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Actualités - Reportages

Perdus de vue Lucien Dahdah : fin gourmet de la vie (photo)

Lucien Dahdah est un homme délicieux. Ses mots renferment une saveur faite d’épices subtiles et de parfums rares, dont il est le seul à connaître la recette. Une formule qu’il aime à doser et décrire en fin gourmet, avec ses propres formules, et qui lui aura permis de concocter des réussites, tant culinaires que professionnelles, tout au long de sa carrière chargée. Il aura traversé toute sa vie en s’amusant”, est sans doute ce qu’on a écrit de mieux sur moi, avouera notre hôte, dans un grand sourire. Si je ne m’amuse pas, je ne continue pas !» Son en-tête à lettre exprime parfaitement l’état d’âme et d’esprit de ce personnage, leur gaieté : «D’abord vivre, ensuite philosopher…». Tout un programme en titre et en latin, suivi par une énumération de diplômes et par l’inventaire des nombreuses confréries auxquelles il appartient, Compagnon de Bordeaux, Mousquetaire d’Armagnac, Lieutenant de Mousquetaire, Confrère du coude levé, pour n’en citer que quelques-unes, ajoutant enfin, comme un clin d’œil malicieux à qui sait le saisir, Chevalier de la légion d’honneur (qui n’a rien à voir) et, plus bas, ancien ministre des Affaires étrangères (qui n’a rien à voir non plus). Monsieur Lucien Dahdah est un drôle de bonhomme qui ne se prend pas au sérieux et pour qui les parenthèses et les détails font toute la différence. Pourtant, son itinéraire, à mettre entre guillemets, n’a rien d’une plaisanterie. «Ce que j’ai fait m’étonne moi-même». Et d’abord ses études, exceptionnellement longues, treize ans, menées sur plusieurs fronts, le droit à l’USJ, accompagné d’une licence en économie à l’Université américaine, (qui n’a rien à voir, serons-nous tentés de dire !), suivis d’un diplôme en sciences politiques et un doctorat à la Sorbonne. Le tout couronné d’un PHD, décroché à l’Université de Birmingham. Des cycles de six ans Sa carrière professionnelle démarre en 1955, lorsqu’il devient expert principal auprès du gouvernement libanais. «J’ai adhéré à l’administration publique comme chef du département statistique. Depuis, j’ai cette tournure d’esprit sur ce qui est une science, de ce qui n’était qu’une probabilité». Il quitte son poste à 28 ans :« Être directeur général ne m’enchantait guère, ni garder le même titre durant 60 ans !». Le président Fouad Chehab lui dira alors : «Cette démission est une désertion», et l’audacieux Lucien de répliquer : «Mais monsieur le président, ce serait une désertion envers moi-même de ne pas le faire !». Il est alors demandé au jeune «déserteur», par M. Émile Boustany «en personne», un travail d’expertise pour le compte d’un groupe de Libanais qui avaient fondé la deuxième chaîne télévisée libanaise, Télé-Orient. Nous sommes en 1961, le consultant gravit très vite les échelons pour en devenir le directeur général, cela jusqu’en 1967. «J’ai été emballé par la télévision. Elle a eu une grande influence dans ma vie, c’est d’ailleurs elle qui mène le monde. Elle a développé mon imagination». L’aventure durera six ans. «J’ai un cycle de six ans ! Tant qu’une chose m’amuse, je continue. Lorsque la télévision était vraiment installée, je n’avais plus aucune raison de rester !». Alors Lucien Dahdah s’embarque pour de nouvelles aventures, de véritables défis professionnels, comme celui, célèbre, de la banque Intra Investment. «Mon imagination a été servie au-delà de toute espérance ! Sur les 20 sociétés importantes, filiales de l’Intra, 19 perdaient de l’argent. Une en gagnait, la MEA. Deux ans plus tard, 19 en gagnaient, une demeurait perdante». Et celui, grandiose, des chantiers navals de la Ciotat. «La plus grande réalisation de ma