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Actualités - Opinion

Livres - "L'école de la guerre" d'Alexandre Najjar L'autre gout du bonheur(Photo)

Il fait son petit bonhomme de chemin, tranquillement, sûrement. La plume crisse, les pensées s’étoffent, les sujets se multiplient. Mais la voix reste la même et gagne en fermeté, en amplitude et en beauté. Des premiers poèmes publiés en 1989 (À quoi rêvent les statues?) au dernier roman historique (L’Astronome – Prix France – Liban) Alexandre Najjar confirme sa vocation d’écrivain. Travail régulier et suivi, couronné à chaque publication par une reconnaissance de la critique et du public. Aujourd’hui, il publie aux éditions Balland un petit livre intitulé, tout simplement L’école de la guerre. Quelle guerre? Tout bon Libanais est bien placé pour le savoir! Avec finesse, tact, un sens aigu et délicat de l’observation, une bonne dose d’humour, Alexandre Najjar évoque ces jours sombres et terribles avec infiniment de savoir-faire, sur un ton d’une souveraine élégance, sans jamais tomber dans le mélodramatique ou l’outrancier. Et pourtant rien n’est omis de ces horreurs insoutenables et de ces interminables vexations au quoitidien d’une population harassée et exsangue. Non seulement volonté de vivre mais aussi âpre combat contre la mort, cette faucheuse sournoise et au masque imprévisible. Comme un film qu’on revoit avec une certaine distanciation, les images se téléscopent et surgissent ces jours noirs mais où l’humour et la bonté naturelle de l’auteur sauvent le texte de tout accent larmoyant ou irrémédiablement tragique. Au contraire, il se dégage de ces pages, où dominent la candeur et l’innocence de l’enfance, une certaine leçon de vie, un souffle tonique et l’on serait tenté de dire une certaine sagesse teintée d’un humour bien faussement innocent. Tous ceux qui ont vécu cette triste guerre retrouveront (avec un certain malaise des souvenirs pénibles ou le sourire amusé de celui qui l’a échappé belle) les détails de ce qui a fait notre enfer pour plus de dix-sept ans. À savoir, l’image barbare des miliciens qu’on a traînés dans les rues attachés aux voitures, les abris et leur atmosphère lugubre, la pénurie d’essence même frelatée, la hantise et la crainte des voitures piégées, la lueur vacillante des bougies, les canonnades, les francs-tireurs, le ring de la mort, le manque d’eau et notre esclavage à remplir des jerricans. Une foule d’images bien familières à tous ceux qui ont été prisonniers d’une folie si peu explicable qu’Alexandre Najjar fait crépiter à travers les jets d’un stylo au lyrisme simple et doux. L’auteur a le talent ici non de simplifier les choses, mais de les rendre d’une limpidité incroyable et c’est déjà un talent indéniable que de parler de la guerre sans cris de haine, vociférations, imprécations ou hystérie. De la tendresse, l’art de tirer la leçon de toute situation, le plaisir d’écrire bien entendu, la volonté de témoigner avec calme et discernement, voilà les propos de cette «école» bien singulière où vieux et très jeunes ne pourront jamais épuisé l’infini savoir de la dérive des hommes. Par petits chapitres clairs et bien écrits, évoquant avec dextérité et sans emphase inutile, situations et personnages, Alexandre Najjar restitue (souvent avec une pointe de drôlerie), à travers la trame d’une histoire bien tenue, toute l’atmosphère de ce qui a fait, bien tristement il est vrai, l’essence de la vie d’un pays qui a brûlé durant de longues années à feu et à sang. Pour terminer, cette jolie phrase d’un patriotisme à toute épreuve que lance, comme un avertissement ou un cri d’amour, l’auteur : «Je suis de ceux qui croient qu’on doit assumer son destin dans le pays où on est né». Assertion certes bien louable mais que les errements de l’histoire rendent parfois en une utopie bien innommable. Cela dit, comment expliquer alors cet étrange mais si compréhensible «autre goût du bonheur» dont nous entretient l’auteur des Exilés du Caucase? Écoutons le s’expliquer dans le prologue de son récit : «La guerre a été pour moi un insoutenable cauchemar, mais aussi – comment le nier ? – une école de vie. Hemingway disait que “toute expérience de la guerre est sans prix pour un écrivain”. Je veux le croire. Sans la guerre, j’aurais été un autre homme. Toute ma vie, je regretterai sans doute de ne pas avoir eu une jeunesse paisible (j’avais huit ans quand la guerre a éclaté, vingt-trois lorsque le canon s’est tu) et d’avoir souvent regardé la mort de trop près. Mais ces regrets, ces épreuves, m’ont donné du bonheur un autre goût. Une journée sans bombardements, un pont où ne sévissent pas les francs-tireurs, une nuit sans coupure de courant, une route sans barrages, un ciel pur que les fusées ne sillonnent pas…tout cela est pour moi, désormais, synonyme du bonheur».
Il fait son petit bonhomme de chemin, tranquillement, sûrement. La plume crisse, les pensées s’étoffent, les sujets se multiplient. Mais la voix reste la même et gagne en fermeté, en amplitude et en beauté. Des premiers poèmes publiés en 1989 (À quoi rêvent les statues?) au dernier roman historique (L’Astronome – Prix France – Liban) Alexandre Najjar confirme sa vocation d’écrivain. Travail régulier et suivi, couronné à chaque publication par une reconnaissance de la critique et du public. Aujourd’hui, il publie aux éditions Balland un petit livre intitulé, tout simplement L’école de la guerre. Quelle guerre? Tout bon Libanais est bien placé pour le savoir! Avec finesse, tact, un sens aigu et délicat de l’observation, une bonne dose d’humour, Alexandre Najjar évoque ces jours sombres et terribles...