Les cuisines importées se voient grever d’un coût d’importation d’environ 54%, alors que l’importation des matières premières, finies ou semi-finies, nécessaires à la fabrication d’une cuisine ne dépassent pas 10%. Disposons-nous de moyens de production adéquats et d’une main-d’œuvre correctement qualifiée? Plus encore, la mentalité libanaise, qui préfère acheter européen, favorise-elle le développement de cette industrie? L’aspect premier et essentiel de la diversité du marché libanais des aménagements de cuisines réside dans sa couverture par trois catégories de fournisseurs : les artisans locaux, les fabricants et les importateurs. Une tradition de l’artisanat Les artisans locaux, majoritaires, occupent plus de 50% du marché des cuisines vendues au Liban. Leur grande diversité rend difficile l’établissement de points de référence nous permettant d’évaluer la qualité des produits et des prestations proposées à leur clientèle. Quelques réflexions pourront cependant nous amener à dresser les caractéristiques de leur production. Présents depuis longtemps sur ce marché, ils ont pu garder des liens privilégiés avec la troisième génération qui continue à leur faire confiance. Utilisant une technologie traditionnelle, ils tentent aujourd’hui de se moderniser grâce à certains accessoires et matériaux de base présents sur le marché libanais. Malheureusement, le marché de ces produits connaît des difficultés liées à sa taille, à la qualité variable des produits disponibles, aux coûts d’importation de petites quantités et à la permanence de ses fournisseurs. Il faut noter, de plus, que le coût de la main-d’œuvre est élevé. Il leur est, dès lors, difficile d’atteindre un rapport qualité/prix comparable à celui des produits réalisés en série bénéficiant d’économies d’échelle. Les artisans qui ont pu se spécialiser, conquérir un large marché et développer leur capacité de production sont devenus aujourd’hui des industriels capables d’assurer un volume et une qualité comparables à certains produits importés. Ces derniers seront placés dans la catégorie des fabricants. Une production nationale en pleine expansion Les fabricants occupent actuellement 25% du marché. Ce secteur connaît depuis peu une évolution majeure : la modernisation rapide de ses équipements. Deux orientations sont rencontrées : l’indépendance et le partenariat. «Les fabricants indépendants, nous confie Patrick Mehanna, directeur marketing de la société Meker, sont des industriels qui ont acquis leur savoir-faire auprès de spécialistes occidentaux. Ils importent des matières premières de premier choix auprès de fournisseurs des meilleures marques européennes. La tradition de qualité nécessaire à ces fabricants sera généralement acquise à l’étranger. Elle devra se trouver à tous les niveaux, du conseil au service après-vente». Par ailleurs, les fabricants, partenaires d’une grande industrie de fabrication de cuisines étrangères, représentent la seconde orientation. Comme nous le rapporte Marco Mattiussi, directeur général de Snaidero Middle East, «ce partenariat est le fruit d’une joint-venture entre deux grands industriels qui ont su se faire confiance, le groupe italien Snaidero et le groupe libanais Indevco. Unique et premier dans son genre au Liban, c’est le seul partenariat entre deux groupes privés libanais et italien. Ce partenariat a pour objectif, d’une part, de réaliser un transfert de savoir-faire au Liban en formant des ouvriers spécialisés dans les usines italiennes du groupe et, d’autre part, d’opérer à partir de notre situation géographique dans toute la région du Moyen-Orient et dans certains pays d’Afrique. Ayant créé dans notre pays une ligne de production moderne, les deux partenaires développent une gamme de produits adaptés à notre marché. De plus, la société importe les cuisines du groupe italien. Cette gamme de produits signés répond à une demande du marché libanais qu’il serait impossible d’ignorer». Ces deux orientations offrent au Liban d’innombrables avantages. La spécialisation de la main-d’œuvre libanaise, auprès d’industries obligées de développer leurs produits selon des normes de qualité, relève le niveau de compétence de nos ouvriers spécialisés. L’obligation d’investir dans des lignes de production modernes, nécessaires pour garder, entre concurrents, un niveau comparable de qualité, permet au Liban d’acquérir un