Angleterre, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande et Australie : par ordre d’entrée en scène, les quatre grands favoris pour le titre mondial ont laissé une forte impression lors de la première journée de la Coupe du monde. Parmi les quatre grands, seules la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud ont peiné pendant une heure, avant de faire la différence. Leur cas est sensiblement différent : les All Blacks ont connu des difficultés pour imposer leur jeu face aux Tonga, alors que les Springboks ont dû contenir la furia écossaise, avant de s’envoler. Comme pendant le Tri-nations, où ils ont souvent fait la différence grâce à la botte d’Andrew Merhtens, les All Blacks ont affiché quelques carences dans la construction et dans la finition. Bousculés par la défense agressive des Tonguiens, ils ont perdu de nombreux ballons sur des fautes de main ou des mauvais choix. Une fois l’adversaire fatigué, après une heure de jeu, les Blacks ont inscrit quatre essais en dix minutes (45-9). Lomu est de retour Ces lacunes pourraient s’avérer préjudiciables face aux Anglais, lors du match au sommet de la première partie de la Coupe du monde, samedi à Twickenham. En plus d’une défense féroce et bien organisée, le XV de la Rose s’appuie sur un jeu de mouvement et des individualités (Dallaglio, Back, Grayson...) susceptibles de perturber les Néo-Zélandais. Les Sud-Africains semblent eux avoir retrouvé le dynamisme qui leur avait permis de remporter dix-sept matches d’affilée en 1997 et 1998. Même si la défense offre encore quelques espaces aux adversaires, les Springboks ont montré des enchaînements de grande qualité, orchestrés par Joost Van der Westhuizen. Le demi de mêlée sud-africain a été l’un des hommes les plus en vue de cette première journée, avec son coéquipier Bobby Skinstad, auteur de quelques gestes de grande classe, les Anglais Paul Grayson, Jonny Wilkinson (32 points) et Lawrence Dallaglio, l’Australien Matt Burke et le Néo-Zélandais Jonah Lomu. Grand spectacle Ces premiers matches de Coupe du monde ont également confirmé les difficultés éprouvées par les Écossais face aux trois grands de l’hémisphère Sud (dernier succès en 1982 face à l’Australie) et l’état de convalescence de la France. Par ailleurs, le pays de Galles a légèremment déçu pour son entrée en scène face à l’Argentine. Surtout, cette série de rencontre a été marquée par le spectacle offert (près de sept essais de moyenne par match). La rencontre Afrique du Sud-Écosse (46-29), à Murraylfield, a atteint des sommets d’intensité, comme par instants Angleterre-Italie ou Nouvelle-Zélande-Tonga. Les Samoa et les Japonais, qui s’affrontaient à Wrexham, dans le Nord du pays de Galles, ont également disputé un match à grand spectacle. L’attitude des arbitres a vraisemblablement favorisé le jeu ouvert et rapide. D’une façon générale, les empêcheurs de jouer, les ralentisseurs de jeu et les adeptes du grattage au sol ont été largement pénalisés. Certains ont même écopé d’avertissements pour entrave répétée au jeu. Cette tendance pour l’offensive devra être confirmée lors de certains matchs au sommet, comme Angleterre-Nouvelle-Zélande. Capitale pour les deux équipes qui souhaitent éviter d’affronter les Springboks en quart de finale, le 2 octobre à Paris, cette rencontre donnera le ton pour la suite de la Coupe du monde. L’Australie se promène contre la Roumanie L’Australie a écrasé la Roumanie, à Belfast, 57 points à 9, dans son premier match de la Coupe du monde de rugby, en marquant neuf essais, dont trois par son numéro 8, Toutai Kefu, les Roumains sauvant l’honneur par trois pénalités du demi de mêlée Petre Mitu. Sur les six autres essais australiens, deux ont été réussis par l’ailier Joe Roff (43, 49), qui était pourtant sur le banc au coup d’envoi, un par l’arrière Matthew Burke (68), qui a aussi passé 5 transformations, un par le centre Tim Horan (2), un autre par l’ailier Jason Little (40), et un par le talonneur remplaçant Jeremy Paul (65). Les Australiens ont ouvert la marque au bout de 90 secondes par Horan, puis ils ont dominé pendant tout le match. Ils étaient trop rapides pour des Roumains courageux, réduits trop vite au rôle de partenaires d’entraînement pour les champions du monde 1991, nets vainqueurs des All Blacks cinq semaines plus tôt à Sydney. Le grand homme de la rencontre a donc été le