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Actualités - Reportages

Le centre de Achkout : écoute et réhabilitation(photos)

Deux des éducateurs ont bien voulu nous raconter comment fonctionnait un des centres de «Oum el-Nour», celui de Achkout, et quel était le programme proposé aux résidents. C’est donc après la cure de sevrage, que les résidents arrivent au centre. Ils vont y suivre un programme très précis, scindé en quatre étapes, chacune de plus ou moins trois mois, selon le résident. Tout le programme est basé sur trois points cruciaux : la franchise, l’expression et l’ouverture à autrui. Les quatre étapes de ce programme se présentent comme suit : 1. Dans un premier temps, le nouveau résident – c’est comme ça qu’on l’appelle – doit se reposer, faire le vide, retrouver des forces. Il est coupé du reste du monde. Il n’est en contact avec personne du monde extérieur. Ni famille, ni amis. Il doit déconnecter. Pendant ces trois premiers mois, il apprend son programme avec son accompagnateur, un résident également qui a dépassé cette première phase. «Ils ne sont plus du tout habitués à l’organisation. Tout est confus. Il n’y a pas de notion de jour ni de nuit. Ils sont plutôt sales. On doit tout réorganiser», indique un éducateur. C’est donc une période de relaxation. Tout doit se faire selon un plan bien établi. Toute demande doit être effectuée par écrit : téléphone, sortie... 2. Dans un deuxième temps, après trois ou quatre mois, le nouveau résident devient accompagnateur à son tour (d’un nouveau résident). «C’est maintenant la responsabilité qui entre en jeu. Il est responsable du nouveau. Il doit lui accorder un grand intérêt, comme on l’a fait au préalable avec lui», souligne l’éducateur. Le nouveau résident arrive en état de manque physique et psychologique, il faut donc être très patient et compréhensif. Il cherche souvent à s’enfuir. «Qui d’autre qu’un autre résident peut prendre soin d’un nouveau venu ? Il est passé par là, il sait ce que c’est». C’est à ce moment, qu’ils peuvent recevoir des visites, mais uniquement, dans un premier temps , de la famille, qui est en contact depuis le début de la réhabilitation avec une assistante sociale. 3. Après cette seconde phase, l’accompagnateur devient chef de secteur. C’est aux alentours de 7 mois de réhabilitation. Quand le résident devient chef d’un des secteurs de travail, comme la cuisine, la ferme, la pyrogravure, la peinture ou l’agriculture, il voit ses responsabilités s’accroître. Il a donc sous «ses ordres» deux ou trois résidents. «La ferme est le premier endroit que le résident côtoie à son arrivée. S’occuper des animaux, les nourrir, est très important, et calme les résidents». Il peut enfin rentrer chez lui, une fois toutes les deux semaines. De 10 à 18 heures. Il doit avoir au préalable dressé un planning de sa journée. Il a déjà commencé à se réconcilier avec sa famille. «Tous les résidents que nous avons reçus avaient un problème à la base avec leur famille. Avec leur père, avec leur mère ou leurs frères et sœurs. C’est toujours la même chose...». Comme il a d’autres résidents dans son unité, il doit être là pour eux, les écouter, être un recours, une oreille. Tout se raconte, tout se dit. «Ici, il n’y a pas de secrets, mais tout est confidentiel. Rien de ce qui est dit ne sort de l’enceinte du centre. Rien n’est transmis aux familles, surtout pas». 4. En fin de parcours, le résident devient superviseur. C’est à peu près un an après son admission. Après avoir fait plusieurs demandes, il devient donc responsable de tous les résidents. Au fur et à mesure, échelonné sur trois mois, il peut aller chez lui, une fois par semaine, deux fois par semaine, pour enfin y dormir une nuit ou deux... «Les résidents sont très fiers d’avoir atteint ce “grade” et d’avoir surpassé les autres». C’est donc après ces différentes étapes de la réhabilitation que le résident est prêt à affronter l’extérieur. «Ils sont très aptes au travail, parce qu’ils ont effectué un tel travail sur eux-mêmes, qu’ils sont plus forts que d’autres. Ils sont francs, ils sont vrais, et c’est très important. Ils ont un contrôle incroyable. Par exemple, on leur apprend à maîtriser leurs émotions. Deux fois par semaine, une confrontation a lieu entre les résidents, mais aussi avec les éducateurs. Si quelqu’un a quelque chose à reprocher à l’autre, il met sa requête dans une urne et doit s’expliquer avec la personne qui l’a dérangé lors de cette réunion. Il doit être assis, mais peut crier. Ce n’est pas évident de se maintenir ainsi et de garder sa rancœur pendant deux trois jours», explique un éducateur. Même au réfectoire, il y a une règle à suivre. Le résident demande à son superviseur qu’on le resserve. C’est un travail de contrôle éprouvant sur soi-même... Mais ce n’est pas seulement l’apprentissage des hiérarchies qui est proposé aux résidents. C’est tout un mode de vie et un profond travail d’écoute. Chaque matin et chaque soir, il y a une réunion où tout le monde se retrouve pour parler de soi, de ses craintes. Parfois, il y a des sujets de réflexion sur lesquels tout le monde doit travailler. «Pendant la réunion, on apprend aussi à faire face aux autres. C’est à ce moment que punition il y a, si punition il doit y avoir. Et c’est la suppression des cigarettes qui sert de leçon. Chaque résident reçoit le matin 10 cigarettes pour la journée. Si l’un d’entre eux commet une erreur, on lui retire une, deux ou trois cigarettes, et je vous assure que ce n’est pas évident pour un ex-toxicomane de ne pas avoir un grand nombre de cigarettes». Un résident nous confie que, chargé de faire le café et de réveiller les autres à 6 heures et quart, il s’est retiré lui–même trois cigarettes pendant trois jours parce qu’il ne s’était pas réveillé à temps. «J’aurais pu commettre cette erreur avec mes enfants et leur faire rater l’école. C’est important de toujours faire le lien avec ce qui peut se passer “dehors”. De plus, toute la journée a été décalée à cause de moi», explique-t-il. Tout est donc réglé et organisé. Il y a quelqu’un qui s’occupe de faire le café, quelqu’un pour le temps de la douche (il doit s’assurer qu’aucun résident ne passe plus de quatre minutes sous la douche pour permettre aux autres de se laver), quelqu’un au réfectoire... «A. est préposé au café et il doit tous les jours se remuer les méninges pour que tout soit impeccable. Que le café soit prêt à l’heure, qu’il ne déborde pas, qu’il soit bon. Ce type était un vrai escroc dans la rue. C’était un arnaqueur qui braquait des gens, qui se croyait très fort, et dont aujourd’hui la principale préoccupation, c’est le café. Incroyable», souligne l’un des résidents.
Deux des éducateurs ont bien voulu nous raconter comment fonctionnait un des centres de «Oum el-Nour», celui de Achkout, et quel était le programme proposé aux résidents. C’est donc après la cure de sevrage, que les résidents arrivent au centre. Ils vont y suivre un programme très précis, scindé en quatre étapes, chacune de plus ou moins trois mois, selon le résident. Tout le programme est basé sur trois points cruciaux : la franchise, l’expression et l’ouverture à autrui. Les quatre étapes de ce programme se présentent comme suit : 1. Dans un premier temps, le nouveau résident – c’est comme ça qu’on l’appelle – doit se reposer, faire le vide, retrouver des forces. Il est coupé du reste du monde. Il n’est en contact avec personne du monde extérieur. Ni famille, ni amis. Il doit déconnecter....