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Actualités - Reportages

Portrait d'artiste Elie Karam : un insondable touche-à-tout(photos)

Pleine lumière sur le festival d’Ayloul où les scènes beyrouthines ont révélé plus d’un (jeune) talent, plus d’une création dramaturgique, plus d’une chorégraphie, plus d’une danse et pour garder le ton de l’époque, plus d’une «installation». Du peloton a surgi cette pièce étrange, drôle et captivante, au titre à la fois énigmatique et populaire : Taa kol mejadara (Viens manger du mejadara), texte et mise en scène d’Élie Karam. On y malmenait avec un humour noir et corrosif la famille et les tabous sexuels. De l’audace certes mais aussi de la tendresse (blessée) et beaucoup d’émotion. Images chocs (parfois felliniennes) pour rendre hommage à Beyrouth dans sa tapageuse dolce vita, la plus vulnérable mais aussi la plus «résistante» et irresistible capitale du monde arabe. Une mégalopole et une médina au charme vénéneux. Là, poussière, cris, lumière, déchéance et luxe se côtoient sans vergogne. Rencontre donc avec un (jeune) homme de théâtre («je n’ai pas d’âge», dit-il), mais en fait touche-à-tout insatiable, rêveur impénitent, voyageur infatigable et polyglotte émérite, pour qui écrire et créer riment avec les éblouissements de la vie et les frissons du moment. Écoutons-le déballer ces «coulisses» d’une vie qui sont en fait l’authentique sous-bois d’une œuvre que l’on perçoit mais à laquelle manquerait parfois un spot principal pour une compréhension globale. Mais cultiver un secret tout en jetant la lumière sur le monde des planches ne relève-t-il pas du paradoxe même de l’univers des comédiens? Les cheveux coupés courts, la cigarette toujours à l’appel des doigts, la barbichette comme jaillie d’un songe de Faust, voilà Élie Karam qui se confie, certes volubile mais avec réserve, prudence : «J’ai quitté le Liban durant la guerre. Vienne me fascinait. La musique, l’opéra, la poésie. J’ai voulu commencer des études de médecine mais l’appel des beaux-arts a été le plus fort. Ce que je voulais c’étaient les délices de l’errance,et je ne me suis pas privé! J’ai sillonné l’Europe, j’ai été littéralement ébloui par l’Italie et j’ai posé mes valises un bon moment à Montréal à l’université d’Uquan. Le temps d’atterrir à nouveau à Beyrouth devant ce café qui refroidit et ces mégots qui s’accumulent dans le cendrier et voilà que ce citoyen du monde très «semelle de vent» repart dans son discours, parfaitement francophone, ponctué toutefois d’un mot d’ allemand, d’une expression italienne, d’un idiome anglais, pour laisser échapper finalement une phrase en arabe titre du dialogue de sa dernière pièce qui a l’air encore doucement de l’habiter. Danseur, metteur en scène, «installateur» (très en vogue ce terme, n’est-ce pas ?), poète, auteur, acteur… Pour être plus bref, disons tout simplement que c’est un touche- à- tout insondable. «Oui, oui, dit-il avec détermination, je ne peux limiter mon art à une seule discipline. C’est un peu comme les rôles que j’ai campés. Ça va dans tous les sens. De Molina du Baiser de la femme-araignée de Manuel Puig au Marquis de Sade (de Peter Weiss), à Galillée, il n’y a pas de frontières pour donner vie et chair à un personnage. Il est vrai que j’ai trop d’univers dans ma tête, mais parfois j’arrive à les mélanger». Installé depuis trois ans à nouveau à Beyrouth, qu’est-ce qui l’y attache? La réponse fuse : «Les contradictions de cette ville, le chaos, la non-loi, les interdits». Propos de poète peut-être, mais tous ceux qui ont vu cette remarquable pièce (Taa Kol mejadara, eh oui,on y revient !) auront compris le cri d’amour lancé sans artifice,comme dans le feu d’un désir fou, à la ville de Beyrouth à travers des personnages loufoques, un peu foldingues, disjonctés et des situations aussi invraisemblables et ahurissantes que notre hypocrite réalité ! Il y avait là non seulement un sursaut de lucidité mais une voix nouvelle dans le théâtre libanais, une audace justifiée et assumée avec aplomb, quoique inhabituelle, beaucoup d’émotion aussi grâce à des acteurs excellemment dirigés. Et pourtant, Élie Karam rêve de faire vivre l’univers de Shakespeare ou de Pinter sur nos scènes. Mais le public, lui, a surtout la nostalgie et la saveur de ce «mejadara» si délicieusement concocté.
Pleine lumière sur le festival d’Ayloul où les scènes beyrouthines ont révélé plus d’un (jeune) talent, plus d’une création dramaturgique, plus d’une chorégraphie, plus d’une danse et pour garder le ton de l’époque, plus d’une «installation». Du peloton a surgi cette pièce étrange, drôle et captivante, au titre à la fois énigmatique et populaire : Taa kol mejadara (Viens manger du mejadara), texte et mise en scène d’Élie Karam. On y malmenait avec un humour noir et corrosif la famille et les tabous sexuels. De l’audace certes mais aussi de la tendresse (blessée) et beaucoup d’émotion. Images chocs (parfois felliniennes) pour rendre hommage à Beyrouth dans sa tapageuse dolce vita, la plus vulnérable mais aussi la plus «résistante» et irresistible capitale du monde arabe. Une mégalopole et une...