Vingt ans après le renversement de la monarchie, le corps politico-militaire des Gardiens de la révolution (Pasdaran) continue de veiller à ce que l’Iran ne dévie pas de la voie islamique. Créés dans les premières semaines de la révolution, les Pasdaran ont fourni à la jeune République islamique son bras armé, l’ex-armée impériale étant jugée peu fiable malgré les purges d’officiers. Aujourd’hui encore, les Pasdaran à l’uniforme vert olive sont présents dans toutes les villes du pays comme aux frontières sensibles avec l’Afghanistan et l’Irak. Leur nombre exact – jamais publié officiellement – est évalué entre 100 000 et 150 000 hommes, pour beaucoup des conscrits, sur un total de près d’un demi-million d’hommes pour l’ensemble des forces armées iraniennes. Ce corps a également la tutelle des milices volontaires islamiques (bassidji), largement mobilisées pendant la guerre contre l’Irak (1980/88) et qui, aujourd’hui, constituent essentiellement une force d’appoint composée de jeunes militants de classes défavorisées. Force essentiellement terrestre, les Pasdaran ont également leur propre aviation et leur propre marine, en plus des forces aériennes et navales de l’armée traditionnelle. Leur loyauté leur vaut également de posséder des forces anti-émeutes, comme la brigade Achoura, mobilisée lors de la répression sanglante de troubles sociaux à Islamshahr, un faubourg populaire du sud de Téhéran, en 1996. Ce sont eux encore qui sont chargés du délicat programme de missiles de moyenne et longue portée iraniens, suivi avec inquiétude par les pays voisins et vivement critiqué par les États-Unis. Dans les années 80, ce sont aussi des Pasdaran que le régime choisit d’envoyer par milliers au Liban combattre au côté des forces chiites libanaises. Les cadres les plus fidèles Les Pasdaran ont fourni au régime parmi ses cadres les plus fidèles. Mohsen Rafigh-Doust, ancien ministre des Gardiens de la révolution, dirige aujourd’hui la puissante Fondation des déshérités, un organisme parapublic qui règne sur un empire industriel et immobilier, et gère les biens de l’ancienne famille impériale. Leur chef militaire historique, le général Mohsen Rezaï, a dirigé ce corps pendant seize ans, notamment lors du conflit Iran-Irak au cours duquel les Pasdaran sont véritablement passés d’une structure de miliciens islamistes à celle d’un corps militaire. Le général Rezaï est aujourd’hui secrétaire du Conseil de discernement, la plus haute instance collégiale d’arbitrage et de conseil politique du régime. Ironie du destin, un des fils de cet officier farouchement anti-américain a obtenu l’an dernier l’asile politique aux États-Unis, d’où il critique ouvertement le régime iranien. Le remplacement, à l’automne 1997, du général Rezaï à la tête des Pasdaran par un officier plus jeune, Yahia Rahim Safavi, dans la foulée de l’élection du président modéré Mohammad Khatami, avait laissé espérer une ouverture de ce corps réputé pour sa rigueur idéologique. Ces espoirs se sont évanouis avec la multiplication des déclarations menaçantes du commandement des Pasdaran contre tout assouplissement du régime. Les milieux réformateurs iraniens avaient vigoureusement protesté en mai dernier à la suite de propos attribués au général Safavi, dénonçant l’évolution politique et culturelle du pays et promettant de «couper la tête à certains et la langue à d’autres».
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