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Actualités - Opinion

Tribune Les raisons d'une impuissance

Que veulent les Libanais? • Une patrie où ils peuvent en toute liberté gérer leur présent et planifier leur avenir. • Une patrie qui assurerait un avenir de paix pour leurs enfants. • Une patrie qui donnerait à l’ensemble de ses citoyens la possibilité d’une vie décente. • Une patrie qui reprendrait la place qui lui est due dans la région et dans le monde. Voilà ce que veut l’écrasante majorité des Libanais. La guerre leur a appris que leur patrie ne peut pas être composée de deux «cinquième colonne», pour reprendre l’expression de Georges Naccache, que le pouvoir ne doit pas donc être détenu par une communauté au détriment des autres, que la paix civile est un bien extrêmement précieux dont dépend leur avenir, que l’État ne doit pas être partagé entre les communautés, mais constituer un espace commun à tous, etc. Ils ont également appris que la stabilité du Liban dépend d’une relation équilibrée avec le monde arabe. Bref, les Libanais sont aujourd’hui beaucoup plus conscients et plus mûrs qu’ils ne l’ont jamais été dans leur histoire. Le problème qui se pose est le suivant : pourquoi cette maturité ne se traduit-elle pas en une volonté nationale clairement exprimée ? Pourquoi les Libanais sont incapables de se reprendre en main alors même qu’ils sont parfaitement conscients que leur avenir national est aujourd’hui plus que jamais menacé ? Les obstacles politiques sont connus : un pays sous tutelle où les voies de changement prévues par la Constitution ne fonctionnent que très partiellement, des structures de participation qui n’ont jamais vu le jour, une récupération par les forces politiques de tout l’espace social, culturel et économique, des restrictions aux libertés publiques et privées, etc. Ces obstacles existent, il faut en convenir, mais leur présence n’explique pas, à elle seule, l’état de démission collective dans lequel se trouvent les Libanais. Les raisons de cette impuissance sont à rechercher ailleurs. Principalement dans l’effondrement, avec la guerre, des structures sociales de solidarité qui formaient la trame de la société libanaise. Or, en l’absence de telles structures – qu’elles soient de type traditionnel (communautaire, familial, clanique) ou moderne (partis, syndicats, associations) –, aucune action ne peut être envisagée. La société se trouve réduite à n’être plus qu’un agglomérat d’individus autonomes les uns par rapport aux autres, incapables de se solidariser entre eux pour mener à bien un projet commun. Tout au plus, ce Libanais solitaire pourra joindre ses plaintes et lamentations à celles de beaucoup d’autres et se lancer dans la recherche de solutions individuelles qui vont de l’émigration à l’utilisation des antidépresseurs. Ou mieux encore il pourra appuyer sur son klaxon dans le tunnel de son choix, pour marquer son attente d’un quelconque «sauveur». Depuis le début de la guerre, les Libanais ont largement fait l’expérience de ce genre de solutions. Les hommes «providentiels», animés au départ des meilleures intentions, se sont succédé sans discontinuité : Béchir Gemayel (1982) qui voulait mettre fin à la guerre et créer un État libéré de la double présence syrienne et palestinienne, Amine Gemayel (1983) qui a misé sur une intervention américaine qui imposerait le retrait de toutes les forces étrangères, Michel Aoun (1989) qui promettait la mise au pas des milices et la libération du territoire national, Rafic Hariri (1992) qui a fait miroiter l’espoir d’une ère de prospérité économique et sociale sans précédent dans le cadre d’un accord régional de paix, etc. Ce recours aux hommes «providentiels» n’a, évidemment, pas donné les résultats escomptés ; bien au contraire, il a entraîné une accumulation de déceptions qui a encore plus aggravé le malaise général. Que faire ? Il faut impérativement inverser la vapeur et se ressaisir. La volonté nationale n’est pas la somme arithmétique de volontés individuelles, mais l’expression de volontés solidaires. La première tâche des Libanais devrait donc être de redonner vie – si cela est encore possible – aux anciennes structures de solidarité ou d’en créer de nouvelles. Peut-être pourrons-nous parvenir à une «troisième» république qui, à la différence de la première – marquée par une faiblesse des institutions – et de la deuxième – caractérisée par l’absence totale de souveraineté nationale – jetterait les bases d’un État de droit qui exercerait sa souveraineté nationale sans partage sur l’ensemble du territoire libanais.
Que veulent les Libanais? • Une patrie où ils peuvent en toute liberté gérer leur présent et planifier leur avenir. • Une patrie qui assurerait un avenir de paix pour leurs enfants. • Une patrie qui donnerait à l’ensemble de ses citoyens la possibilité d’une vie décente. • Une patrie qui reprendrait la place qui lui est due dans la région et dans le monde. Voilà ce que veut l’écrasante majorité des Libanais. La guerre leur a appris que leur patrie ne peut pas être composée de deux «cinquième colonne», pour reprendre l’expression de Georges Naccache, que le pouvoir ne doit pas donc être détenu par une communauté au détriment des autres, que la paix civile est un bien extrêmement précieux dont dépend leur avenir, que l’État ne doit pas être partagé entre les communautés, mais constituer un...