De la prescription- leitmotiv, «prenez deux comprimés et rappelez-moi demain matin», à la place d’honneur dans un musée, il y avait un grand pas que vient de franchir triomphalement l’acide acétylsalicylique. À savoir l’aspirine. La pilule blanche la plus populaire du monde trône depuis le 4 octobre dans la section médicale du musée Smithsonian à Washington. Que lui vaut ce privilège ? D’abord la célébration de son centième anniversaire et surtout ses multiples performances, les dernières en date étant ses capacités à prévenir les incidents cardio-vasculaires et amoindrir les risques de certaines formes de cancer et d’Alzheimer. Le Smithsonian a donc accueilli un spécimen original de l’acide acétylsalicylique et une reproduction de la première bouteille d’aspirine mise en vente en 1899. À cette occasion, on a évoqué l’historique de ce médicament et les recherches actuelles concernant son futur usage. C’est le 10 août 1897 qu’un chimiste de la firme Bayer, Felix Hoffman, a découvert une forme stable de l’acide acétylsalicylique, l’ingrédient actif de l’aspirine, en cherchant un calmant pour son père atteint de rhumatismes aigus. La formule trouvée n’a pas seulement apaisé la douleur de son père et atténué l’inflammation, mais elle a donné naissance au plus populaire des calmants, après que Bayer l’ait mis sur le marché, le 6 mars 1899. Le mot aspirine est un condensé des termes «acétyle» et «spir», de spirea, une plante qui est une source naturelle de salicine. En 1899, le médicament a d’abord été vendu sous forme de poudre. L’année suivante, on le trouvait en tablettes. Durant les premières décennies, l’aspirine a fait l’unanimité chez tous les médecins qui le prescrivaient pour différents malaises et maladies : maux de tête, fièvre, inflammations de toutes sortes, pleurésie, tuberculose, goutte. Vendu à un prix modéré, il a fait de suite partie de la pharmacie familiale. Une consommation annuelle de 45 000 tonnes À cette époque déjà, la publicité vantant ce produit comportait la précision suivante : «nullement dangereux pour le cœur». On rapporte aussi que des dizaines de milliers de personnes en ont consommé, au début du 20e siècle, durant les épidémies d’influenza. À noter qu’en 1969, les astronautes embarqués sur Apollo qui a atterri sur la Lune avaient dans leur trousse médicale la pilule magique. Elle s’est avérée efficace pour combattre les maux de tête et l’engourdissement des muscles résultant d’une grande période d’immobilité. - Par ailleurs, en 1971, le pharmacologiste britannique, John Vane, a reçu le prix Nobel de médecine pour ses travaux expliquant comment les salicylates empêchent la production de matières chimiques provoquant les inflammations. – Si l’aspirine est aujourd’hui centenaire, les bienfaits de ces composantes ont été décelés il y a deux millénaires. – En l’an 200 avant JC. Hippocrate recommandait l’absorption d’écorce et de feuilles de saule (riches en salicine) en cas de fièvre et de douleur. – 100 avant JC. Les feuilles de saule sont encore mentionnées dans les écrits du chirurgien grec Discorides. – An 200. Les Romains, Pline le grand et le médecin Galen, évoquent les qualités curatives des feuilles de saule. Actuellement, on estime à 45 000 tonnes la quantité d’aspirine consommée par an, de par le monde. Les Américains avalent 50 000 tablettes par jour. Pour leur part, les Français préfèrent ce médicament sous sa forme de suppositoires, les Italiens privilégient la tablette effervescente, alors que les Britanniques restent attachés à la poudre qu’ils font dissoudre dans l’eau. Si tous les médecins conseillent à leurs patients de prendre une aspirine par jour, à partir de 50 ans, c’est que les statistiques ont prouvé que ce remède, ainsi pris, est efficace dans la prévention des accidents cardiaques. Il réduit même les risques de mortalité de 23 % lorsqu’ il est donné dès la détection des premiers symptômes. On n’a pas encore mis un point final à l’étude et à l’analyse de l’aspirine qui aurait d’autres potentialités. En entrant au musée, elle n’est ni mise au rancart, ni à la retraite.
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