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Actualités - Opinion

Tribune L'affaire Debbas : deux ans après

Deux ans déjà que la petite Nathalie Debbas a quitté ce monde. Beaucoup de bruit a accompagné sa mort subite, beaucoup d’encre a coulé, les rumeurs les plus insensées ont circulé... Dans cette affaire, deux victimes : Nathalie, et puis sa famille, bouleversée par sa disparition brutale, affectée par les agissements de certains magistrats trop pressés de trouver un bouc émissaire. Aujourd’hui que l’innocence du père de Nathalie (qui, dès le départ, ne faisait aucun doute) a été établie, prouvée et consacrée dans le non-lieu rendu par le juge d’instruction en charge du dossier, il est impératif de tirer de cette triste affaire des leçons pour le futur, afin que le désastre médiatico-judiciaire qui l’a accompagnée ne se renouvelle plus jamais : La première leçon à tirer est la nécessité de réformer au plus vite notre Code de procédure pénale afin que soit enfin préservée la présomption d’innocence sans laquelle il n’y a pas d’État de droit. La détention provisoire d’une personne injustement suspectée peut détruire sa carrière ou entacher à jamais sa réputation. Elle crée, dans l’opinion publique, un «préjugement» qui balaie la présomption d’innocence ; elle est beaucoup plus qu’une simple mesure préventive au service de l’instruction. Il est vital que le magistrat qui l’ordonne prenne conscience de la gravité d’une telle mesure, et qu’il assume la responsabilité de sa décision si, au bout du compte, cette personne s’avère fautive. La deuxième leçon est la nécessité pour nos médias de faire montre d’une plus grande retenue, d’éviter de céder au sensationnalisme et de ne pas clouer au pilori ceux dont la culpabilité n’a pas été établie. Si la liberté de la presse est sacrée, elle doit avoir pour limites le respect de la présomption d’innocence et de la dignité humaine. La troisième leçon est la nécessité de créer au Liban un véritable institut médico-légal susceptible d’éclairer les juges et d’éviter les dérapages enregistrés dans l’affaire Debbas. La science est devenue un instrument précieux au service de la justice, qu’il serait absurde de négliger à l’aube du troisième millénaire. L’affaire Debbas, qui a nécessité des expertises auprès d’instituts spécialisés en Europe et auprès du... FBI (!), faute de moyens adéquats au Liban, a montré les limites de la médecine légale dans notre pays. Quant à l’attitude de certains médecins qui, par leurs conclusions hâtives, ont induit les magistrats en erreur, elle aurait dû – et devrait encore – conduire la justice à prendre les mesures appropriées pour que ces médecins assument la responsabilité de leurs actes. *** La réforme de notre justice se fait attendre. Elle ne portera ses fruits que si elle tire des erreurs du passé les enseignements qui s’imposent. C’est alors seulement que ceux qui ont été offensés auront le sentiment qu’ils n’ont pas souffert pour rien.
Deux ans déjà que la petite Nathalie Debbas a quitté ce monde. Beaucoup de bruit a accompagné sa mort subite, beaucoup d’encre a coulé, les rumeurs les plus insensées ont circulé... Dans cette affaire, deux victimes : Nathalie, et puis sa famille, bouleversée par sa disparition brutale, affectée par les agissements de certains magistrats trop pressés de trouver un bouc émissaire. Aujourd’hui que l’innocence du père de Nathalie (qui, dès le départ, ne faisait aucun doute) a été établie, prouvée et consacrée dans le non-lieu rendu par le juge d’instruction en charge du dossier, il est impératif de tirer de cette triste affaire des leçons pour le futur, afin que le désastre médiatico-judiciaire qui l’a accompagnée ne se renouvelle plus jamais : La première leçon à tirer est la nécessité de réformer au...