Un homme d’affaires séoudien avait un rêve : faire renaître l’Andalousie de ses ancêtres où musulmans, chrétiens et juifs ont cohabité en paix et qui a porté la culture arabe à ses sommets . Depuis deux mois, ce rêve a un nom : Andalus TV, une chaîne de télévision par satellite qui diffuse du Maroc à l’Inde la culture séoudienne «made in Marbella». Cheikh Mohammed Ashmawi n’a pas de problème d’argent. Proche du roi Fahd, importateur de Rolls Royce en Arabie séoudite et hommes d’affaires à succès, il a été séduit il y a une vingtaine d’années par le climat de Marbella, à l’époque où la jet-set internationale y croisait les rois du pétrole. Aujourd’hui sexagénaire patelin, il n’a plus grand-chose à prouver dans les affaires et s’est convaincu de se détourner un moment de sa collection de voitures de luxe – une centaine rien qu’à Marbella – pour investir dans une télévision au service de l’échange culturel entre Européens et Arabes. «Al Andalus International Marbella TV», ou AIM TV, selon son appellation officielle, a très symboliquement commencé ses émissions le 2 juillet par la retransmission de la grande prière à la mosquée Abdel Aziz de Marbella, la première construite en Espagne depuis la fin de la «reconquista» espagnole en 1492. «Mais ce n’est pas une télé religieuse», s’enflamme Haider Isla, un des responsables des studios de la télévision, situés en face d’un des plus luxueux palaces de la station balnéaire, le Marbella Club. Échanges culturels Films, musique, sports, ou cours de cuisine : tout est bon pour Andalus TV pourvu que le programme traite d’une manière ou d’une autre de l’Andalousie arabe ou des échanges culturels entre le monde arabe et l’Europe. Diffusant sur le sud de l’Europe et jusqu’à l’équateur du Maroc aux confins de l’Inde, Andalus TV dispose de 100 millions de spectateurs potentiels. Grâce au prochain satellite égyptien Nilesat 2 qui succédera à la fin de l’année à l’actuel Nilesat, Andalus TV sera visible dans le nord de l’Europe et entend alors concurrencer directement les grandes télés arabes implantées à Londres, affirme Haider. En attendant, Andalus TV s’est déjà taillé en deux mois un franc succès grâce à une exclusivité de luxe : celle des images du roi Fahd arrivé à Marbella à la mi-juillet pour y passer l’été, entouré d’une suite de quelque quatre cents personnes qui inondent Marbella de leurs dollars. Les équipes d’Andalus TV sont les seules à avoir accès au palais royal où le roi, 79 ans, pourrait rester jusqu’à la fin de l’année, selon certains de ses proches. Andalus TV a également été la seule TV par satellite à diffuser l’anniversaire du roi du Maroc Hassan II, quelques jours avant sa mort. Puis ses funérailles ont été le baptême du feu du direct pour les jeunes équipes de la télé. Une trentaine de personnes travaillent dans les studios de Marbella : beaucoup d’Espagnols, d’autres Européens et, bien sûr, des Séoudiens, Algériens, Jordaniens, Égyptiens, ou Marocains. Une tour de Babel, symbole du mixage des cultures chères à cheikh Mohammed. Le directeur de la station, le Jordanien Michel Asfoud, communique avec ses adjoints, l’Algérien Haider et l’Égyptien Mohammed en... français, même si le langage commun à tous est l’espagnol. Régulièrement, cheikh Mohammed descend d’un de ses palais des collines de Marbella pour rendre visite aux animateurs et journalistes de la radio. Aimable et paternel, il vient caresser son rêve, le sourire aux lèvres. Il n’y a qu’un sujet qu’il ne faut pas aborder devant lui : le nombre de millions de dollars qui sont investis dans ce projet. «Les rêves n’ont pas de prix», souligne Haider.
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