vie, avec ses réussites et ses revers et le plus grand chantier au monde de transporteurs de gaz». En 1975, il est également nommé ministre des Finances et des Affaires étrangères, le seul civil à faire partie du gouvernement du président Soleiman Frangié. Le cycle de six ans s’imposant comme une évidence, il quitte l’Intra en 1977 et, très vite, le Liban, pour continuer à gérer ses affaires personnelles, une longue liste de projets, des sociétés dont il devient surtout administrateur, notamment l’hôtel Dorchester de Londres, le groupe Royal Monceau à Paris, le groupe Assurance au Moyen-Orient et en Europe (MEPA) et bien d’autres. «Je suis rentré au Liban en 1990, par vanité. Les actionnaires de la banque Intra et al-Mashrek, ruinées, m’ont demandé de revenir. J’ai eu tort de le faire, croyant qu’ayant réussi la première fois, je réussirais la seconde. J’ai réussi la seconde ! Le programme de redressement proposé semblait, selon les responsables, “trop bon pour être vrai”. Malheureusement, nous n’étions plus dans une république où l’intérêt national primait, et les actionnaires arabes s’étaient retirés». Un incident qui n’entame en rien le dynamisme de ce monsieur devenu copropriétaire de l’agence Ford Motor Co. en 1994. Le fin gourmet de la vie Lucien Dahdah préfère fermer la parenthèse froide et sans saveur de ces acquis, petites et grandes victoires professionnelles, pour ouvrir celle, longue, des plaisirs de la vie. Moments et rencontres inoubliables, les mémorables : «J’ai rencontré Abdel Nasser trois heures avant sa mort, lors d’un voyage avec le président Frangié» ou les impressionnantes : «Lord Thomson, un des hommes les plus riches au monde, me dit un jour “With you, I feel more important !” (Avec vous, je me sens plus important)». Dans sa demeure de Kfour chaque objet choisi surprend et amuse, la collection de cendriers de restaurants, de passe-temps ou de juke-box alignés en comité d’accueil. Bien qu’il se dise «un architecte frustré», il a réussi à donner à ce petit coin de paradis plus qu’une âme, un caractère. Il serait presque aisé de dresser à partir des empreintes de sa vie un portrait du maître de céans, un portrait bien évidemment souriant. «Il est rare que je ne rie pas. D’ailleurs, il est difficile de trouver une photo de moi sans grimaces. Je serais ravi de l’avoir !». Mais lui-même le ferait sans doute mieux : «je parle mieux que je n’écris…». Alors, il parle de son amour officialisé pour la bonne chère. «J’ai fondé l’Académie libanaise de la gastronomie, dont je suis le président, il y a trois ans, avec le Dr Bachir Saadé, MM. Edwin Abela et Fouad el-Khazen, et notre muse, Mme Myrna Boustany. J’aime autant manger que cuisiner, inventer des plats». Et l’on se prend à rêver de ses «crevettes thermidor à la galette de sarrasin» ou du «mille feuilles Christina», en lisant le livre Souvenirs… avant que ne les emporte l’oubli, que tente de rédiger cet homme aux mille facettes.
Lucien Dahdah est un homme délicieux. Ses mots renferment une saveur faite d’épices subtiles et de parfums rares, dont il est le seul à connaître la recette. Une formule qu’il aime à doser et décrire en fin gourmet, avec ses propres formules, et qui lui aura permis de concocter des réussites, tant culinaires que professionnelles, tout au long de sa carrière chargée. Il aura traversé toute sa vie en s’amusant”, est sans doute ce qu’on a écrit de mieux sur moi, avouera notre hôte, dans un grand sourire. Si je ne m’amuse pas, je ne continue pas !» Son en-tête à lettre exprime parfaitement l’état d’âme et d’esprit de ce personnage, leur gaieté : «D’abord vivre, ensuite philosopher…». Tout un programme en titre et en latin, suivi par une énumération de diplômes et par l’inventaire des nombreuses...