Rechercher
Rechercher

Actualités - Biographies

Bernard Buffet, un peintre solitaire à la renommée internationale(photo)

Bernard Buffet, qui s’est donné la mort lundi dans sa propriété de Tourtour (Var, France), était un des peintres contemporains les plus connus dans le monde entier. Son style austère ne le rattache à aucune école. Travaillant seul dans ses ateliers successifs, il a livré régulièrement des séries de toiles comme Les horreurs de la guerre, Le bestiaire, Les châteaux de la Loire, ou plus récemment Les sumos. Fils d’un miroitier, il quitte l’école à l’âge de 15 ans pour se livrer à son unique passion, le dessin. Il expose dans le monde entier, notamment à la Biennale de Venise. Une rétrospective de son œuvre a été présentée en 1991 au musée Pouchkine, à Moscou, et ses toiles sont régulièrement montrées au Japon, où se trouve un Musée Bernard Buffet. Le peintre avait épousé Annabel (Schwob), écrivain et chanteuse, qui fut avec Juliette Gréco une des figures de Saint-Germain-des-Prés et dont il eut trois enfants. Avant de s’installer dans le Midi, le couple a longtemps séjourné en Bretagne, à Saint Cast, un lieu de villégiature où Bernard Buffet passait ses vacances quand il était enfant. Bernard Buffet était aussi collectionneur de maquettes de bateaux et d’œufs d’autruche. Il disait de lui-même : «Je suis une sorte de cancre qui a réussi, un mauvais exemple pour les bons élèves». Bernard Buffet était officier de la Légion d’honneur et des Arts et lettres. Identifiable entre tous par les réseaux de lignes droites et sèches dont il avait fait son système pictural, Bernard Buffet n’a pas réellement survécu, du moins en France, à ses fulgurants débuts d’il y a cinquante ans. S’il avait obtenu, en 1948, le Prix de la Critique, devenant l’un des peintres les plus en vue de l’après-guerre, sa production pléthorique – 8 000 toiles – en avait lassé plus d’un, sauf en Asie, où l’artiste jouissait d’une grande aura. Il n’en était d’ailleurs pas dupe, déclarant au Figaro, il y a 18 mois : «J’ai toujours suscité la polémique. Et je m’en fous (...). Je n’ai jamais espéré la moindre reconnaissance officielle de l’État français. Malraux me détestait». Bernard Buffet, né le 10 juillet 1928 à Paris, a pourtant reçu précocement une image flatteuse de son talent, après que son professeur de dessin lui eut dit à l’âge de 11 ans qu’il serait «un génie». La reconnaissance immédiate ne l’a donc pas surpris. Après avoir étudié à l’École nationale supérieure des beaux-arts, il a 20 ans quand le Prix de la Critique lui est décerné, entraînant de multiples expositions au Salon d’automne, au Salon des indépendants, à la Galerie David et Garnier, à la Galerie Maurice Garnier et à la Galerie Visconti. C’est l’époque où, encore perméable au climat de l’après-guerre, il affirme que «la peinture n’a pas à faire rire», prônant un réalisme misérabiliste, qu’on retrouve dans ses clowns tristes, La passion du Christ, L’enfer de Dante, Les horreurs de la guerre. Un musée au Japon Visages gris, fronts ridés, cheveux raides ou rares, ses personnages semblent crucifiés. Mais pas seulement ses personnages. Bernard Buffet utilise ses lignes rigides, allongées, sèches, aussi bien pour les marines que pour peindre des fleurs, des villes, la corrida ou la Révolution française. Ses natures sont plus mortes que nature, ses singes semblent attendre la vivisection, et son autoportrait L’Artiste barbu devant son chevalet évoque plus un Raspoutine que le personnage plutôt rond qu’il était devenu. Sa Ronde de nuit fait penser à une assemblée de criquets pèlerins ou de chauves-souris. Alors que l’abstraction se développe, que les Américains s’emballent pour Nicolas de Staël ou Rothko, Bernard Buffet, dédaigneux d’une peinture qui le fait «marrer» et qui, dit-il, «déforme le goût des enfants», s’obstine dans les verticales et les horizontales sombres et les visages plâtreux. Cela marche parfois, puisque le Japon lui consacre un musée en 1973 et que l’Académie des beaux-arts (l’une des cinq académies de l’Institut de France) l’accueille sous la Coupole un an plus tard. Invariablement, chaque année, le premier vendredi de février, dit «Le premier vendredi de BB», s’ouvre une exposition à thème, qu’il s’agisse du Japon, des ports de France, de Venise, ou d’Annabel, sa femme et muse, peinte en Jeanne d’Arc ou en prostituée. En 1992 encore, les Français disent préférer Bernard Buffet à Vermeer ou à Andy Warhol, lors d’un sondage mené par Beaux-Arts Magazine pour fêter son centième numéro. Si, parmi les artistes disparus, Van Gogh reste le préféré (43 %), parmi les vivants Buffet (10 %) devance César (9 %). Mais, les Légions d’honneur ont beau tomber, les honneurs venir d’Asie pour ce collectionneur de maquettes de bateaux et d’œufs d’autruche, la reconnaissance des grands de la peinture n’est plus au rendez-vous. Bernard Buffet, sur ce terrain, connaissait la solitude des personnages qu’il peignait à ses débuts.
Bernard Buffet, qui s’est donné la mort lundi dans sa propriété de Tourtour (Var, France), était un des peintres contemporains les plus connus dans le monde entier. Son style austère ne le rattache à aucune école. Travaillant seul dans ses ateliers successifs, il a livré régulièrement des séries de toiles comme Les horreurs de la guerre, Le bestiaire, Les châteaux de la Loire, ou plus récemment Les sumos. Fils d’un miroitier, il quitte l’école à l’âge de 15 ans pour se livrer à son unique passion, le dessin. Il expose dans le monde entier, notamment à la Biennale de Venise. Une rétrospective de son œuvre a été présentée en 1991 au musée Pouchkine, à Moscou, et ses toiles sont régulièrement montrées au Japon, où se trouve un Musée Bernard Buffet. Le peintre avait épousé Annabel (Schwob), écrivain...