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Actualités - Opinion

Tribune Elections: Prendre le train en marche?

En marge de la bataille électorale qui vient de commencer, la question se pose de savoir ce qui motive la majorité des candidats : un programme politique qu’ils voudraient défendre à la Chambre des députés, une continuité politique qu’ils cherchaient à maintenir, des intérêts généraux dont ils voudraient assurer la défense ? Le pouvoir auquel ils aspirent est-il un moyen au service d’une fin ou bien est-il lui-même une fin en soi ? Plusieurs constatations s’imposent. La première, et la plus importante, est que la société libanaise est victime d’une crise des valeurs et ne parvient plus à situer les individus les uns par rapport aux autres, à définir justement leur «place» dans la société. Il s’ensuit que chacun essaye, avec les moyens dont il dispose, de se créer une niche à lui. Le besoin de reconnaissance sociale qui en résulte est tel que pour le satisfaire l’individu se retrouve prêt à toutes les compromissions. Dans la vie courante, ce besoin se manifeste de diverses manières : ostentatoire chez certains, plus discrète chez d’autres. Il n’en demeure pas moins présent dans les comportements sociaux. Les manifestations extérieures de cette volonté de reconnaissance rendent souvent leurs auteurs pénibles à supporter, elles n’en reflètent pas moins un «mal de vivre» qui, lui, est bien réel. Le Liban paye la facture d’une guerre qui a entraîné la dissolution de toutes les formes de solidarité sociale, même les plus traditionnelles : les partis politiques ont quasiment éclaté, les syndicats se sont transformés en appareils bureaucratiques, les clans se sont fissurés, les familles se sont scindées, même la petite cellule familiale n’a pas été épargnée. Chacun se retrouve seul face aux autres, devant affronter une individualité à laquelle il n’est pas préparé. Transposé dans le domaine politique, ce besoin de reconnaissance se traduit par une lutte acharnée pour le pouvoir, ce dernier – sous toutes ses formes, même les plus dégénérées – servant d’aiguillon au désir de chacun et de tous et entraînant un processus de rivalité sans fin entre les individus. Plus dangereux encore que cette rivalité exacerbée, c’est l’exploitation politique qui ne sait d’ailleurs pourquoi – l’individu est prêt à tout aliéner. L’essentiel est «d’arriver», de prendre «le train en marche» pour reprendre l’expression consacrée. Peu importe où se dirige ce train. Pourvu qu’on face partie des passagers. Or que reste-t-il du pouvoir, objet du désir de chacun et de tous, après toutes ces compromissions ? La pratique de ces dernières années l’a vidé de tout contenu réel. Il n’en reste plus que les apparences, c’est-à-dire un peu de prestige social – une plaque de couleur – dont il va falloir chaque jour payer le prix. Dans l’état de décomposition sociale, d’effritement politique et de crise économique dans laquelle se trouve la société, toute action à long terme nécessite au préalable une reconstitution à la base du tissu humain, la formation de nouvelles communautés solidaires entre elles qui œuvreraient à reconstituer la trame de la société. En politique, cela devrait se traduire par de nouvelles formes d’action, car il est difficilement concevable de vouloir modifier la situation politique en l’absence de groupements solidaires porteurs de projets collectifs. La politique de «mendicité» électorale – le candidat mendiant sa place dans «le train en marche» et l’électeur mendiant les frais d’inscription de ses enfants à l’école – ne mène pas loin. Les expériences de 1992 et de 1996 sont là pour le montrer. «Faute de cet effort, – l’expression est du P. Jean Ducruet – le Liban qui a été une nation sans État risquerait de devenir demain un État sans nation».
En marge de la bataille électorale qui vient de commencer, la question se pose de savoir ce qui motive la majorité des candidats : un programme politique qu’ils voudraient défendre à la Chambre des députés, une continuité politique qu’ils cherchaient à maintenir, des intérêts généraux dont ils voudraient assurer la défense ? Le pouvoir auquel ils aspirent est-il un moyen au service d’une fin ou bien est-il lui-même une fin en soi ? Plusieurs constatations s’imposent. La première, et la plus importante, est que la société libanaise est victime d’une crise des valeurs et ne parvient plus à situer les individus les uns par rapport aux autres, à définir justement leur «place» dans la société. Il s’ensuit que chacun essaye, avec les moyens dont il dispose, de se créer une niche à lui. Le besoin de...