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Actualités - Opinion

Danse avec les loups

Il était une fois un peuple nomade vivant dans les chaînes de l’Altaï, aux confins de la Mongolie, qu’on appelait Türük, terme désignant en turc ancien le peuple fort. Décimés par la sécheresse et le manque de gibier, les Türüks entamèrent leur longue migration vers l’Ouest, guidés, selon la légende, par un loup gris. En effet, les Türüks se croyaient issus de l’union d’une femme et d’un loup. Après avoir été les vassaux des Arabes et autres Byzantins, les migrants altaïques ont enfin pu édifier leur propre empire, ottoman et musulman. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la République kémaliste abandonna le voile et le turban et ressuscita ses mythologies, dans l’espoir de retrouver une histoire et une langue épurées des empreintes arabes et persanes. Ces idées trouvèrent un terrain fertile dans les années 60, à une époque où l’Europe et le monde s’enfonçaient dans la guerre froide. À Ankara comme à Istanbul, la lutte entre la gauche et la droite débordait du Parlement pour gagner la rue. Les partisans de Bülent Ecevit, leader nationaliste désormais gagné aux idées de gauche, et ceux de Alparslan Türkes, chef de file de l’extrême droite, s'étaient livrés à des affrontements sanglants faisant plusieurs centaines de morts. Il aura fallu le coup d’État de Kenan Evren, chef de l’état-major de l’époque, pour faire cesser cette guérilla urbaine qui menaçait de plonger le pays dans la guerre civile. Avec l’interdiction par les militaires des formations politiques, le parti de l’Action nationaliste (MHP) d’Alparslan Türkes et surtout sa milice, les redoutables Loups gris, ont entamé leur traversée du désert jusqu’à l’avènement de Türgüt Özal qui rétablit la vie démocratique. Mais les Loups gris devaient revenir sur le devant de la scène en 1981, avec la tentative d’assassinat du pape Jean-Paul II par Ali Agça, un militant turc d’extrême droite, qui a voulu ainsi s’en prendre à un symbole de la chrétienté. De fait, l’itinéraire idéologique de ces nationalistes allait en contresens de l’héritage laïque de la République kémaliste. Les Loups gris, tout comme le MHP, évoquent encore aujourd’hui aussi bien leur préhistoire altaïque que leurs ancêtres ottomans, bâtisseurs d’un empire immense. Cette idéologie nationaliste est enrichie d’une référence aiguë à l’islam sunnite. Une attitude qui explique les tiraillements avec les chiites turcs, ou alévis, qui forment près de 20 % de la population. Ironie de l’Histoire, c’est avec ces mêmes compagnons des Loups gris que Bülent Ecevit a décidé de former son équipe. Une tâche qui s’avère difficile, avec la montée de l’islamisme, le problème kurde et une Europe réticente à intégrer un pays qui risque de revenir à l’époque où les Turcs étaient… des loups pour les Turcs.
Il était une fois un peuple nomade vivant dans les chaînes de l’Altaï, aux confins de la Mongolie, qu’on appelait Türük, terme désignant en turc ancien le peuple fort. Décimés par la sécheresse et le manque de gibier, les Türüks entamèrent leur longue migration vers l’Ouest, guidés, selon la légende, par un loup gris. En effet, les Türüks se croyaient issus de l’union d’une femme et d’un loup. Après avoir été les vassaux des Arabes et autres Byzantins, les migrants altaïques ont enfin pu édifier leur propre empire, ottoman et musulman. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la République kémaliste abandonna le voile et le turban et ressuscita ses mythologies, dans l’espoir de retrouver une histoire et une langue épurées des empreintes arabes et persanes. Ces idées trouvèrent un terrain...