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Actualités - Opinion

Edition La notion de grand événement

Démembrement de l’empire soviétique, annonce d’un nouvel ordre mondial inauguré par la guerre du Golfe, puis la guerre du Kosovo, et ce qui, sans doute, suivra… Quelle lecture faire de ces grands événements ? Certes, la presse nous en a assouvis. Ne fait-elle pas l’événement et ne le défait-elle pas, comme on a tendance à la croire ? N’en témoigne-t-elle pas par l’image et le texte qu’elle suraccentue ou atténue ? L’envoyé spécial commis sur le terrain moissonne l’information et le rédacteur la conjugue, n’est-ce pas la routine d’usage ? Et l’événement dure ce que dure l’image télévisuelle qui le rapporte. Il naît avec elle et avec elle il disparaît. C’est ainsi que la presse, tout comme l’histoire, s’attache à l’événementiel, c’est-à-dire au singulier, qui se présente pour elles comme des moments qui balisent la chronologie. Jean Guy Sarkis récuse, avec vigueur, cette lecture événementielle partielle et partiale, en dénonce le subjectivisme et la manipulation qui les sous-tendent inévitablement (1). Par une analyse pénétrante du grand événement, il cherche à cerner l’essentiel qui le qualifie et qui dépasse l’intelligence du singulier, et ses aléas, pour accéder à l’intelligible. Dans cette perspective scientifique, il nous fait découvrir, au-delà de ce qui est situé et daté, où les médias et l’histoire s’enlisent, un cadre référentiel qui permet de révéler les constituants majeurs du grand événement : l’espace-temps. L’appréhension de ces deux concepts ne les dissocie ni du réel où l’événement se déroule ni du sujet qui s’en distancie, nécessairement, par sa perception propre qu’il en a. Cette double dimension du grand événement, loin d’être isolée ou isolable, s’inscrit dans une continuité causale qui en éclaire les raisons tout autant que le déroulement, ce que scotomisent les médias. Mieux, elle l’insère au cœur d’une réalité pluridisciplinaire qui en marque la plurivalence et l’extrême complexité. C’est à la lumière de ces expériences méthodologiques que l’analyse du grand événement devra être approchée. L’illusion de l’épisodique ne saurait en altérer ou adultérer l’essentiel. Telle est la démarche que la science politique est appelée à suivre, à l’instar de toute science. Jean Guy Sarkis ne le déclare pas, mais cette conclusion coule de source. C’est dans l’incertitude que l’homme s’interroge sur son intelligence face à la complexité. «Où finit l’objectif et où commence le subjectif», écrit-il. Porté à ne pas s’interroger sur ses limites, l’homme traîne et entraîne dans ses illusions. Mais, malgré tout, l’auteur, tout en nous pliant à notre condition d’homme, en appelle à notre dignité «lorsqu’on pénètre au cœur du grand événement, écrit-il, que ce soit par la réflexion ou par l’action, les frayeurs disparaissent et les hommes se révèlent».
Démembrement de l’empire soviétique, annonce d’un nouvel ordre mondial inauguré par la guerre du Golfe, puis la guerre du Kosovo, et ce qui, sans doute, suivra… Quelle lecture faire de ces grands événements ? Certes, la presse nous en a assouvis. Ne fait-elle pas l’événement et ne le défait-elle pas, comme on a tendance à la croire ? N’en témoigne-t-elle pas par l’image et le texte qu’elle suraccentue ou atténue ? L’envoyé spécial commis sur le terrain moissonne l’information et le rédacteur la conjugue, n’est-ce pas la routine d’usage ? Et l’événement dure ce que dure l’image télévisuelle qui le rapporte. Il naît avec elle et avec elle il disparaît. C’est ainsi que la presse, tout comme l’histoire, s’attache à l’événementiel, c’est-à-dire au singulier, qui se présente pour...