Le régime chinois a profité hier de son cinquantième anniversaire pour étaler sa puissance militaire, tout en rappelant aux dirigeants taïwanais que Pékin n’abandonnera pas l’objectif de la réunification. «Le défilé visait à montrer la puissance de la Chine sur la scène mondiale, avec un message appuyé lancé à Taïwan», a commenté Jean-Pierre Cabestan, le directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine, basé à Hong Kong. Premier défilé militaire organisé depuis 1984, la manifestation d’hier a permis d’apercevoir un large échantillon des armements chinois les plus récents – dont certains capables de transporter des charges nucléaires –parmi lesquels le très attendu DF-31 (Dongfeng-31), un missile balistique intercontinental d’une portée de 8 000 km. Ce missile sol-sol, capable d’atteindre la côte ouest des États-Unis, avait été testé avec succès en août après avoir été accusé en mai par la CIA de plagier la technologie du W-88, le missile américain le plus moderne. Parmi les autres nouveautés, le premier chasseur bombardier de conception entièrement chinoise, le FBC-1 ou Léopard volant qui a traversé le ciel de Pékin dans le cadre du plus important défilé aérien jamais organisé en Chine. Malgré l’absence de surprises majeures, plusieurs experts occidentaux ont souligné la volonté des autorités de faire étalage de leurs progrès technologiques, tout en affichant plus particulièrement leur capacité à déclencher des opérations militaires contre Taïwan. Outre une unité de l’infanterie de marine, elles ont ainsi montré des ravitailleurs en vol de type B-6 (inspirés du TU-16 russe) ainsi qu’un exemplaire du tout dernier chasseur de la flotte nationale, le F-8II, qui selon un expert serait ravitaillable en vol. «Cela montre qu’ils peuvent aller loin des côtes chinoises et exercer un contrôle plus réel sur la mer de Chine du Sud», où la Chine se dispute l’archipel des Spratlys avec plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, a commenté M. Cabestan. Présidant les cérémonies, le président Jiang Zemin a réitéré l’engagement de Pékin de parvenir à la réunification avec Taïwan, sans toutefois mentionner un éventuel recours à la force. «La réunification totale de la patrie et le maintien de sa sécurité sont le fondement même de la grande renaissance de la nation chinoise et la volonté inébranlable de tout le peuple chinois», a lancé M. Jiang du haut de la porte Tiananmen, d’où Mao Tsé-Toung avait proclamé la République populaire le 1er octobre 1949. Parmi les nombreux missiles déployés, les experts ont noté les missiles à courte portée DF-11 et DF-15, tous deux capables de transporter des charges nucléaires, d’une portée d’environ 400 km, «qui s’avéreraient les plus dangereux en cas de conflit avec Taïwan». Lors de la précédente crise sino-taïwanaise provoquée en 1995 par une visite «privée» du président taïwanais Lee Teng-Hui aux États-Unis, Pékin avait tiré des missiles tactiques à courte et moyenne portée à proximité des côtes de l’île. Mais jusqu’à présent les experts occidentaux jugeaient l’armée chinoise assez mal préparée pour lancer une véritable opération contre Taïwan, qui possède une flotte aérienne et maritime dernier cri (60 Mirage 2000-5, 150 F-16 américains, six frégates françaises de type La Fayette). L’armée chinoise, plus forte en nombre, aligne une aviation et une marine encore largement obsolète, même si elle possède suffisamment de bâtiments de débarquement et les moyens logistiques de déplacer des forces spéciales marines rapidement d’un point à l’autre du pays. «L’armée chinoise monte en puissance, elle a fait des progrès évidents, mais la grande inconnue reste son niveau opérationnel qui reste probablement très inférieur à celui des grands pays occidentaux», a noté un expert étranger.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le régime chinois a profité hier de son cinquantième anniversaire pour étaler sa puissance militaire, tout en rappelant aux dirigeants taïwanais que Pékin n’abandonnera pas l’objectif de la réunification. «Le défilé visait à montrer la puissance de la Chine sur la scène mondiale, avec un message appuyé lancé à Taïwan», a commenté Jean-Pierre Cabestan, le directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine, basé à Hong Kong. Premier défilé militaire organisé depuis 1984, la manifestation d’hier a permis d’apercevoir un large échantillon des armements chinois les plus récents – dont certains capables de transporter des charges nucléaires –parmi lesquels le très attendu DF-31 (Dongfeng-31), un missile balistique intercontinental d’une portée de 8 000 km. Ce missile sol-sol, capable...