Alors qu’un certain vent d’optimisme soufflait depuis deux mois sur le marché des changes de Beyrouth sur fond d’espoirs liés à une prochaine relance des volets libano-israélien et syro-israélien du processus de paix, un brusque changement d’humeur s’est opéré hier au lendemain de l’attaque israélienne. La livre libanaise, de recherchée qu’elle était, s’est montrée hier plutôt délaissée au profit du dollar dont l’offre tendait à se contracter très sensiblement. Mais, en raison de la présence de la Banque du Liban (BDL) sur le marché, se portant toujours prête à vendre le billet vert à 1 514,00 LL et à l’acheter à 1 502,00 LL, le billet vert a dû se maintenir invariablement au taux moyen indicatif de 1 508,00 LL, comme depuis la mi-décembre 1998. Pourtant, les établissements de crédit, qui négociaient le dollar depuis le début de la semaine au bas de cette fourchette d’intervention de la BDL entre 1 502,00 et 1 502,25 LL en l’absence de contreparties valables à l’achat, ont été contraints hier à le traiter au haut de cette fourchette entre 1 512,00 et 1 514,00 LL consécutivement à la réticence de l’offre à se placer. C’est ainsi qu’après avoir ouvert entre 1 503,00 et 1 505,00 LL, la devise américaine ne tardait pas à faire des bonds très rapides la portant à 1 504,00/1 506,00 puis à 1 508,00/1 510,00 LL pour se heurter finalement au seuil de 1 514,00 LL auquel la BDL était prête à le vendre. Avec ce renversement de tendance, le dollar a dû donc achever la semaine entre 1 512,00 et 1 514,00 LL contre 1 502,00/1 502,50 LL à la fin de la semaine dernière, marquant une hausse de 0,72 % d’une huitaine à l’autre, dans un marché très inquiet de la détérioration de la reprise des frappes sauvages contre les civils et l’infrastructure au Liban. Rebondissement de l’euro, affaiblissement du dollar À l’étranger, l’euro, qui éprouvait depuis le début de la semaine beaucoup de difficultés à se reprendre, a opéré depuis jeudi une sensible reprise lui permettant de repasser à la hausse le seuil de 1,04 dollar. Ce mouvement, qui s’est poursuivi jusqu’à la fin de la semaine, est intervenu après l’adoption par le gouvernement allemand d’un programme d’économies et de réformes fiscales prévoyant des coupes budgétaires de quelque 30 milliards de DM (15,4 milliards d’euros ou 15,8 milliards de dollars) pour l’exercice financier 2000, jugé encourageant par les investisseurs. Cela d’autant que le marché apprenait hier que les dépenses de consommation des ménages français en produits manufacturés auraient progressé de 2,1 % en volume le mois dernier, témoignant d’une meilleure orientation de l’économie en France à un moment où l’inflation dans la zone euro continuait à ralentir. L’euro a commencé donc à se ressaisir depuis jeudi quand le programme d’assainissement financier allemand a été approuvé mercredi, pour continuer sur sa lancée ensuite après la publication des chiffres sur la consommation française meilleurs que prévu. En effet, les investisseurs sont devenus après ces développements moins pessimistes qu’en début de semaine vis-à-vis de l’euro et ont pratiquement oublié les déclarations maladroites sur l’Italie effectuées lundi par le président désigné de la Commission européenne, l’ancien Premier ministre italien, Romano Prodi. Dans ce contexte, la perspective de hausse des taux d’intérêt aux États-Unis lors de la réunion mercredi prochain du comité de l’open market de la Réserve fédérale (Fed), qui avait été largement anticipée par le marché, ne devait plus jouer à l’actif du billet vert. Il en est de même des craintes d’intervention de la Banque du Japon pour contrer la hausse du yen jugée par les hauts responsables japonais comme fort compromettante pour les exportations nippones. Bien que le marché soit resté nerveux à la veille du week-end avant la réunion du comité monétaire de la Fed devant l’hésitation des opérateurs entre un relèvement d’un quart de point en pourcentage ou d’un demi-point des taux d’intérêt américains, le dollar est resté pratiquement vulnérable face aux autres grandes monnaies, à l’exception du yen. Il s’est, en effet, négocié à New York hier, sur un ton faible, ignorant la reprise de Wall Street, et ce comme suit : – 1,0430 pour un euro contre 1,0385, à la fin de la semaine dernière – 1,5875 pour un sterling contre 1,5995 – 1,8755 DM contre 1,8835 – 6,2910 FF contre 6,3170 – 1,5330 FS contre 1,5385 – 1 856,85 lires contre 1 864,70 – 121,40 yens contre 120,45. Bourse de Beyrouth : effritement de la cote Sur les marchés des valeurs mobilières, la Bourse de Beyrouth a reviré légèrement vers le bas cette semaine sous l’impulsion de la baisse des actions de la Byblos Bank, des Ciments libanais et de Bou Khalil Markets dans une proportion plus grande que la hausse des actions au porteur de la société des Ciments blancs. En effet, et compte tenue de la stabilisation des autres valeurs cotées, notamment