L’unique projet au monde permettant à des chimpanzés captifs de retrouver la pleine liberté, mené au Congo par une association franco-congolaise, «Help» (Habitat écologique et liberté des primates), est aujourd’hui gravement menacé faute de moyens, a-t-on appris lors du colloque annuel de la Société francophone de primatologie (SFDP), qui vient de se terminer à Paris. Ce programme, initié en 1989 par Aliette Jamart, une Française établie depuis 1963 à Pointe-Noire (Congo-Brazzaville), a permis de récupérer plus d’une quarantaine de jeunes chimpanzés, saisis par les autorités congolaises lors de tentatives de vente ou d’exportation de ces singes protégés. Mais alors que les chimpanzés ayant connu le même sort ailleurs en Afrique se retrouvent dans le meilleur des cas sur des îles ou dans des parcelles de forêt entourées d’enclos électrifiés, où ils restent dépendants de l’homme, ceux de Help-Congo redeviennent réellement indépendants dans la réserve de Conkouati, à 180 kilomètres au nord de Pointe-Noire. Ils ne sont placés sur des îles qu’à titre provisoire, pour réapprendre à vivre dans des conditions proches de leur milieu naturel, avant d’être relâchés par petits groupes sur un site forestier voisin. Les chimpanzés mettent plusieurs années à se montrer «mûrs» pour la liberté. Données scientifiques La longueur de ce processus et surtout les interrogations sur l’accueil que réserveront aux anciens captifs leur congénères sauvages, capables de rejeter violemment, sinon de tuer, tout intrus, ont fait qu’avant l’expérience de Help, la quasi-totalité des scientifiques considéraient le retour de chimpanzés dans la nature comme impossible. «Quand on m’avait demandé, en 1994, d’effectuer une expertise sur la faisabilité des relâchers, j’étais partie pour le Congo avec la ferme intention de dire non», confie Caroline Tutin, primatologue au Centre international de recherches médicales de Franceville (Gabon) et à l’université de Stirling (Écosse). Mais une fois sur place, la scientifique a fini par admettre que ce défi méritait d’être relevé. Elle n’a pas à le regretter : aujourd’hui, une vingtaine de chimpanzés sont déjà libres, certains depuis trois ans. La plupart sont observés au quotidien et permettent de recueillir des données scientifiques inédites sur leur réadaptation. D’autres s’y préparent sur les îles. Cependant, un nuage a brusquement assombri leur avenir. Sans doute découragée par la situation très instable au Congo, la Banque mondiale, qui contribuait au financement du projet par le biais d’un programme de gestion et de conservation des aires protégées (Progecap/Gef Congo), a renoncé à renouveler sa participation, arrivée à expiration en juin dernier. Help-Congo se retrouve ainsi dans une situation dramatique car, bien qu’une grande partie de ses activités soit assurée par le volontariat, elle a besoin de 120 millions de francs CFA (200 000 dollars) par an pour assurer le fonctionnement de base de ses installations. «Sans une solution rapide, prévient le Dr Tutin, le travail scientifique risque d’être interrompu, alors qu’il faudrait le poursuivre pendant des années pour pouvoir en tirer des conclusions définitives. Avec Help, c’est la seule structure associative à dimension internationale encore présente au Congo qui risque de disparaître». Et de laisser champ libre aux braconniers et aux exploitants forestiers qui ne cachent pas leur intérêt pour la région.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’unique projet au monde permettant à des chimpanzés captifs de retrouver la pleine liberté, mené au Congo par une association franco-congolaise, «Help» (Habitat écologique et liberté des primates), est aujourd’hui gravement menacé faute de moyens, a-t-on appris lors du colloque annuel de la Société francophone de primatologie (SFDP), qui vient de se terminer à Paris. Ce programme, initié en 1989 par Aliette Jamart, une Française établie depuis 1963 à Pointe-Noire (Congo-Brazzaville), a permis de récupérer plus d’une quarantaine de jeunes chimpanzés, saisis par les autorités congolaises lors de tentatives de vente ou d’exportation de ces singes protégés. Mais alors que les chimpanzés ayant connu le même sort ailleurs en Afrique se retrouvent dans le meilleur des cas sur des îles ou dans des parcelles de...