Debout, maillot rouge, bouÈe de secours sous le bras, sifflet ‡ la main, il surveille attentivement les baigneurs. Michel Awad s’occupe de cette plage de Amchit depuis 22 ans. Il en nettoie le sable, le ratisse ; il fournit aux baigneurs des parasols, des tables et mÍme de la nourriture – sandwiches, manakiche pour l’essentiel. En quelque sorte, il assume la double fonction de «propriÈtaire gÈrant» et de maÓtre nageur. Pourtant Michel n’a jamais suivi de cours de secourisme ou de sauvetage. «Je travaille sur cette plage depuis 22 ans, hiver comme ÈtÈ». Effectivement, comme l’ont assurÈ plusieurs des habituÈs de cette cÙte du Nord, il est l‡ toute l’annÈe, veillant ‡ la propretÈ des lieux afin qu’ils soient frÈquentables quand viendra la saison des baignades. Michel a dÈlimitÈ son domaine de responsabilitÈ : 800 mËtres carrÈs. «Le long de ce littoral, plusieurs personnes se sont partagÈ les lieux, mais c’est la zone qui dÈpend de Michel qui est la plus frÈquentÈe», dÈclare avec assurance Olivier, un abonnÈ ‡ la plage de Michel Awad. Un autre habituÈ estime que l’…tat devrait Ítre reconnaissant aux personnes qui, comme Michel, prennent soin de la plage et assurent ‡ ceux qui prÈfËrent la mer aux piscines d’eau douce une trempette s×re et agrÈable. Michel connaÓt toutes les mesures de sÈcuritÈ devant Ítre appliquÈes sur les plages : propretÈ, hygiËne, secourisme, sauvetageÖet c’est lui qui s’occupe de toutes ces choses ‡ la fois : «C’est la rÈputation de ma plage qui est en jeu», confie-t-il. Il garde en un lieu rapidement accessible – «vous comprenez, on ne sait jamaisÖ», l‚che-t-il avec un petit sourire – une trousse contenant le matÈriel nÈcessaire aux premiers soins. Soucieux de la sÈcuritÈ de ses clients, au point d’en faire une vÈritable maladie, il ne lui viendrait jamais ‡ l’idÈe de permettre ‡ des mineurs de louer des pÈrissoires. «Toute plage ou Ètablissement balnÈaire public ou privÈ, exploitÈ ‡ des fins commerciales sur le territoire libanais sans licence est immÈdiatement fermÈ sur une dÈcision du ministre du Tourisme» : c’est ainsi qu’est ÈnoncÈe la premiËre clause de l’annexe 8 de l’arrÍtÈ n° 5 118 du ministËre du Tourisme concernant les plages et les piscines. Mais la majoritÈ des plages libanaises ne sont pas gÈrÈes par l’…tat. Ce sont des particuliers qui se sont appropriÈ une partie du littoral ‡ la faveur des annÈes de guerre et qui en prennent soin tant bien que mal en ratissant le sable, en dÈblayant les ordures, assurant aux baigneurs des services, parfois sommaires. Une raison ‡ cela : ne sachant pas ‡ quel moment le couperet Ètatique tombera, leur interdisant toute prÈsence sur la cÙte, ils prÈfËrent sagement n’investir que le minimum. Corps Ètrangers Michel Awad, toujours lui : «Les dÈchets provenant de la mer diminuent de plus en plus». ThÈrËse, propriÈtaire d’un terrain donnant sur la mer exploite le secteur depuis plusieurs annÈes, mais dans «sa» plage les maÓtres nageurs sont un must : deux en cours de semaine et quatre en week-end. ThÈrËse accorde une grande importance ‡ la propretÈ ( des employÈs Ètrangers sont chargÈs du nettoyage des toilettes et des douches et du ratissage du sable). Ce dont elle se plaint ? La mer rejette parfois de bien curieux corps Ètrangers. Elle ÈnumËre : des sacs en matiËre plastique qui dÈgorgent leur contenu et surtout ces tripes et ces pieds de mouton en provenance, nous a-t-on expliquÈ un jour, des abattoirs de la capitale, au niveau de la Quarantaine. Étonnante ThÈrËse qui dit : «Je peux vous rÈvÈler jour par jour le chargement des navires qui s’apprÍtent ‡ accoster au port de Beyrouth, rien qu’en regardant flotter sur les eaux les mille et un objets qu’ils larguent». Elle n’en reconnaÓt pas moins n’Ítre pas l’unique bÈnÈficiaire de ces largesses vaguement marines et constate, un rien dÈsabusÈe : «Vous savez, toute la cÙte p‚tit de cet Ètat des choses et il n’est pas rare de voir flotter la carcasse d’une vache, des dÈbris de ce qui fut un rÈfrigÈrateur, des planches de bois…» Sur «sa» plage donc, plusieurs activitÈs se tiennent durant toute la semaine : l’Èlection d’une Miss Bikini, un concours de danse orientale, des beach-parties. Des beach-parties, il y en a aussi, trËs frÈquentes, sur le rivage qu’occupe Michel Awad. Mais l’innovation chez ThÈrËse, ce sont les jeux pour enfants qui sont surveillÈs par une baby-sitter. Auquel cas, un petit supplÈment est ‡ prÈvoir pour cette activitÈ. Quelques kilomËtres plus loin, sur l’un des plus beaux sables de la capitale : «saint-balËche», appellation datant du temps hÈroÔque o¼ les complexes balnÈaires avaient des noms puisÈs dans le calendrier chrÈtien :Saint-Simon, Saint-MichelÖ En fin de semaine, les lieux grouillent de monde. La gente, essentiellement masculine, vient piquer une tÍte dans des eaux pourtant rÈputÈes dangereuses en raison des forts courants qui font parfois des morts par noyade. Quelques maÓtres nageurs bÈnÈvoles, des joueurs de palette, des amateurs de narghilÈs (par 40 degrÈs ‡ l’ombre, il faut le faire Ö) et les inÈvitables inconditionnels de la marche ‡ une cadence forcÈe sur le sable. Ce bon peuple, que dit-il ? Qu’il est plutÙt satisfait des menus progrËs accomplis , gr‚ce ‡ l’initiative privÈe, mais que beaucoup reste ‡ faire, pour peu que l’…tat se dÈcide ‡ agir ou, ‡ tout le moins, manifeste sa prÈsence en exerÁant son contrÙle et en faisant appliquer une rÈglementation qui existe sur le papier. Il dit encore ceci : en attendant, gr‚ce soit rendue ‡ ces quelques particuliers qui se substituent ‡ l’autoritÈ pour assurer un brin d’Èvasion ‡ ceux qui en ont tant besoin sans pouvoir en payer le prix.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Debout, maillot rouge, bouÈe de secours sous le bras, sifflet ‡ la main, il surveille attentivement les baigneurs. Michel Awad s’occupe de cette plage de Amchit depuis 22 ans. Il en nettoie le sable, le ratisse ; il fournit aux baigneurs des parasols, des tables et mÍme de la nourriture – sandwiches, manakiche pour l’essentiel. En quelque sorte, il assume la double fonction de «propriÈtaire gÈrant» et de maÓtre nageur. Pourtant Michel n’a jamais suivi de cours de secourisme ou de sauvetage. «Je travaille sur cette plage depuis 22 ans, hiver comme ÈtÈ». Effectivement, comme l’ont assurÈ plusieurs des habituÈs de cette cÙte du Nord, il est l‡ toute l’annÈe, veillant ‡ la propretÈ des lieux afin qu’ils soient frÈquentables quand viendra la saison des baignades. Michel a dÈlimitÈ son domaine de...