été empoisonné par l’affaire Korda, lequel vient d’obtenir de la Haute Cour de justice de Londres que la Fédération internationale de tennis (ITF), poussée à agir par de nombreux joueurs mécontents de l’impunité du champion tchèque convaincu de dopage, ne puisse pas faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (Tas) de Lausanne. C’est désormais une affaire entre Korda, resté muré dans son silence à Melbourne, et sa conscience. L’Américain Jim Courier, pour sa part, ne s’est pas privé de parler. Était-il cependant vraiment nécessaire qu’il jette l’opprobre sur tout le sport européen, comme il l’a fait, quand on connaît la situation du dopage aux États-Unis? Tokyo: Davenport sous la pression d’Hingis L’Américaine Lindsay Davenport, tenante du titre, sera sous la pression de sa dauphine, la Suissesse Martina Hingis, qui, sur la lancée de son troisième succès d’affilée aux Internationaux d’Australie, pourrait lui reprendre la place de numéro un mondiale dès le tournoi de Tokyo, qui commence mardi. Tête de série N°1 de cette épreuve du circuit féminin dotée d’1 million de dollars, Davenport, éliminée en demi-finale à Melbourne par la Française Amélie Mauresmo, risque en effet de perdre son trône au profit d’Hingis, finaliste l’an passé, si elle s’incline prématurément dans la capitale japonaise. Or, l’Américaine, exemptée du premier tour, devrait affronter la Croate Iva Majoli ou sa compatriote Mary Joe Fernandez. Et même si l’obstacle Majoli, tombée à la 24e place mondiale après une année 1997 faste où elle avait gagné Roland-Garros, ou Fernandez est franchi, la route s’annonce encore périlleuse pour Davenport. Car, en plus d’Hingis, deux anciennes numéros un mondiales sont en lice à Tokyo: l’Américaine Monica Seles (N°4) et l’Allemande Steffi Graf (N°5). De même, la Tchèque Jana Novotna, la championne de Wimbledon classée tête de série N°3, la jeune et prometteuse Russe Anna Kournikova (N°6), la Sud-Africaine Amanda Coetzer (N°7) et la Bélarusse Natalia Zvereva (N°8) s’annoncent comme des adversaires de qualité. Si Davenport, victorieuse à Sydney en début d’année, devra sans doute écarter de sa route Majoli, Coetzer puis Kournikova et Seles pour atteindre la finale, Hingis sera elle aussi obligée de batailler ferme. La Suissesse aura en Steffi Graf, victorieuse à trois reprises à Tokyo (1986, 90 et 94), et Novotna des adversaires particulièrement difficiles. Enfin, la Française Julie Halard-Decugis aura une entame délicate face à la Zimbabwéenne Cara Black, alors que Sarah Pitkowski semble avoir plus de chance en tombant sur une joueuse issue des qualifications. Classement ATP : Kafelnikov troisième La victoire d’Evgueni Kafelnikov, dimanche en finale des Internationaux de tennis d’Australie, a fait effectuer au Russe un véritable bond en avant au classement ATP, publié lundi, passant du dixième au troisième rang. «Quand j’ai remporté mon premier tournoi du Grand Chelem (Roland-Garros 1996), personne n’y a vraiment prêté attention», rappelait Kalachnikov dimanche. Il y a peu de chance que ce soit le cas cette fois, notamment de la part du Chilien Marcelo Rios, blessé à Melbourne et, en conséquence, précipité de la deuxième à la sixième place du classement. Quant à l’Américain Pete Sampras, forfait en Australie, il conserve sa couronne de numéro un mondial avec 214 points d’avance sur l’Espagnol Alex Corretja qui, lui, gagne une place. Autre grand bénéficiaire de la quinzaine australienne, le Suédois Thomas Enqvist, adversaire malheureux de Kafelnikov en finale. Il progresse de dix rangs, du vingt et unième au onzième. Côté français, Cédric Pioline reste le mieux classé, même s’il recule de trois crans à la dix-huitième place. Quant à Fabrice Santoro (59e mondial), il gagne neuf places. Nicolas Escudé, lui, est l’auteur d’un spectaculaire grand bond en arrière. Il passe du 40e au 107e rang. Classement au 1er février : 1. Pete Sampras (E-U) 3 744 points 2. Alex Corretja (Esp) 3 530 3. Evgueni Kafelnikov (Rus) 3 419 4. Patrick Rafter (Aus) 3 264 5. Carlos Moya (Esp) 3 178 6. Marcelo Rios (Chili) 2 969 7. Andre Agassi (E-U) 2 845 8. Tim Henman (G-B) 2 608 9. Richard Krajicek (P-B) 2 575 10. Greg Rusedski (G-B) 2 568 11. Thomas Enqvist (Suè) 2 362 12. Karol Kucera (Slo) 2 261 13. Todd Martin (E-U) 2 152 14. Goran Ivanisevic (Croa) 2 082 15. Mark Philippoussis (Aust) 1 898 16. Albert Costa (Esp) 1 817 17. Thomas Johansson (Suè) 1 761 18. Cedric Pioline (Fra) 1 678 19. Felix Mantilla (Esp) 1 650 20. Jan Siemerink (P-B) 1 619 Le classement des autres Français: 59. Fabrice Santoro 767 63. Jérôme Golmard 743 75. Guillaume Raoux 660 83. Arnaud Di Pasquale 613 87. Sébastion Grosjean 569. Les vingt meilleures joueuses mondiales Voici le classement des vingt meilleures joueuses mondiales rendu public lundi par la WTA : 1. Lindsay Davenport (E-U) 2. Martina Hingis (Sui) 3. Jana Novotna (Tch) 4. Monica Seles (E-U) 5. Arantxa Sanchez Vicario (Esp) 6. Venus Williams (E-U) 7. Steffi Graf (All) 8. Mary Pierce (Fra) 9. Patty Schnyder (Sui) 10. Nathalie Tauziat (Fra) 11. Dominique Van Roost (Bel) 12. Anna Kournikova (Rus) 13. Irina Spirlea (Rou) 14. Sandrine Testud (Fra) 15. Amanda Coetzer (AFS) 16. Conchita Martinez (Esp) 17. Amélie Mauresmo (Fra) 18. Natasha Zvereva (Belié) 19. Barbara Schett (Aut) 20. Julie Halard-Decugis (Fra).
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