La prison de Pollsmoor, près du Cap, abrite de drôles d’oiseaux : meurtriers et gangsters certes, mais aussi de vrais oiseaux dont les détenus s’occupent amoureusement, dans un programme de réhabilitation inédit et apparemment efficace. Les oisillons, perruches exotiques ou petits perroquets colorés, sont nourris, caressés, bichonnés par les prisonniers auxquels ils sont confiés, pour les élever et les domestiquer, avant de les revendre comme oiseaux de compagnie. Et dans Pollsmoor, célèbre pour avoir hébergé entre 1982 et 1988 le prisonnier Nelson Mandela, les détenus associés au projet se mettent à ressembler au héros du film The Birdman of Alcatraz (1962), qui trouve la liberté mentale en élevant des oiseaux dans sa cellule, estime Wikus Gresse, directeur adjoint au ministère des Services pénitentiaires et père du projet. M. Gresse, amateur d’oiseaux, éleveur de perroquets exotiques par hobby, ne nie pas que le film a joué un rôle dans sa volonté de tenter l’expérience, avec l’espoir d’un résultat similaire : un amour de la nature qui «ré-humaniserait» les criminels. «En les amenant à apporter toute leur attention à un être, on espère qu’ils deviendront eux-mêmes des êtres plus attentionnés», explique-t-il. «La plupart d’entre eux sont d’origine très pauvre, et n’ont jamais eu à s’occuper de quelqu’un ou quelque chose». Couveuse en cellule Les détenus volontaires suivent quelques mois de formation, puis se voient confier leurs premiers oisillons de deux semaines. Ceux-ci sont ensuite placés dans une couveuse dans la cellule du prisonnier responsable. Les semaines suivantes, le détenu devient véritablement la mère de l’oiseau, qu’il nourrit à la main toutes les deux heures, jour et nuit. Lorsque les oiseaux peuvent s’alimenter seuls, ils sont confiés à d’autres détenus, chargés de les «dresser». «Les oiseaux nourris et élevés à la main sont beaucoup plus dociles et sociables que ceux élevés en cage», explique Wikus Gresse. «C’est pour cela que nos oiseaux sont très demandés». L’an dernier, une centaine d’oiseaux rares élevés par 14 détenus de Pollsmoor ont été vendus dans le commerce, transactions dont la moitié des revenus va au détenu, l’autre moitié étant réinvestie dans le programme. Les règles du jeu sont strictes : interdit de fumer dans la cellule, exigence de propreté absolue, d’interaction constante avec les oiseaux, dont taille et poids doivent être scrupuleusement relevés chaque jour. «Aucun détenu ne nous a laissés tomber à ce jour», se réjouit M. Gresse. Contact avec le Créateur De fait Taliep Lewis, qui purge sept ans de réclusion pour meurtre et tentative de meurtre, assure que l’expérience a eu sur lui un énorme impact. «Les oiseaux, je leur lançais des pierres ou je les tirais à la catapulte», explique-t-il. «À présent, je les domestique. Et eux me domestiquent aussi». Peu à peu, les perruches ont changé son regard sur sa vie, sa femme, l’éducation de ses enfants. «Je pensais que ma femme n’était là que pour nourrir les enfants et moi, laver nos vêtements. Maintenant je sais. Et je serais un bon père de famille à ma sortie». Le programme est dur, et il avoue en avoir bavé, «la première fois qu’ils m’ont enlevé mes quatre bébés» pour les domestiquer puis les vendre. «J’ai pleuré, profondément. Seul dans ma cellule, j’ai pleuré pour de vrai». Comme d’autres détenus liés au programme, Lewis entend faire de l’élevage d’oiseaux son commerce à sa sortie de prison en 2001. Un autre détenu-éleveur, Melvin van der Westhuizen, se dit aussi «une personne très différente» depuis qu’il a participé au projet. Élever des oiseaux «m’a mis en contact avec mon Créateur», affirme le prisonnier, condamné pour cambriolages. Zélé, Melvin a même décoré les murs du bâtiment de Pollsmoor abritant l’expérience : scènes de jungle, arbres, oiseaux. Les détenus de cette «aile» de la prison sont beaucoup plus calmes et moins bagarreurs que les autres, assurent les gardiens. Wikus Gresse, qui veut étendre l’expérience à un centre de détention juvénile voisin, se flatte de la récente visite d’autorités pénitentiaires d’Australie et d’Israël, intéressées par le programme «Jailbird» (taulard, en anglais). Son projet semble mûr pour quitter le nid.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La prison de Pollsmoor, près du Cap, abrite de drôles d’oiseaux : meurtriers et gangsters certes, mais aussi de vrais oiseaux dont les détenus s’occupent amoureusement, dans un programme de réhabilitation inédit et apparemment efficace. Les oisillons, perruches exotiques ou petits perroquets colorés, sont nourris, caressés, bichonnés par les prisonniers auxquels ils sont confiés, pour les élever et les domestiquer, avant de les revendre comme oiseaux de compagnie. Et dans Pollsmoor, célèbre pour avoir hébergé entre 1982 et 1988 le prisonnier Nelson Mandela, les détenus associés au projet se mettent à ressembler au héros du film The Birdman of Alcatraz (1962), qui trouve la liberté mentale en élevant des oiseaux dans sa cellule, estime Wikus Gresse, directeur adjoint au ministère des Services pénitentiaires et...