Symbole de l’indépendance du Timor-Oriental, Xanana Gusmao, que beaucoup considèrent comme le Nelson Mandela de l’Asie, a fait mardi à Djakarta ses premiers pas d’homme libre avec l’unique perspective de cueillir les fruits amers de la victoire. Voici huit jours seulement, son peuple avait, à une écrasante majorité, choisi l’indépendance en rejetant une offre de statut d’autonomie au sein de l’Indonésie. Considéré comme le futur chef incontesté de ce petit territoire qui fut jadis une colonie portugaise, c’est un Gusmao souriant qui avait été autorisé à voter à Djakarta avec la perspective d’un retour en héros tant attendu à Dili, capitale du Timor-Oriental. Cependant, une semaine plus tard, au moment où l’homme libre qu’il est devenu mardi quittait le ministère de la Justice pour se rendre à l’ambassade britannique de Djakarta, ce rêve semblait réduit à l’état de cendre. À Dili, les milices pro-indonésiennes et l’armée de Djakarta se donnent la main pour terroriser la population alors que le gouvernement indonésien a proclamé la loi martiale. Avec derrière lui 17 années de maquis, Gusmao était devenu le symbole de l’espoir pour ceux qui ont participé au scrutin du 30 août. Son portrait a été brandi dans les rues de Dili au cours des quelques journées de liberté qui ont précédé cette consultation populaire organisée par les Nations unies. Son engagement sans faille en faveur de la cause du Timor-Oriental lui a valu la reconnaissance et l’estime de la communauté internationale. Au cours de sa visite en Indonésie en 1997, le président sud-africain, Nelson Mandela, auquel il a été souvent comparé, avait exceptionnellement obtenu de pouvoir rencontrer le chef emprisonné. Le ministre indonésien de la Justice, M. Muladi, qui a libéré Gusmao mardi en le confiant à un officier des Nations unies, a fait l’éloge de son rôle «très actif» en faveur de la paix au Timor-Oriental. Arrêté en 1992, il a été condamné à la réclusion à perpétuité. Cette peine a ensuite été commuée en 20 ans de prison par l’ancien président Suharto, celui-là même qui avait décidé l’invasion du Timor-Oriental en 1975. Second d’une famille de 7 enfants, José Alejandro Gusmao est né le 20 juin 1946. Après avoir brièvement fréquenté le séminaire catholique, il est embauché par l’administration portugaise au début des années 1970. En 1974, il devient un militant politique au sein de l’Associaçao Social Democratica Timor, nouvelle formation politique indépendantiste. Marié et père de deux enfants, il quitte sa famille pour le maquis deux jours après que le Fretilin (Front de libération du Timor-Oriental) eut proclamé l’indépendance du Timor-Est, le 28 novembre 1975, après le retrait précipité du Portugal. Une semaine plus tard, les soldats indonésiens entraient dans Dili et l’année suivante Djakarta annexait unilatéralement le territoire. C’est en 1979 que Gusmao a pris la tête de la branche armée du Fretilin, à la suite de la mort de Nicolaus Lobato, tué dans un accrochage. Au cours des quinze années suivantes, Gusmao allait utiliser contre les autorités indonésiennes la tactique du chat et de la souris jusqu’à son arrestation en 1992.
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