Une semaine après le tremblement de terre, la ville d’Adapazari, dans le nord-ouest de la Turquie, semblait mardi s’installer pour de longs mois dans le chaos et la précarité, entre bidonville et chantier géant. Centre industriel de 200 000 habitants, Adapazari, à 130 kilomètres à l’est d’Istanbul, est avec la station balnéaire de Golcuk la ville qui a connu le plus de destructions. «J’estime que 50 à 60 % des maisons ont été détruites, mais l’évaluation est difficile à faire et nous continuons le travail d’expertise», explique Saim Ertug, un fonctionnaire des services du Premier ministre, dépêché d’Ankara pour assister les autorités locales. Beaucoup des immeubles encore debout sont affaissés, ou très gravement fissurés, et ils pourront difficilement être remis en état. Dans cette ville, chef-lieu de la province de Sakarya, 2 571 personnes ont péri et 5 084 ont été blessées, selon le dernier bilan fourni par les autorités locales. Témoignages Dans le vacarme des bulldozers, qui sont massivement à l’œuvre depuis dimanche, les habitants se sont installés dans des tentes ou des abris, construits avec des draps, quelques bâches et des morceaux de bois. La plupart du temps, en face de leur maison détruite, ils attendent l’arrivée des pelleteuses et surtout qu’on leur attribue un logement provisoire. Des villages de tentes sont en train d’être dressés, pour environ 20 000 personnes, tout autour d’Adapazari. «Mais nous sommes conscients qu’il ne peut s’agir que d’une solution très provisoire, car il sera impossible d’y vivre en hiver», admet Saim Ertug. «Nous étudions d’autres options, comme l’installation de logements préfabriqués, plus adaptés au froid», a-t-il ajouté. Seref Ibrisim et sa femme, Nurten, attendent patiemment, dans leur tente, qu’on leur dise où aller. Entre la voie de chemin de fer, et la rue où ils habitaient, aujourd’hui investie par les engins de chantiers. «Nous avons toujours vécu à Adapazari, nous en sommes originaires, et nous n’avons pas de famille à la campagne, qui pourrait nous accueillir», dit-elle. Comme tous les sinistrés d’Adapazari, ce couple et leurs deux enfants, ne souffrent d’aucun problème d’approvisionnement. «Nous vivons des distributions gratuites d’aide, et cela nous suffit», indique Seref, devant une assiette d’olives, de fromage et de tomates. «Nous n’avons pas encore commencé à acheter de la nourriture», ajoute-t-il. Mais la pluie, qui tombe sur la région depuis lundi rend difficiles ces conditions de survie. Et les enfants vivent dans l’angoisse d’une nouvelle secousse, explique Nurten. Pour Islam Sahim, 45 ans, l’avenir paraît plus assuré. Sa maison, montre-t-il, a résisté à la secousse. Mais pour l’instant, avec sa famille et celle de sa sœur , soit 13 personnes en tout, il doit continuer à dormir dehors. «Les experts doivent passer et donner leur feu vert, il paraît que cela peut prendre trois mois», redoute-t-il. Plusieurs jours, plusieurs semaines peut-être, dans des conditions sanitaires très difficiles. Islam Sahim rigole de bon cœur quand on lui parle de sa dernière toilette: lundi dernier, lorsqu’il avait soigneusement taillé sa belle moustache.
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