Il travaille sur pas moins de onze séries à la fois, publie autant d’albums par an, saute avec une aisance inouïe de la BD d’époque au gag coquin, de l’humour noir au récit intimiste, du polar à la satire sociale ou aux histoires de bistro. Pourtant, Raoul Cauvin n’a, à première vue, rien du travailleur hyperactif. Il ressemble plutôt, comme deux gouttes d’eau, au pépé de Cédric, sa série préférée, et avoue élaborer l’essentiel de ses scénarios... sur un divan. Entretien avec le leader de la bande dessinée humoristique tout public. Q. - Depuis vos débuts dans le Spirou des années 60, vous avez créé une trentaine de séries, sans jamais vous répéter, sans donner l’impression de faire, comme beaucoup d’autres, de la BD à recette. R. - Ma recette, c’est de ne pas en avoir. S’il y avait des ingrédients pour les scénarios de BD, tout le monde en ferait. Moi, j’aime raconter des histoires et je me remets constamment en question. Je réfléchis à mes textes une bonne dizaine d’heures par jour (contre quatre à cinq heures de travail d’écriture, à ma table) et puis j’écoute mes lecteurs, en dédicaces, pour savoir si j’ai tapé juste ou pas. Q. - Comment vous arrangez-vous pour aborder des registres aussi différents avec, à chaque fois, la même justesse de ton ? Je pense par exemple à la fraîcheur délicieuse de Cédric et à l’humour grinçant de Pierre Tombal. R. - Je choisis volontairement des thèmes diamétralement opposés pour ne pas risquer de me répéter. Et à partir de là, pour chacun des domaines, je lis beaucoup, je me documente. Pour les Psys je m’inspire de vrais psychiatres, de gens que je connais qui sont traités par des psychiatres. Pour Poje c’est plus gai : comme il s’agit d’une BD de bistro, j’ai trouvé un bon prétexte pour sortir boire un pot : le boulot ! Q. - Comment s’établit la collaboration avec vos des-sinateurs ? R. - Je choisis moi-même mes dessinateurs, en fonction de la série et du style, mais je tiens compte de leurs goûts, de leurs limites aussi : Kox ne sait pas dessiner les femmes, il n’y a donc jamais de femmes dans l’Agent 212. Lambil et Berck sont très précis et minutieux, ils dessinent donc les Tuniques bleues et Sammy, mes deux seules BD d’époque. Quant à Taxi Girl, on a arrêté la série parce que Laudec est nettement plus à l’aise avec Cédric. Q. - Faites-vous partie des scénaristes qui interviennent graphiquement sur les planches ? R. - Je livre mes scénarios sous forme de découpage avec croquis rapides ; je précise tout ce que j’aimerais avoir dans les cases, je suggère parfois un cadrage ; mais, en définitive, les dessinateurs font ce qu’ils veulent. Q. - Quand on planche sur onze séries à la fois, comment organise-t-on son temps ? R. - Lorsque je travaille sur les Tuniques bleues, je ne fais rien d’autre : la documentation étant très précise, ça m’évite de me disperser. Pour toutes les autres séries, je me décide au jour le jour, en fonction de mon humeur et de mes envies du moment. Une séquence de Sammy par-ci, un gag des Femmes en blanc par-là, une planche des Paparazzi suivie d’une petite «séance divan», avant d’attaquer quelques cases de Cupidon : Raoul Cauvin construit, au fil des jours, une des œuvres les plus inventives de la bande dessinée tout public.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il travaille sur pas moins de onze séries à la fois, publie autant d’albums par an, saute avec une aisance inouïe de la BD d’époque au gag coquin, de l’humour noir au récit intimiste, du polar à la satire sociale ou aux histoires de bistro. Pourtant, Raoul Cauvin n’a, à première vue, rien du travailleur hyperactif. Il ressemble plutôt, comme deux gouttes d’eau, au pépé de Cédric, sa série préférée, et avoue élaborer l’essentiel de ses scénarios... sur un divan. Entretien avec le leader de la bande dessinée humoristique tout public. Q. - Depuis vos débuts dans le Spirou des années 60, vous avez créé une trentaine de séries, sans jamais vous répéter, sans donner l’impression de faire, comme beaucoup d’autres, de la BD à recette. R. - Ma recette, c’est de ne pas en avoir. S’il y avait des...