Il est là le roi de l’azur, avec ses rayons et ses fards, prêt à transformer en sirènes la pâle blondasse et le moineau lymphatique... Mais les réticences, les avertissements, les cas cités font que chaque année, à pareille époque, est posée la fatidique question: doit-on ou pas adorer (dans le sens plein du terme) cet amant sublime mais, ô combien, pernicieux? «De la mesure», répondent les dermatologues. «Du bons sens», renchérissent les sages, en nous rappelant que face à ce vulcain céleste nous sommes des tortues ayant égaré leurs carapaces. Si Adam et sa descendance avaient (encore) leurs poils pour les protéger, nous, voilà des siècles, nous les avons échangés contre les créations de stylistes. Le culte du bronzage n’est pas très ancien pourtant. Des siècles durant, les beautés laiteuses et opulentes mettaient en émoi les mâles inspirés qui brossaient ou exaltaient des prototypes conformes à leurs propres goûts, créant ainsi ceux de leur époque. Lorsque l’humanité, lassée de la purée fadasse et de la cellulite écumeuse, a découvert, voilà une quarantaine d’années, le charme du tannage (ça rime avec tangage d’ailleurs) le délire s’est emparé de la population (blanche) terrestre. Tout le monde a cassé son ombrelle, a arraché (graduellement) ses vêtements et s’est mis au bronzage. Intensif, comme est la foi de tout nouvel adepte. Hélas, il a fallu déchanter au retour de cette «passionata en alphabet majeur». La peau des humains apprivoisés n’est ni celle du chameau désertique ni la somptueuse tunique des serpents tropicaux. Adam et Ève, les premiers, ont eu raison d’aller se couvrir. Morale de notre rétrospective: si le flambant amant est indispensable à notre santé, notre moral et notre carrière de tombeur-tombeuse, mieux vaut réviser notre strip-tease fatal. Quatre heures d’offre intégrale sous ses baisers de feu, sans nul protection, c’est de l’immolation. La chimie (encore elle) vole au secours des bonnes intentions. Hélas, que peut-elle contre la flamboyante ardeur d’un amant céleste. Il faudrait utiliser la moitié d’un tube antisolaire, indice 15, toutes les deux heures minimum pour ne pas payer trop cher cette divine rencontre. Mais alors faut-il bannir à jamais la volupté du bronzage? Non, répondent les dermatologues. Tout simplement la régenter. Éviter les heures les plus chaudes, se couvrir si ceci n’est pas possible et ne céder que graduellement, à minutes comptées, à la passion solaire. Autrement, la chute sera aussi lourde que celle des premiers explorateurs du plaisir à deux, nos lointains ancêtres, les damnés du paradis. Vieillissement prématuré et irréversible, risque de cancers de la peau, mise en route de certaines affections latentes. Certains pays, conscients de ces dangers, ont déjà pris des mesures contre les démesures des bronzomanes. En Australie, à l’entrée des sentiers de grandes randonnées, la protection solaire (chapeau, crème, etc.) est obligatoire. De grandes affiches expliquent la raison de cette démarche. Des magasins par ailleurs, parsemés autant dans les villes qu’à la campagne, sont affectés uniquement à la vente de quoi se protéger contre l’ardeur du soleil. Ces produits sont détaxés, considérés comme nécessité première à la santé publique. Les top models aussi... Sans atteindre des limites semblables, partout dans le monde la prise de conscience face aux risques du bronzage est présente, même si la couleur caramel est synonyme de séduction. Le comportement est en train de changer face à la carbonisation, on le constate. Et la mode y est pour une bonne part impliquée à cette réforme. Les top models d’aujourd’hui ne sont plus celles des années 70: teintées chocolat et maquillées avec ostentations. Pâles et à peine dorées, souvent pas du tout, les plus belles filles de l’époque donnent le ton de la tendance. La crainte du cancer de la peau tempère sérieusement l’engouement exagéré pour le rayonnement solaire. L’industrie des cosmétiques, consciente de cette évolution, s’applique à étaler toute une gamme de fards susceptibles de donner à la peau l’apparence du hâle. En éliminant tous les dangers.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il est là le roi de l’azur, avec ses rayons et ses fards, prêt à transformer en sirènes la pâle blondasse et le moineau lymphatique... Mais les réticences, les avertissements, les cas cités font que chaque année, à pareille époque, est posée la fatidique question: doit-on ou pas adorer (dans le sens plein du terme) cet amant sublime mais, ô combien, pernicieux? «De la mesure», répondent les dermatologues. «Du bons sens», renchérissent les sages, en nous rappelant que face à ce vulcain céleste nous sommes des tortues ayant égaré leurs carapaces. Si Adam et sa descendance avaient (encore) leurs poils pour les protéger, nous, voilà des siècles, nous les avons échangés contre les créations de stylistes. Le culte du bronzage n’est pas très ancien pourtant. Des siècles durant, les beautés laiteuses et...