Solidere et les titres bancaires, l’indice générale Lispi de toute la cote libanaise a perdu 0,24 % à 77,48 points à la fin de cette semaine contre 77,67 points à la fin de la semaine dernière. Il en est de même de l’indice partiel LIBX des valeurs bancaires qui a abandonné 0,23 % à 178,62 points contre 179,03 points pendant la même période. Ce mouvement s’est pourtant déroulé dans des volumes d’affaires quotidiens très minces, ne dépassant pas sur la semaine quelque 308 554 actions d’une valeur totale de 931 498 dollars contre 270 798 actions d’une valeur de 1 073 320 dollars la semaine dernière. Wall Street : revirement à la baisse Quant à Wall Street, elle a évolué toute cette semaine sur fond de hausse des taux d’intérêt aux États-Unis, après l’avertissement lancé la semaine dernière par le président de la Fed, Alan Greenspan, selon lequel il songeait agir préventivement en matière de politique monétaire, laissant croire à un relèvement d’au moins un quart de point en pourcentage des taux servis sur les fonds fédéraux. En effet, après la liquidation opérée à la fin de la semaine dernière à l’occasion de l’expiration d’options sur des actions et des indices boursiers, les opérateurs se sont mis dès le début de cette semaine à anticiper une hausse des taux par la Fed en se débarrassant de leurs actifs en actions et obligations américaines. Cela d’autant que des rumeurs circulaient dans les salles de marché, laissant croire à des résultats de sociétés moins que prévu pour le deuxième trimestre. Pourtant, après quatre séances de baisse continue, le marché a éprouvé hier le besoin de souffler un peu, sans pour autant parvenir à recouvrer ses pertes. C’est ainsi que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles est revenu en préclôture à la fin de cette semaine à 10 574,41 points contre 10 855,56 points à la fin de la semaine dernière, en baisse de 2,59 % en moyenne d’une huitaine à l’autre. Les Bourse européennes mi-figure mi-raison Les Bourses européennes ont réagi de façon mitigée au net rebond de Wall Street vendredi après-midi. Les investisseurs européens, paralysés d’inquiétude à quelques jours de la réunion du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine sur les taux d’intérêt US, ont commencé à revenir à l’achat en s’apercevant de l’avancée du Dow Jones. Toutefois, en fin d’après-midi en Europe, certains marchés s’étaient refusé à emboîter le pas à Wall Street. Alors que l’indice Dow Jones gagnait un peu de terrain l’indice CAC 40 accusait un repli de 270 % sur la semaine à Paris, à 4 416,89 points. À Londres, le Footsie a perdu 1,42 %, à 6 435,4 points alors que le Xetra Dax allemand a gagné 0,07 %, à 5 340,63. Les Bourses suisse, néerlandaise, espagnole et italienne ont terminé sur des replis respectifs de 1,0 %, 0,96 %, 0,42 % et 0,36 %. Le Bel 20 belge a gagné 0,31 %. L’indice large Eurotop 300 a terminé en repli de 1,29 %, tandis que l’indice plus restreint Eurostoxx 50 des valeurs vedettes de la zone euro cédait plus de 1,5 %. Tokyo : peu de variations L’indice Nikkei 225 de la Bourse de Tokyo devrait progresser en visant le niveau 18 000 points la semaine prochaine, grâce à la confiance accrue des investisseurs dans les perspectives économiques, selon les analystes. L’indice Nikkei 225 a légèrement progressé sur la semaine, gagnant 5,26 points pour finir à 17 436,52 points, mais les analystes soulignent que les cours ont bien résisté, malgré des prises de bénéfices. L’indice élargi Topix a pour sa part gagné 13,12 points (+0,9 %) à 1 396,29 points. Les investisseurs, encouragés par la faiblesse du yen, ont contribué à pousser le Nikkei jusqu’à son plus haut niveau depuis 20 mois en début de semaine, qui a perdu une grande partie de ses gains les jours suivants en raison de prises de bénéfices. Les investisseurs et les économistes anticipent cependant pour la plupart avec optimisme les résultats de l’enquête trimestrielle de conjoncture «Tantan» de la Banque du Japon, qui doit être rendue publique le 5 juillet, ont indiqué les analystes. La précédente enquête, en avril, avait révélé un léger mieux dans l’humeur des milieux d’affaires japonais, les investisseurs s’attendant à une amélioration plus franche cette fois-ci. Un autre facteur déterminant la semaine prochaine résidera dans les résultats de la réunion du comité monétaire de la Réserve fédérale américaine, qui doit se tenir à partir du 29 juin, ont ajouté les analystes. Certains investisseurs s’attendent à un resserrement de la politique monétaire des États-Unis, avec une hausse des taux à court terme de 50 points de base plutôt que de 25 points de base. Mais «les investisseurs veulent s’assurer que même une augmentation de 50 points de base n’affectera pas sérieusement la Bourse américaine», a indiqué Tetsuya Ishijima, chef stratégiste à Okasan Securities.
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