Plus réputés pour manger leurs chiens que pour les cajoler, les Chinois sont à leur tour gagnés par la folie du toutou, devenu un coûteux «deuxième enfant» de la famille du fait de la politique de l’enfant unique. «À la maison, le chien arrive en tête des priorités. Nous lui consacrons chaque jour entre deux et trois heures pour le nourrir, le promener et lui faire sa toilette», avoue Mme Feng Zhen, en exhibant fièrement la photo de Gougou (littéralement «chienchien»), un bichon blanc à poils longs âgé de 3 ans. Mme Feng, une dessinatrice de mode, dépense chaque mois quelque 300 yuans (36 dollars) rien que pour nourrir Gougou, une somme qui représente presque la moitié du salaire moyen à Pékin. Le quadrupède n’accepte que la nourriture d’importation et raffole des pâtés pour chien mis en boîte au Canada. «C’est mon bébé», explique Mme Feng, occupée à choisir des manteaux et des casquettes laissant passer les pattes et les oreilles au «Salon international des animaux de compagnie» où l’on se presse comme chaque année à Pékin. La politique de l’enfant unique, engagée au début des années 1980 pour tenter de freiner la croissance de la population, a conduit les Chinois en mal de deuxième enfant à reporter leur affection sur un animal de compagnie. «Le chien est comme un petit frère pour mon fils de 12 ans qui s’ennuie un peu tout seul à la maison», explique Mme Feng. «Avoir un chien nous force à sortir, à aller nous promener en dehors de Pékin. Sans lui, nous resterions à la maison». Taxes d’enregistrement Digne représentante de la classe des nouveaux riches apparue à la faveur des réformes économiques de la fin des années 1970, Mme Feng avoue ne pas savoir quelle proportion de ses revenus elle dépense pour son chien, le salaire de son mari chef d’entreprise variant de mois en mois. Malgré les très lourdes taxes imposées aux propriétaires d’animaux domestiques, quelque 100 000 foyers ont un chien ou un chat uniquement à Pékin. On dénombre aussi 400 000 propriétaires d’oiseaux et d’innombrables tortues d’eau, lézards, iguanes et autres poissons d’aquarium à la portée des plus modestes. Affolées par l’afflux de quadrupèdes, les grandes villes ont commencé au milieu des années 1990 à imposer des taxes d’enregistrement sur les animaux. À Pékin, elles varient de 3 000 à 5 000 yuans (360 à 600 USD) selon l’espèce et le quartier, à quoi il faut ajouter 3 000 yuans par an pour l’examen vétérinaire. «Les soins pour les animaux reviennent beaucoup plus cher que pour les gens», observe Mme Feng. Pékin compte désormais 42 cliniques vétérinaires, dont certaines se sont saisies du filon pour offrir des services non-médicaux, facturés au prix fort. «L’Hôpital des animaux ravissants», le plus grand de Pékin avec une centaine de patients par jour, comporte ainsi un «institut de beauté canine» qui propose pour 200 yuans (24 dollars) un toilettage complet, limage des griffes compris, et vend des shampooings d’importation pour 100 yuans, rapporte Le Matin de Pékin. Le journal ne s’offusque pas de ces tarifs, dans un pays jadis prompt à dénoncer le traitement princier réservé aux animaux domestiques dans les pays «riches». Considérée comme «bourgeoise», la possession d’un animal de compagnie avait virtuellement disparu pendant les premières décennies du régime communiste. Les inoffensifs moineaux, accusés de parasiter l’agriculture, avaient même été soumis à une impitoyable traque durant le «grand bond en avant» (1958-59). «Les gens ont changé d’attitude à l’égard des animaux», explique Mme Feng. «Aujourd’hui, tous mes amis ont un chien ou veulent en avoir un».
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