Le Cameroun, déjà bien pourvu en faux docteurs et guérisseurs en tous genres, connaît actuellement une vogue de «médecine chinoise» dans les grandes villes dont profitent de «véritables charlatans, nationaux et étrangers», selon l’Ordre national des médecins. À chaque coin de rue de la capitale camerounaise, Yaoundé, de la métropole économique, Douala, et des capitales provinciales s’ouvrent des «cabinets chinois» privés, n’ayant aucune relation avec les véritables médecins chinois prêtés par Pékin dans le cadre de la coopération et opérant dans deux hôpitaux du pays. Ces «praticiens», dont une quarantaine sévissent à Yaoundé (deux millions d’habitants), se prétendent «Chinois» s’ils sont asiatiques –notamment les Coréens – et s’ils sont africains, ils affirment avoir étudié en Chine ou avoir été au moins formés par des «maîtres chinois», remarque l’Ordre national des médecins. Ainsi, le jeune Mouthé, 23 ans, qu’on appelle «docteur» dans les rues de Yaoundé, est devenu un «spécialiste» de la médecine chinoise, avec pour seule formation deux échecs successifs en 1re année de faculté des lettres... «J’ai un parrain chinois qui commande pour moi les produits en Chine. L’activité est très rentable et j’ai déjà des équipes de praticiens itinérants dans quelques villes», confie-t-il. Le «docteur» Mouthé, comme des centaines d’autres de ses camarades, «vogue sur la bonne renommée de la médecine chinoise, efficace pour un certain nombre de maladies et surtout à un coût très abordable pour la majorité des Camerounais», indique de son côté le Dr Célestin Timma, de l’hôpital public de Biyemassi, dans la banlieue de Yaoundé. Les médecins envoyés par Pékin dès les années 1970 se sont notamment attirés une excellente réputation dans la kinésithérapie, l’acupuncture, et ont même accompli quelques «exploits» en ophtalmologie. «Ils ne communiquent avec leurs malades que par le truchement d’interprètes, ce que font également les faux docteurs d’origine asiatique pour faire plus authentique», précise le Dr Timma. Excédé par «la concurrence déloyale et illégale de ces charlatans», l’Ordre des médecins a engagé plusieurs procédures judiciaires, faisant notamment emprisonner un certain «professeur Atangana» devenu célèbre dans le pays pour ses extractions de faux fibromes (tumeurs bénignes). «La plupart des médicaments vendus par ces réseaux sont faux et les inscriptions bizarres sur les flacons ne sont même pas en chinois», assure le président de l’Ordre, le Dr Daniel Munna, qui ne cesse de lancer des appels dans la presse pour prévenir les populations que «malgré leur coût dérisoire, ces produits constituent un danger pour la santé». Piqués au vif, des irréguliers comme le «docteur» Mouthé ont décidé de mettre sur pied l’Association des praticiens de la médecine chinoise (APMC) qui entend défendre les «quelques centaines de praticiens qui soignent là où la médecine de l’État n’assure plus sa mission». De leur côté, les vrais médecins chinois des hôpitaux de Mbalmayo, à 40 kilomètres au sud de Yaoundé, et de Guider, dans la province du Nord, ignorent totalement ces polémiques qu’ils ont, involontairement, fait naître. «Nos médecins travaillent au service du peuple camerounais dans le cadre de notre coopération bilatérale, qui va d’ailleurs marquer une nouvelle étape avec l’entrée en fonctions, vers janvier 2000 à Yaoundé, d’un très grand hôpital chinois spécialisé pour la mère et l’enfant», précise-t-on de source diplomatique.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Cameroun, déjà bien pourvu en faux docteurs et guérisseurs en tous genres, connaît actuellement une vogue de «médecine chinoise» dans les grandes villes dont profitent de «véritables charlatans, nationaux et étrangers», selon l’Ordre national des médecins. À chaque coin de rue de la capitale camerounaise, Yaoundé, de la métropole économique, Douala, et des capitales provinciales s’ouvrent des «cabinets chinois» privés, n’ayant aucune relation avec les véritables médecins chinois prêtés par Pékin dans le cadre de la coopération et opérant dans deux hôpitaux du pays. Ces «praticiens», dont une quarantaine sévissent à Yaoundé (deux millions d’habitants), se prétendent «Chinois» s’ils sont asiatiques –notamment les Coréens – et s’ils sont africains, ils affirment avoir étudié en Chine...