L’Espagnol José Ivan Gutierrez a conclu en puissance lundi après-midi le contre-la-montre espoirs des championnats du monde à Trévise (nord) pour mettre à l’honneur la Cantabrie, région atlantique de la péninsule ibérique, et battre sur le fil le jeune Australien Michael Rogers. En retard de 17 sec à 9 km de l’arrivée, Gutierrez a impressionné dans l’ultime partie d’un parcours excessivement plat, pour lequel son gabarit (1,81 m pour 73,5 kg) était tout indiqué. Quand la victoire se décide à si peu de chose, le soupçon de chance est indispensable. «Je crois que le fait d’avoir un coureur britannique en point de mire m’a beaucoup aidé», a reconnu le coureur aux yeux clairs. Couvé depuis quelques années par Manolo Saiz, directeur sportif de la formation Once, Gutierrez rejoindra l’effectif professionnel l’an prochain. «Évidemment, j’ai un rêve : c’est le Tour de France. Je crois que je serai meilleur dans les courses par étapes. Je serais déjà satisfait si je faisais le quart de ce qu’a réalisé Miguel Indurain», a souligné le vainqueur, en réponse à la traditionnelle question des comparaisons. Le cru 99 semble être de garde puisque Rogers, le blond Aussie de 19 ans, a également retenu l’attention d’une grande équipe, la Mapei. «Mais mon passage chez les pros est prévu pour 2001», a expliqué Rogers, établi en Toscane depuis un an et demi. Le Russe Evgueni Petrov, troisième, a été moins disert. Originaire de l’Oural, il gagnera bientôt l’Ouest, comme la plupart des cyclistes talentueux de l’ex-URSS. Les Italiens l’ont déjà contacté et il ne devrait pas tarder à s’installer du côté de Milan. David Derepas, dixième, a été le meilleur Français. Le Dijonnais a largement précédé son compatriote Nicolas Fritsch, vice-champion national et médaille de bronze aux championnats d’Europe de la spécialité. «Mais, évidemment, il manquait une bosse sur ce parcours», a regretté le Francilien, dont le gabarit léger s’est épuisé face au vent et aux lignes droites. Déclarations José Ivan Gutierrez (Esp/vainqueur) : «Je n’espérais pas trop gagner ici. J’ai eu une chance, j’avais un coureur britannique (Charles Wegelius) en point de mire et j’ai tout fait pour le reprendre. Je dédie cette victoire à Manolo Saiz (responsable de l’équipe Once) qui m’a fait passer de catégorie et m’a aidé à progresser physiquement et techniquement». Michael Rogers (Aus/deuxième) : «J’habite en Toscane depuis un an et demi et j’ai beaucoup progressé en Italie. J’ai été en tête pratiquement jusqu’à la fin. Je n’ai pourtant pas eu l’impression de faiblir. Finalement, avec deux secondes de moins, c’est moi qui gagne. Je crois que c’est plutôt Gutierrez qui a fini très fort». David Derepas (Fra/dixième) : «C’est un parcours qui ne m’était pas défavorable. Mais il n’était pas assez technique et il n’y avait pas suffisamment de virages. Ce qui me manque, c’est la vélocité et la puissance». Nicolas Fritsch (Fra/24e) : «C’était un peu plat et, vraiment, je ne pouvais pas aller plus vite. Je ne fais que 60 kg et je rendais beaucoup de poids aux meilleurs. J’avais terminé deuxième du championnat de France et troisième au championnat d’Europe, mais sur des parcours bien plus exigeants. C’est vrai aussi que je ne me suis pas suffisamment entraîné pour ce genre de parcours, car j’ai pas mal couru : le Tour de l’Avenir, Isbergues». Juniors filles : le titre à la Canadienne Geneviève Jeanson La Canadienne Geneviève Jeanson, une Québécoise des environs de Montréal, a enlevé lundi à Trévise le premier titre du contre-la-montre, dans la catégorie juniors, décerné dans les championnats du monde de cyclisme sur route. Jeanson, 18 ans, a devancé de 11 secondes la Française Juliette Vandekerckhove au terme des 11,1 kilomètres du parcours. La tenante du titre, l’Allemande Trixi Worrack, a pris la troisième place à 23 secondes de Jeanson qui avait pris la troisième place l’an passé. «J’avais déjà reconnu le parcours au mois de février», a expliqué la Québécoise, étudiante pour l’instant, mais qui aimerait tenir un restaurant après sa carrière. «Je suis arrivée en Italie le 19 septembre et j’ai pu me préparer dans de bonnes conditions». «Geneviève a une volonté incroyable, elle sait parfaitement ce qu’elle veut», ont confirmé d’une même voix ses parents, présents à Trévise. La nouvelle championne du monde disputera également la course sur route, vendredi prochain à Vérone. Dames : une chasse très ouverte Les dames partent à la chasse de l’or dans un contre-la-montre des championnats du monde de cyclisme, mardi, à Trévise, aussi ouvert que celui de l’an passé à Valkenburg (Pays-Bas). Pour 37 centièmes de seconde, l’an dernier, la Néerlandaise Leontien Zijlaard-van Moorsel avait privé la Russe Zoulfia Zabirova de la victoire. Quant à la troisième, l’Allemande Hanka Kupfernagel, elle avait échoué à 2 secondes seulement de la médaille d’or. Toutes trois s’inscrivent une nouvelle fois en première ligne des favorites au départ des 25,850 kilomètres. Au même titre que l’Australienne Anna Wilson, lauréate le mois dernier du Grand Prix des Nations. Sur un parcours plat privilégiant la puissance par rapport aux qualités techniques, Zijlaard-van Moorsel (29 ans) et Kupfernagel (25 ans) disposent même d’un léger avantage. Si la Néerlandaise a peu couru hors de son pays, l’Allemande, numéro un au classement mondial féminin, s’est souvent montrée à son avantage bien qu’elle ait dû se contenter de la deuxième place du classement final de la Coupe du monde. Pour Zabirova (25 ans), championne olympique de la discipline à Atlanta, la course de Trévise offre l’opportunité de mettre fin à une incroyable série. Ces deux dernières années, la Russe installée en Italie a terminé dans la même seconde que la première, battue seulement pour quelques dixièmes (à 85/100 de Longo et 37/100 de Zijlaard-van Moorsel). La Lituanienne Diana Ziliute, quatrième l’an passé, dispose elle aussi d’une chance sérieuse. Victorieuse des deux «chronos» de la Grande Boucle féminine, en août dernier, la championne du monde sur route a écopé d’un simple avertissement de la part de l’Union cycliste internationale (UCI) pour un taux excessif de caféine lors d’un contrôle antidopage, ce qui lui permet de s’aligner aux Mondiaux. Quant à Jeannie Longo, trois fois titrée depuis l’inscription du contre-la-montre au programme des championnats du monde (1995) et cinquième à Valkenburg, elle se présente l’esprit libre. «Je ne me fixe pas d’objectif précis», a déclaré la Française, qui fêtera à la fin du mois son... 41e anniversaire.
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