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Actualités - Reportages

Des fonctions socio-politique, économique, culturelle et biologique

Jusqu’à présent, toute l’attention est portée sur l’aspect juridico-financier du dossier des agressions contre le domaine maritime. Et l’on a souvent tendance à oublier, sur le plan officiel, que le littoral a des fonctions autres que celles liées essentiellement à son exploitation. Quand on s’intéresse au littoral, c’est dans les périodes de crises, et l’on s’empresse alors de commander des études (voir par ailleurs) et des plans qui ne sont jamais appliqués pour mille et une considérations. Si l’on a compris depuis des siècles l’intérêt que présente la préservation des façades maritimes d’un pays, on assiste depuis une vingtaine d’années, à l’échelle internationale, à une prise de conscience des intérêts socio-économiques, socio-politiques, culturelles et écologiques des zones dites humides. Ce n’est pas pour rien que des dizaines de conventions internationales protégeant les domaines maritimes suivant des critères bien définis ont été établies. Comble des combles : le Liban a adhéré à une dizaine d’entre elles. Ce n’est pas pour rien aussi que presque chaque État sur la planète s’est doté d’organismes dont la fonction est de protéger les rivages dans la perspective d’une politique générale du littoral. «La France a un consevatoire du littoral et des espaces humides, à travers lequel l’État procède à l’achat de propriétés privées riveraines des zones humides. L’État français est en train d’acheter et non pas d’exproprier tous les sites privés proches du rivage pour garder à la côte, considérée depuis Colbert comme un patrimoine culturel inviolable, toute sa beauté», explique M. Wadih Akl. La protection du littoral n’empêche pas l’utilisation rationnelle des espaces humides, dans la perspective d’un développement intégré. Une telle approche fait toujours défaut au Liban où l’on envisage le développement à travers une multitude de projets séparés et saccadés. Faute de moyens ou de vision générale. Aux yeux des écologistes, il serait utopique de considérer qu’un plan d’aménagement de la côte puisse réussir s’il ne s’inscrit pas dans le cadre d’une politique globale du littoral. Aussi, insiste-t-on sur les multiples fonctions de la côte : socio-politiques d’abord, puisque le nouveau régime s’est fixé comme objectif l’institution de l’État de droit où chacun, à commencer par le président de la République, serait au-dessous de la loi. «Parce qu’il permet le brassage social, le rivage favorise la démocratie et la communication entre les citoyens puisqu’il élimine les différences sociales, religieuses et culturelles. C’est aussi simple que cela : sur la plage, tout le monde se ressemble», fait remarquer M. Zakhia. «D’autre part, ce lieu public de rencontre qu’est le littoral favorise l’esprit de modernité. En limiter la jouissance à une minorité de riches enfermés dans des clubs privés, c’est renforcer les divisions sociales et favoriser la discordance nationale», ajoute-t-il. On insiste également sur les fonctions socio-économiques et culturelles : le littoral recèle de nombreuses richesses et permet la mise en place d’activités économiques et touristiques susceptibles de contribuer largement au développement des localités riveraines. À condition bien sûr de mettre en place une nouvelle dynamique de tourisme et d’aménagement des innombrables sites historiques et archéologiques sur la côte. M. Zakhia reproche à l’État libanais d’avoir souvent condamné la côte, pour exécuter des projets d’intérêt public il est vrai (percement de routes) sans se rendre qu’en s’abstenant d’exproprier des terrains privés pour économiser quelques millions de livres, c’est une fortune inestimable qu’il dilapide. Pour réaménager ( !) l’entrée de Tyr, le gouvernement n’a pas hésité à sacrifier une partie du patrimoine archéologique de cette ville. Pour lui, le règlement du dossier des biens-fonds maritimes est étroitement lié à la conception de l’État qu’on veut édifier : «Est-ce un État fondé sur les calculs de boutiquier et la primauté des intérêts étroits ou un État de droit ?», s’interroge M. Zakhia. L’avocat observe qu’au Liban , les lois sont souvent taillées sur mesure. Les Libanais auront peut-être prochainement la possibilité de constater s’il a raison ou tort. Un exemple décourageant Certaines initiatives en rapport avec le règlement de l’affaire des agressions contre le domaine maritime n’augurent rien de bon. En effet, une décision municipale de démolir les constructions illégales qui se sont multipliées durant la guerre sur l’unique plage de graviers de Amchit ainsi que sur une route municipale vient d’être gelée suite à des interventions politiques. M. Zakhia raconte : «La plage est aujourd’hui interdite d’accès au public par ce groupe de contrevenants. Nous avons vainement tenté sous l’ancien gouvernement d’obtenir la suppression de ces infractions. Le ministère des Transports avait à l’époque pris une décision en ce sens mais elle n’a jamais été appliquée. Au début de l’année, la municipalité de Amchit a pris la même décision qui a été approuvée aussi bien par le mohafez et par le ministère de l’Intérieur. Les autorités ont fixé au 25 février la date de la démolition des constructions illégales. Mais c’était compter sans la ténacité des occupants des lieux – dont un directeur général bien introduit dans les milieux politiques – qui ont multiplié les contacts afin de geler l’affaire. Ils ont fini par obtenir gain de cause. Effectivement, le 24 février, un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur demande à la municipalité de patienter quelque temps avant de donner l’ordre de destruction. À l’époque, j’étais à New York. À mon retour, j’ai pris contact avec de très hauts responsables qui, m’ont demandé un délai d’une semaine pour tirer l’affaire au clair. Mais depuis, rien ne s’est passé et l’affaire est toujours gelée».
Jusqu’à présent, toute l’attention est portée sur l’aspect juridico-financier du dossier des agressions contre le domaine maritime. Et l’on a souvent tendance à oublier, sur le plan officiel, que le littoral a des fonctions autres que celles liées essentiellement à son exploitation. Quand on s’intéresse au littoral, c’est dans les périodes de crises, et l’on s’empresse alors de commander des études (voir par ailleurs) et des plans qui ne sont jamais appliqués pour mille et une considérations. Si l’on a compris depuis des siècles l’intérêt que présente la préservation des façades maritimes d’un pays, on assiste depuis une vingtaine d’années, à l’échelle internationale, à une prise de conscience des intérêts socio-économiques, socio-politiques, culturelles et écologiques des zones dites...