Les quarts de finale de la Coupe du monde de rugby ont livré un verdict sans surprise ce week-end avec la qualification des trois équipes de l’Hémisphère Sud et de la France pour les demi-finales. Les Tricolores ont retrouvé un peu de leur «flair» pour dominer les Argentins 47-26. Mais leurs nombreuses fautes en défense et leurs approximations toujours étonnantes restent inquiétantes, d’autant plus que les hommes de Jean-Claude Skrela affronteront l’impressionnante Nouvelle-Zélande, logiquement victorieuse de l’Écosse 30-18. Les All Blacks ont construit leur succès sous une pluie battante par trois essais en première période, accentuant l’avantage ensuite par Jonah Lomu. Malgré de belles réactions écossaises, dont deux essais du flanker Budge Pountney et de l’ailier Cameron Murray, les Néo-Zélandais n’ont guère été inquiétés dans leur organisation implacable. Le quart de finale le plus indécis en théorie opposait bien plutôt l’Afrique du Sud championne du monde à l’Angleterre. Mais les Anglais ont été pris à leur propre jeu – au pied – par un Jannie De Beer époustouflant : l’ouvreur sud-africain a réussi cinq drops – record international – et inscrit un total de 34 points pour propulser ses troupes en demi-finale. Les Sud-Africains ont ajouté deux essais par Joost Van der Westhuizen et Pieter Rossouw pour le plaisir, l’emportant 44-21 sans discussion, notamment grâce à une défense intraitable. La veille, les Australiens avaient déjà pris rendez-vous avec leurs vieux rivaux en dominant de vaillants Gallois 24-9. Auteurs de trois essais, deux de George Gregan et un de Ben Tune, les Wallabies ont usé leur adversaire, qui n’a réussi à marquer que trois pénalités signées Neil Jenkins. Les Français eux ont réussi une entrée de match parfaite à Dublin, menant 17-0 après deux essais contre les Argentins. Ils ont ensuite encore joué à se faire peur, laissant revenir les Pumas par la faute d’une défense fébrile. Un passage à vide crispé a permis aux Argentins d’y croire avant que Philippe Bernat-Salles n’inscrive son deuxième essai de la partie pour sceller la victoire, Xavier Garbajosa enfonçant le clou à son tour dans les arrêts de jeu. Le prochain dimanche du XV de France à Twickenham s’annonce palpitant. La veille, Australiens et Sud-Africains se seront affrontés dans la même enceinte dans la première demi-finale. France : le complexe du Kiwi Seule nation du Nord qualifiée pour les demi-finales de la Coupe du monde, la France dispose d’une semaine pour se débarrasser du plus intimidant des complexes : celui du Kiwi. Affronter les All Blacks pour un joueur de rugby est un peu comme se mesurer au Brésil pour un joueur de football, c’est s’étalonner à la valeur suprême. «Nous allons rencontrer ce qui se fait de mieux dans le monde», souligne le manager général Jo Maso. «Cette demi-finale c’est un peu la ‘cerise sur le gâteau». «Nous savons que nous ne serons que des outsiders de luxe mais nous n’aborderons pas cette rencontre avec un esprit revanchard», ajoute-t-il. «Nous avons prouvé dimanche que, par moments, nous pouvions tutoyer les meilleurs». S’ils ne veulent pas faire du match de Twickenham une revanche, les Français ne peuvent oublier que leur dernière rencontre face aux Néo-Zélandais au mois de juin a tourné au cauchemar : 54-7, la plus grosse défaite de leur histoire en test-match. «Un match gagné contre les Blacks, c’est zéro faute», précise le capitaine Raphaël Ibanez. «Car il est évident que physiquement nous ne boxons pas dans la même catégorie». Au-delà de la simple différence physique, c’est surtout un fossé culturel qui sépare les All Blacks de presque toutes les autres nations de la planète ovale. «En Nouvelle-Zélande, le rugby est une religion. Ils vivent de manière permanente dans cette ambiance», précise Pierre Villepreux. «En France, le rugby reste un sport parmi d’autres et dès le départ les chances ne sont donc pas égales». Une chance sur 2 000 Il arrive pourtant que les ogres «blacks» soient vaincus par les petits poucets bleus. La dernière fois remonte à quatre longues années lorsque les Tricolores avaient maté les Kiwis à Toulouse. Depuis, la tendance n’a fait que se renforcer en faveur d’une suprématie des Néo-Zélandais et de leurs rivaux de l’Hémisphère Sud. Signe hautement symbolique, aucune équipe européenne n’a réussi à battre une formation australe depuis le début de cette coupe du monde et si les Français se retrouvent dans le dernier carré cela tient au fait qu’ils ont profité d’un tirage au sort avantageux. Gagnant peu à peu en confiance et retrouvant son jeu d’attaque après une pénible période de doutes, le XV de France dispose d’une semaine pour se convaincre que «sur un match tout est possible». «Les Blacks sont comme toutes les équipes, ils peuvent être mis en difficulté», affirme Skrela. «Mais ce match se gagnera dans nos têtes plus que sur le plan tactique». «Même si nous n’avons qu’une chance sur deux mille de l’emporter, nous devrons la saisir et la jouer à fond», poursuit-il. «Il est évident que chaque joueur devra aller au-delà de ses limites, jouer comme il ne l’a jamais fait». Le coach tricolore, tout sourire, est convaincu que la victoire sur les Argentins (47-26) dimanche à Dublin a libéré ses protégés, qu’ils se sont débarrassés de la pression qui pesait sur eux depuis le début du tournoi. «La chape de plomb qui nous a tracassés pendant les qualifications a sauté hier», estime-t-il. «Pendant les trois premiers matches de qualification, nous avons joué petit bras et nous avons quand même réussi à gagner». «Cela prouve que notre équipe possède une formidable marge de progression». Si les Français ont montré en Irlande un visage plus conquérant qu’en France, ils continuent d’alterner mouvements offensifs brillants et défense erratique. En fin de première mi-temps, ils ont concédé dix points en deux minutes à des Pumas qui disputaient leur troisième match en une semaine. Et de tels errements ne pourront être répétés face aux Blacks sous peine d’une sanction humiliante. «Nous ne voulons pas faire de complexe vis-à-vis des Blacks», déclare Ibanez. «Il est évident qu’il existe une différence entre eux et nous mais nous essaierons de la compenser avec nos petits bras musclés».
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