Les Trad, un nom bref pour une famille libanaise riche en ascendance, visages, personnages et carrières différentes. De la politique aux affaires, des activités sociales au monde des banques et à la médecine, ces Beyrouthins de souche figurent dans toutes les «rubriques» de l’histoire de la capitale. La graine de l’arbre généalogique des Trad fut semée au Xe siècle, lorsque la famille Tarrad, vivant au Yémen, honorait son nom, qui signifie pourchasseurs, en défendant l’Empire byzantin. En 1611, les Trad débarquent à Beyrouth, l’arbre fleurit et s’épanouit. Ses feuilles s’éparpillent, au gré des événements et des itinéraires suivis. Une de ses branches choisira la rue du Mexique, pour y construire une vie. Le Dr Fouad Trad, son fils Sami et les fils de ce dernier ont déposé leurs bagages et leur savoir-faire dans leur clinique privée, devenue aujourd’hui l’hôpital Trad. Pour atteindre Fouad Trad et sa clinique située dans cette ruelle pittoresque de Ras-Beyrouth, sans doute faudrait-il faire un détour par Constantinople, où le père, Mitri, vécut après avoir été nommé directeur de la Banque ottomane. Il y demeura les dernières années du XIXe siècle avec son épouse, Catherine Alexian, cousine éloignée des Aznavour, précise-t-on fièrement. Elle-même mélomane et pianiste confirmée, elle animait les soirées mondaines avec des concerts privés où elle donnait toute la démesure de son talent. Mitri et Catherine auront 5 enfants, Evelyne, Dora, Alice, Fouad, né en 1896, et Farid en 1900. La famille rentre au Liban en 1914. Fouad et Farid se feront distinguer dans des domaines bien différents : le premier choisira la médecine, le second sera un brillant ingénieur, architecte et urbaniste, à qui l’on doit d’importantes réalisations comme le palais de Justice, l’Unesco, l’Aéroport de Beyrouth et le quartier de Ramlet el-Beida, qui abrite une rue en son nom, comme un hommage à son grand talent. Fouad exercera son métier de gynécologue-accoucheur à partir de 1920. À domicile, ses instruments avec lui, il venait offrir à ses patientes la plus belle des douleurs. Très vite, il rejoint l’hôpital grec-orthodoxe, dont il deviendra directeur à la fin des années 20. 1921 verra son mariage éphémère avec Laure Rizkallah, qui décède deux ans plus tard, le laissant avec une fille, Andrée. Cinq ans plus tard, il épouse Marguerite Shoucair, elle-même veuve après deux ans de mariage, triste ironie du sort qui se transforme en bonheur, consacré par la naissance de leur fils Sami, quelques années plus tard. En 1940, il décide de créer la «maternité Trad», petite clinique de charme et de luxe dans laquelle il partage son existence, vie professionnelle sur deux étages et au dernier, vie privée. La cuisine de la maternité se préparait à la maison, les infirmières se chargeant de distribuer les plats – délicieux – aux huit chambres occupées par les jeunes mamans. En été, Fouad transportait la «maternité Trad» à Aley pour le grand bonheur des villageois ! Sa carrière – réussie – se poursuivra ainsi, dans une vie qui ressemblait à un long fleuve tranquille. Fouad Trad fut également un des principaux fondateurs de l’Ordre des médecins et un des promoteurs de la branche médicale de la Sécurité sociale. Mais il fut surtout un grand artiste, un autodidacte qui maniait le violon et la sculpture avec des doigts de maître. Sami et sa formule secrète «Mon père était un homme inimitable, dira de lui son fils unique. Nous avions une relation très spéciale», qui démarre intensément le 29 octobre 1929, à la naissance prématurée du petit Sami. Comme un clin d’oeil au destin qui mettait à l’épreuve son savoir-faire, Fouad affronte le cas le plus difficile de sa carrière, celui de son fils venu au monde à 6 mois dix jours, avec un poids… d’un kilo ! Il lui donne la vie une seconde fois, en la prolongeant… Ce lien privilégié s’intensifiera au cours des années, les deux hommes partagant un penchant très marqué pour l’art et une même vocation. Sami fera ses études de médecine à l’Université américaine, sa spécialisation à Londres et un an plus tard à Vienne où il rencontre le célèbre professeur Knauss, auteur de la non moins célèbre méthode Ogino. En 1959, spécialisé dans l’accouchement sans douleur, le Dr Sami Trad invente le TAC (Trad Analgesic Cocktail), une méthode personnelle, devenue pour beaucoup une potion magique. «Cette méthode, qui n’est pas un remède, est une combinaison de plusieurs médicaments qui varie dans sa composition et son dosage, selon chaque femme. Il n’y a rien de secret dans cela, j’ai d’ailleurs publié plusieurs analyses sur le sujet, si ce n’est que je suis le seul à savoir et pouvoir l’appliquer». Cette même année, il épouse Maria Brlec, rencontrée à Vienne. Ils auront Fouad en 1960, Karim en 1961 et Maya en 1964. Le couple se sépare, Sami «refait sa vie», sentimentale du moins, en 1986, avec Madonna Meguerdijian. Parallèlement, il «refait» sa clinique, la transformant en véritable hôpital. «En 1967 déjà, à la mort de mon père, j’ai réalisé qu’une maternité, seule, ne pouvait pas survivre». En dépit d’une guerre qui rendait les tâches particulièrement difficiles, l’hôpital a décuplé en superficie, mettant au service des patients toutes les spécialités thérapeutiques. En janvier 1997, il réapparaît avec son nouvel «habillage» et sa «nouvelle formule». Aujourd’hui, Sami Trad consacre une partie de son temps à ses patients et à la gestion de l’hôpital. Il réserve beaucoup de moments à la poésie, car il aime taquiner la Muse. Ses fils, Fouad et Karim, ont naturellement fait le choix de la continuité. «Ils m’amusent, je me sens divisé en deux, une partie de moi est dans Fouad et l’autre dans Karim». Le premier a poursuivi ses études à l’Université américaine et sa spécialisation, l’endocrinologie gynécologique, à Harvard. Karim s’est spécialisé à Washington en chirurgie générale et laparoscopie. Tous les trois font équipe pour mener à bien l’aventure du pionnier, Fouad , qui espérait voir dans cette entreprise un havre pour les prochaines générations Trad. «Une fois que l’on a dépassé les cent ans, pourquoi ne pas continuer ?», disait-il souvent. À bon entendeur salut!
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