label de savoir-faire qu’il pourrait arborer à l’exportation. Mais sommes-nous capables de relever ces défis? Nos instituts de formation technique sont-ils à la hauteur pour fournir à ce marché des ouvriers spécialisés ayant le niveau requis? Le coût de l’énergie nécessaire à notre industrie nous permet-il de rester compétitif? Les barrières douanières sont-elles adaptées, facilitant ainsi l’exportation de nos produits? Enfin, la protection de notre production locale par l’augmentation des charges d’importation est-elle suffisante pour nous faire changer de mentalité en achetant des produits fabriqués au Liban? Le large choix des importateurs Les importateurs couvrent 25% du marché. Ils se répartissent en trois catégories : les spécialistes de l’aménagement de cuisines, les entrepreneurs en décoration et les importateurs d’appareils électroménagers. Les spécialistes en aménagement de cuisines importées ne sont pas nombreux. La taille du marché libanais et la concurrence qui s’y trouve ne rendent viables que les spécialistes de niches très spécifiques. C’est le cas d’Osimex, dirigée par Raymond Zogaib. Ce cuisiniste haut de gamme équipe les résidences qui devraient être à même d’exploiter leurs cuisines de façon semi-industrielle. Faisant appel à des fournisseurs très pointus, il répond à une demande qui ne pourrait être autrement satisfaite. Ici, le coût ne pose aucun problème. Le service, par contre, devrait être à la hauteur des résultats attendus. Nous placerons dans la même catégorie les fournisseurs de cuisines industrielles destinées aux hôtels, cantines et hôpitaux. Les entrepreneurs en décoration ont choisi leurs fournisseurs de cuisines au même titre que les produits d’ameublement. Le choix d’une marque est, généralement, la conséquence d’une orientation stylistique particulière ou d’accords spéciaux entres fournisseurs d’autres mobiliers. Les professionnels sont unanimes : les coûts d’importation sont exorbitants. Néanmoins, Michel Salamé, directeur général d’Aïshti Home Collection, Roger Jalkh, de Vivre Études et Galerie s’accordent à constater les économies d’échelle réalisées grâce aux quantités industrielles fabriquées permettant de présenter des gammes à des prix convenant toutes les bourses. Enfin, Dany Hitti, du Cercle Hitti, déclare : «Le style est à l’honneur, la plupart des marques importées sont signées par de grands designers, généralement italiens». Les importateurs d’appareils électroménagers ont ajouté à leurs gammes les produits d’ameublement de cuisine dans le but d’offrir à leurs clients des solutions clé en main. C’est ce que nous explique Pascale Mouzannar, de Tehini, Hana et Cie. Comme les autres acteurs du secteur, qui représentent, en sus de leurs cuisines, des marques d’appareils électroménagers, ces importateurs veulent aussi offrir des solutions complètes. Le client libanais apprécie particulièrement les produits signés venant de l’étranger, même s’il est amené à les payer plus cher que les produits locaux. En fait, en comparant les cuisines réalisées par les artisans avec les cuisines importées, la différence est flagrante quant à leur qualité, la diversité des accessoires et le design. Il n’est pas rare d’observer l’étonnement d’un futur client quand l’importateur lui annonce le prix de sa cuisine, il s’attend généralement à ce que la note soit bien plus salée. L’acheteur libanais manque-t-il de références? Le secteur d’ameublement de cuisines présente de multiples facettes qui nous amènent à prendre du recul avant de faire un choix. Certes, les relations personnelles et certains facteurs subjectifs jouent un rôle important lors de la prise de décision. Mais un investissement pareil mérite de garder la tête sur les épaules. Le choix d’une cuisine doit répondre à des besoins connus à l’avance. Cette connaissance n’est pas toujours évidente. Elle se fera au travers des conseils dispensés par les fournisseurs visités. Il faut donc y consacrer le temps nécessaire. Pourtant, chacun d’eux ira de mille arguments pour prouver les avantages de ses produits. L’acheteur averti pourra, idéalement, se faire sa petite idée au terme de sa tournée. La cuisine est un investissement durable, nécessaire et, enfin, esthétique. Il n’est pas question de changer de cuisine comme on le ferait pour un sofa ou un poste de télévision.
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