La police, aidée de l’armée et des gardiens de la révolution livre aux frontières irano-afghanes et irano-pakistanaises une guerre totale contre les trafiquants de drogue, dont l’Iran accuse les taliban d’être les instigateurs et les profiteurs. Dans cette guerre, il y a, aux yeux de l’Iran chiite, un ennemi, la drogue, près de 100 000 policiers et soldats mobilisés, du matériel lourd, et un adversaire désigné, les taliban sunnites, coupables de «ne pas connaître l’Islam», et de favoriser la production et la vente d’opium. Selon Nasser Shabani, chef de la police provinciale, l’Iran peut compter sur des moudjahidine (combattants afghans, opposés aux taliban) dans le sud-ouest de l’Afghanistan. Vendredi dernier, au point de passage avec le Pakistan de Gazoo, il y a eu saisie d’une caravane de trafiquants, la plupart étant eux-mêmes drogués à l’opium. Les affrontements ont été nombreux, culminant en 1994, où une véritable guerre aérienne avec des hélicoptères s’est produite. Mais ce n’est pas fini. L’armée de l’air iranienne a annoncé 27 accrochages, certains d’envergure, ces derniers mois. Pour protéger ses frontières, et enrayer le trafic d’opium, l’Iran a construit de nombreuses fortifications, 290 km de canaux, 2 465 km de routes nouvelles, 80 km de barbelés, 205 postes d’observation, ainsi que 22 murs d’une centaine de mètres de long, aux passages les plus «fréquentés» auparavant des convois de trafiquants. «Cela nous a coûté 900 millions de dollars. Les résultats sont bons. Les tentatives de passage sont désormais souvent individuelles. Nous avons saisi depuis le début de l’année 51 tonnes de drogue, trois fois plus que l’an dernier», explique le gouverneur central de la province Mahmoud Hosseini. «Nos ennemis sont la drogue et l’insécurité. La solution idéale serait le développement économique et social de l’Afghanistan», dit-il. «Nous déplorons dans cette guerre totale 2 808 martyrs, dont 1 240 de chez nous», ajoute-t-il. À ses yeux, c’est «la demande occidentale» qui attire les trafiquants. Pendant deux jours, lundi et mardi, les autorités iraniennes ont exprimé leur volonté d’être aidées dans leur combat par la communauté internationale, et notamment les 20 pays du Groupe de Dublin (les quinze pays de l’Union européenne, ainsi que l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, le Japon et les États-Unis) dont ils avaient convié les ambassadeurs à visiter les frontières-est. Les États-Unis n’ayant pas de relations diplomatiques avec Téhéran n’étaient pas représentés. Selon le programme des Nations unies sur la drogue (UNDCP), l’Afghanistan a produit en 1998 4 600 tonnes d’opium, doublant sa production en un an. Le ton vis-à-vis des taliban s’est visiblement durci, tandis que l’incertitude règne quant aux relations avec Islamabad, après le coup d’Etat militaire, ont relevé des diplomates. L’Iran, qui a eu en 1998 des problèmes frontaliers avec les taliban, a renforcé sa présence militaire à la frontière. Dans le Sistan-Baloutchistan, outre les forces policières, 32 000 gardiens de la révolution (pasdarans) sont mobilisés en permanence. Au Khorasan, plus au nord, c’est l’armée qui se bat. Soixante-dix pour cent des quelque 4 000 prisonniers du Sistan-Baloutchistan sont des trafiquants. À Zahédan, parmi les 3 756 prisonniers, dont 160 femmes – certaines avec leurs enfants – il y a 475 étrangers, dont notamment 374 Afghans, 47 Pakistanais et deux Irakiens. Certains sont condamnés à vie pour 90 grammes d’héroïne saisis.
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