Antar c’est ainsi que l’appelle le gardien du parking, est un matou efflanqué au pelage roux. Son nom lui va comme un gant parce que, fier et taciturne, il ne se permet qu’un seul miaulement plaintif avant d’attraper au vol, en fin de trajectoire parabolique, le morceau de viande que lui jette avec mépris le boucher du coin. À cette heure matinale il a besoin de forces vu qu’il fait partie de la chorale polyphonique du quartier dont le concert nocturne se termine toujours, on ne sait trop pourquoi, par une bataille tournoyante. À midi, quand le soleil est au zénith, Antar traverse d’un pas cadencé un désert d’asphalte délimité par deux rangées de voitures. Au moindre bruit suspect, il se fige, pattes fléchies, tête tournée et regard inquiet, tel Jessie James sur le point de dégainer. Puis il s’en va sombrer dans d’interminables siestes, l’hiver sur le capot du moteur, l’été sur le capot du coffre. Les alarmes qui se déclenchent intempestivement ne perturbent pas son sommeil. Le trisaïeul d’Antar est mort de mort violente. Habitué qu’il était aux branches d’arbres, aux murets de pierre lisse et à la terre ombragée des jardins, il n’a pas su acquérier assez vite les réflexes qu’il faut pour affronter l’avènement du modernisme, lorsque les voitures se sont mises à envahir les rues et remplir les moindres interstices de la ville. Darwin avait raison, les espèces s’adaptent ou disparaissent. Antar pour sa part a bien évolué; il est heureux dans son garage. C’est un exemple à suivre.
Antar c’est ainsi que l’appelle le gardien du parking, est un matou efflanqué au pelage roux. Son nom lui va comme un gant parce que, fier et taciturne, il ne se permet qu’un seul miaulement plaintif avant d’attraper au vol, en fin de trajectoire parabolique, le morceau de viande que lui jette avec mépris le boucher du coin. À cette heure matinale il a besoin de forces vu qu’il fait partie de la chorale polyphonique du quartier dont le concert nocturne se termine toujours, on ne sait trop pourquoi, par une bataille tournoyante. À midi, quand le soleil est au zénith, Antar traverse d’un pas cadencé un désert d’asphalte délimité par deux rangées de voitures. Au moindre bruit suspect, il se fige, pattes fléchies, tête tournée et regard inquiet, tel Jessie James sur le point de dégainer. Puis il s’en va sombrer...
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