Les bagages des voyageurs en France, qui se remplissent chaque année de millions d’objets souvenirs, dissimulent parfois une foule d’accessoires dérobés à la sauvette dans les chambres d’hôtel, notamment les plus luxueux. Si la vigilance accrue des hôteliers a permis de faire chuter le flux de marchandises depuis quelques années, collectionneurs et clients indélicats continuent à se servir allègrement dans leurs établissements. Au Crillon, palace parisien où le premier prix d’une chambre double se monte à 3 750 francs la nuit (572euros), on dresse un palmarès de la fauche, avec, en ordre décroissant : cendriers en porcelaine, peignoirs, porte-savons en argent, pots à cotons et pots à sels de bains en cristal, serviettes de douche, et cartes de service en chambre. Quelque 150 peignoirs se volatilisent ainsi tous les ans, mais les chapardeurs épinglés se voient facturer 1 000 francs supplémentaires sur leur note finale. Les clients n’osent toutefois pas subtiliser les porcelaines chinoises Louis XV ou autres objets d’art, constate une gouvernante du Crillon. D’un point de vue légal, une chambre d’hôtel est assimilée à un domicile privé. Les femmes de chambre n’ont pas le droit d’ouvrir les valises, mais restent à l’affût des indices précurseurs, comme un peignoir soigneusement plié près du sac de voyage. Dans les établissements de taille modeste, la vérification discrète de la chambre quelques minutes après le départ du client est systématique. Prix d’un couteau : 300 francs Au gigantesque Méridien Étoile (1 025 chambres) à Paris, une telle surveillance est irréalisable. «Les peignoirs sont mis à disposition dans seulement 10 % des chambres», précise l’intendant général Stuart Robertson. L’établissement remplace en revanche chaque année 2 000 cintres en bois, 1 200 cendriers en porcelaine, 400 plateaux pour produits d’accueil. Dans les faits, il s’avère souvent délicat d’obliger les clients à ouvrir leurs sacs, souligne Olivier Chavy, directeur d’un établissement du groupe d’hôtels de luxe Lucien Barrière. «À Deauville, lorsque nous avons un doute sérieux, nous contactons la douane volante au péage de l’autoroute situé à 10 kilomètres. Un jour, ils ont retrouvé toute notre argenterie», raconte-t-il. «J’ai déjà vu des valises pleines de petites cuillères, de porcelaines et de serviettes éponges, tous les jours les clients y ajoutaient un objet», se souvient l’hôtelier. Un nouveau sport très répandu consiste aussi à s’emparer dans les couloirs des produits de beauté sur les chariots des femmes de chambre. Quant à certains amateurs de petits pots de confiture, ils n’hésitent pas à s’introduire dans l’office pour faire une razzia. «Il faut être vigilant. Un couteau en argent coûte 300 francs», précise M. Chavy, qui continue à s’interroger sur la mystérieuse disparition d’un téléviseur. L’hôtel Normandy, à Deauville, dépense environ 300 000 francs (45 730 euros) par an en renouvellement d’objets cassés ou subtilisés. «Il y a une dizaine d’années, certains clients logeaient au rez-de-chaussée et déménageaient tout le mobilier de la chambre», indique George Panayotis, du cabinet spécialisé MKG Conseil. «Entre-temps, les hôteliers ont énormément investi dans la sécurité et le nombre de vols a chuté», souligne-t-il. Les portes de sortie sont moins nombreuses, l’aménagement des chambres est conçu avec un minimum d’objets faciles à emporter, tandis que des petits cartons précisent souvent les prix des peignoirs ou serviettes de plage. Quelques établissements ont opté pour la boutique souvenir, où tout s’achète au grand jour. L’évolution de l’équipement des ménages a également éliminé certaines tentations : des objets comme les télécommandes sont devenus communs et donc peu convoités. Les clients kleptomanes reviennent sans complexe dans les mêmes établissements, mais ils sont désormais sous étroite surveillance car fichés dans l’ordinateur.
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