numéro 8 Kefu, d’origine tongaise, auteur de trois essais (7, 24, 79). Mais les plus applaudis furent un couple de «streakers» complètement nus, aux couleurs de l’Australie, qui ont réussi à gambader pendant plusieurs minutes sur la pelouse avant d’être dirigés vers les vestiaires par le service d’ordre. France : la question de l’ouvreur Malgré la victoire rassurante sur le Canada lors de son premier match de la Coupe du monde, le XV de France continue de se poser des questions, à commencer par celle du nom de son ouvreur. En théorie, mais également dans le discours officiel des stratèges français, le titulaire du poste est Thomas Castaignède. Le chouchou du public a pour lui d’avoir succédé à Thierry Lacroix et d’avoir conduit les Bleus à un deuxième Grand Chelem historique dans le Tournoi des Cinq nations en 1998. Pourtant depuis le printemps, Castaignède ne manie plus la baguette du XV de France avec la même assurance : son jeu au pied laisse parfois à désirer et ses fulgurantes accélérations se terminent le plus souvent dans le mur des défenses adverses. Pour ces raisons, le Castrais a dû céder sa place au Briviste Christophe Lamaison lors de la seconde mi-temps du match contre les Canadiens à Béziers. «Nous avions besoin d’insister sur le jeu au pied», a expliqué le coach Jean-Claude Skrela. «Et depuis le début de notre préparation, Lamaison a montré qu’il avait retrouvé toutes ses qualités». Dans un rugby où le seul moyen de franchir les rideaux défensifs ultrarenforcés est de passer par-dessus, Castaignède semble menacer dans sa situation de numéro 10. D’abord parce que le jeu au pied n’a jamais été sa qualité première : l’international français est beaucoup plus performant dans les mouvements et sur les foudroyantes accélérations qui ravissent ses supporters. Ensuite parce que, même dans l’orientation du jeu, il manque encore de lucidité. Skrela et Villepreux ne s’y sont pas trompés et à l’entraînement Lamaison évolue fréquemment à l’ouverture. «Aujourd’hui, les rideaux défensifs sont deux fois plus importants que par le passé et en ce moment, c’est moi qui est la meilleure botte», explique le Corrézien. Castaignède contre la Namibie ? «Rien n’avait été prévu à l’avance», poursuit-il. «Mais jouer ouvreur ne me gêne pas. Je me sens bien partout. En fait je me contente simplement de vivre avec mon temps». La précision de ses coups de pied rapproche le Briviste des célèbres Andrew Mehrtens ou Neil Jenkins plus qu’elle ne fait de lui un centre, sa position habituelle. Et son entrée samedi a aidé à éclairer le jeu tricolore qui, sous l’effet de la fatigue, commençait à se stéréotyper face aux solides Canadiens. «C’est une des vertus du coaching que de pouvoir changer de tactique en cours de rencontre», rappelle Skrela. «Pour l’avenir, nous allons voir comment les choses se présentent et nous établirons notre stratégie en fonction». En clair, Castaignède n’est pas certain de tenir la baguette des Français contre les Namibiens lors de leur deuxième match le 8 octobre à Bordeaux. Il l’est d’autant moins que le Castrais est apparu beaucoup plus à l’aise et beaucoup plus libre lorsqu’il fut contraint de passer au poste d’arrière. Ayant plus de champ, il put donner plus libre cours à ses talents de slalomeur. Concurrencé par Lamaison, Thomas Castaignède l’est également par son coéquipier Ugo Mola auquel il avait dû céder sa place lors de la tournée dans le Pacifique Sud au mois de juin. Les prestations de Mola avaient ravi Pierre Villepreux et le chérubin des Bleus s’était imposé comme l’une des rares satisfactions d’une campagne très décevante. Sans doute agacé, Castaignède avait tenu à mettre les choses au point malgré les assurances fournies par le manager général Jo Maso. «Je veux jouer 10 ou bien 17 (ouvreur remplaçant)», avait-il affirmé. Son propos ayant été pris pour de la vanité, il est depuis revenu s’expliquer («J’ai dit cela car l’ouverture est l’endroit où je suis le plus performant. Mais cela ne me gêne pas d’être remplaçant») et même revenu sur sa position. «Je crois qu’actuellement il y a de meilleurs centres que moi mais je suis prêt à m’adapter en fonction de la stratégie choisie». Sa présence vendredi prochain contre la Namibie sera l’une des principales interrogations de la sélection qui doit être dévoilée mercredi matin.
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