Une nouvelle pianiste sur la scène libanaise présentée par le Kulturzentrum à l’école allemande de Jounieh. Venue en droite ligne du Conservatoire de musique de Damas où elle a suivi des études de piano, Hamsa al-Wadi Juris, aujourd’hui professeur de musique au Conservatoire national d’Helsinki, a le talent et la sensibilité d’une interprète à l’art consommé. Pour couronner sa formation académique, elle a obtenu une maîtrise du Conservatoire Tchaïkovsky, en Russie. Divers concerts aux pays arabes, en Europe et en Amérique révèlent déjà sa gloire naissante. Pour les mélomanes libanais, férus des sons du piano, Hamsa al-Wadi Juris a préparé un programme laissant transparaître non seulement une belle et vaste culture musicale mais un sens marqué du romantisme où s’allient aussi nuances et bravoure. Au menu des partitions de Beethoven, Mendelssohn, Medtner et Rachmaninov. En ouverture, un rondo en sol majeur (op 51 n2) de Beethoven. Œuvre riche et torrentielle, coulant de source sûre, qui utilise avec brio et dexterité toutes les ressources du piano. Paul Dukas disait du maître de Bonn : «Beethoven violente la musique pour la contraindre à se plier à toutes les exigences de l’expression, même les plus hardies…». Expression surtout du cœur et du drame de vivre. En écoutant ce rondo si brillant et de si fière allure, on ne peut que souscrire à pareil jugement. On retrouve là les grandes échappées lumineuses d’un compositeur à la sensibilité d’écorché vif et les élans pleins de méditation d’un poète amoureux de la nature et douloureusement épris de la vie. Pour prendre le relais, le raffinement et l’élegance de l’écriture de Felix Mendelssohn. Quatre «chansons sans paroles» (op19 N°1 et 2-op62 N°6 et op 67 N°4) où le piano supplée admirablement à toute absence verbale. Ces pages présentent un grand nombre de mélodies ravissantes, conçues dans des formes libres et qui renferment les formules les plus originales de ce temps. Une écriture toujours soignée, des lignes parfaitement dessinées, un dosage minutieux où rien n’est laissé au hasard ,voilà Mendelssohn (tenu d’ailleurs de son vivant comme le successeur de Beethoven) au meilleur de sa forme et surtout de son inspiration. On retrouve dans ces pages merveilleuses, surtout dans «la chanson du printemps» comme un écho de vieux lieder allemands. Après l’entracte, place aux «réminiscences» de Nikolai Karlovitch Medtner. Pianiste et compositeur russe (1880-1951), ce musicien est révélé ici à travers cette «sonate Réminiscence» (op 38 N°1) aux quatre mouvements amples alternant rêverie et impétuosité. Œuvre d’un style bien personnel où poésie et sens de l’élévation atteignent en toute majesté leur plénitude. Pour terminer le touché «éblouissant» et le souffle ravageur d’une œuvre de Serguei Rachmaninoff. «Variation selon un thème de Corelli en ré min. Op 42». Ancien élève de Lizst, Rachmaninoff est réputé surtout pour ses œuvres pour piano aux rythmes accélérés et aux phrases échevelées. On l’écoute ici dans cette variation baroque pleine d’une vie nouvelle et d’une étonnante virtuosité. Partition périlleuse et bien difficile à enlever et que Hamsa al-Wadi Juris interprète sans faille, avec intensité, émotion et une inaltérable énergie. Tonnerre d’applaudissements d’un public enthousiaste devant cette prestation où se mêlent un remarquable sens des nuances et une bravoure maîtrisée. En bis, du Tchaikosky, doux et mélancolique avec cette touche de cosmopolitisme si perceptible chez l’auteur du Lac des Cygnes…
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